17 juillet 2005
Il y a sept banques � charte au Canada. Les sept, en plus du Mouvement Desjardins, ont accept� de s'associer aux Mondiaux aquatiques 2005. Du jamais vu.
Loblaw's, Provigo et IGA qui ensemble mettent l'�paule � la roue dans le but de faire des Mondiaux le succ�s qui lui revient, �a aussi, c'est du jamais vu.
Power Corp, Alcan, Via Rail, pour ne nommer que quelques-unes des 75 grandes entreprises qui ont consenti � injecter dans cet �v�nement d'envergure internationale entre 50 000 et 250 000 dollars - sans rien obtenir en retour ou si peu - �a, mes amis, c'est un tour de force que l'on peut sans se tromper qualifier de � houdinien �.
Bell, le plus important commanditaire des Mondiaux, y va d'un appui sans pr�c�dent dans le but de doter la salle de presse d'installations hautement sophistiqu�es � la fine pointe de la technologie.
Et le Cirque du Soleil, une entreprise mondialement reconnue qui accepte � quatre mois d'avis de monter � rabais l'�poustouflant spectacle d'ouverture qu'avait annonc� � Fukuoka au Japon, en 2001, Lyn Heward, la pr�sidente du premier comit� organisateur et actuelle productrice ex�cutive du Cirque - spectacle que vous avez regard� hier, j'ose esp�rer (il sera rediffus� cet apr�s-midi, � 13 h, � Radio-Canada) - �a aussi �a tient un peu du prodige.
� C'est simple, dit Ren� Guimond, nomm� en f�vrier dernier vice-pr�sident ex�cutif et directeur g�n�ral de Montr�al 2005 en remplacement d'Yvon DesRochers qui, � la suite d'une triste et douloureuse saga s'est enlev� la vie. En 30 ans de m�tier, je n'avais jamais assist� � un tel engouement corporatif, � une telle prise de conscience de la part des d�cideurs. Le pire, c'est que je n'avais rien � leur offrir en retour.
� J'avais beau leur dire que je ne vendais aucune commandite et qu'ils n'obtiendraient � peu pr�s aucune visibilit� en retour des sommes investies, l'argent continuait � entrer. Tant et si bien que des neuf millions escompt�s en � commandites �, ne reste plus qu'une poign�e de centaines de milliers de dollars � engranger pour boucler cette partie de notre budget. �
L�ger rappel : en 2001, Montr�al obtient les Mondiaux aquatiques de 2005. Le 19 janvier 2005, la FINA s'impatiente et, devant l'incapacit� de Montr�al de garantir qu'elle �pongera le d�ficit appr�hend�, elle lui retire les Mondiaux. Moscou, Berlin et Ath�nes se pointent le nez. En f�vrier, apr�s bien des tergiversations, le maire G�rald Tremblay fournit enfin les garanties exig�es et certifie que Montr�al �pongera tout d�ficit. Le 21 f�vrier, la FINA lui redonne finalement les Mondiaux.
� Mais tout �tait � refaire, rappelle Guimond. De l'ancien comit� organisateur de Montr�al 2005, ne restaient plus que trois personnes : Harold Cliff, le v.- p. comp�tition, Marc B�langer, le v.-p. finances et Sonia P�pin, la directrice des op�rations. Il nous fallait de toute urgence former une nouvelle �quipe. Organiser en quatre mois ces mini Jeux olympiques, qui regroupent 2300 athl�tes provenant de 160 pays, 1400 journalistes et 1000 accompagnateurs, le d�fi �tait �norme. En plus, je devais me pr�senter � Shanghai au d�but du mois de mars devant le bureau de direction de la FINA afin de faire approuver notre plan de relance. �
Syst�me d'accr�ditations � repenser et � refaire; contrats des diff�rentes installations des piscines et des gradins � reconsid�rer, puisque plusieurs compagnies s'�taient entre-temps engag�es ailleurs; logistique du transport des athl�tes � repenser et � finaliser depuis les 17 h�tels o� logent les athl�tes; sans compter la mise sur pied d'un syst�me de restauration efficace qui permettrait de nourrir tout ce beau monde; contrats de t�l�vision � reformuler itou. C'�tait un peu beaucoup le bordel.
Gros d�fi ?
Non. Pure folie, si vous voulez mon avis.
� Shanghai, consciemment ou pas, Guimond, qui poss�dait son dossier sur le bout des doigts, s'est servi d'une tactique souvent employ�e en judo et que nous appellerons � transfert d'�nergie �. Cette tactique consiste � se servir de la force de l'adversaire pour finalement le renverser.
Or, l'adversaire de Guimond et de son �quipe, c'�tait le temps. Il �tait impensable d'esp�rer r�ussir en quatre mois ce que les autres villes �taient parvenues � accomplir de peine et de mis�re en quatre ans.
� J'ai dit aux bonzes de la FINA que le temps �tait devenu notre plus grand atout. Et que, pouss�s par l'adr�naline, un peu comme un �tudiant qui s'y est pris sur le tard pour �tudier une mati�re, nous allions prendre les bouch�es triples, couper court aux tergiversations et employer des arguments pour le moins p�remptoires pour convaincre les gens que nous avions � convaincre.
� Curieusement, tout le monde a vite �t� rassur� par notre discours et le feu vert nous a finalement �t� donn�. �
Les r�sultats qui suivirent furent fulgurants.
� Quand un pr�sident de compagnie nous demandait deux semaines de r�flexion avant d'investir dans les Mondiaux une certaine somme d'argent, nous lui disions non, non, non, pas deux semaines, nous n'avons pas deux semaines. Nous voulons une r�ponse demain. Du temps, on en a plus. Et la r�ponse arrivait le lendemain, positive dans la plupart des cas. �
Mais avant de monter aux barricades, il y a eu la pr�sente �quipe � former.
� Il nous fallait trouver vite des gens capables de prendre, dans leur domaine respectif, des d�cisions. Legault connaissait bien Richard Prieur et nous l'avons tout de suite embauch� � titre de v.-p. communications. Fran�ois Dumontier, ancien v.-p. op�ration du Grand Prix, s'est charg� de superviser les installations d'estrades, de veiller � l'emplacement et la construction des piscines. Ren�e Seguin, une fille de m�tier, est devenue v.-p. publicit�. Harold Cliff a conserv� son poste de v.-p. comp�tition et c'est lui qui a eu � satisfaire aux nombreuses exigences techniques de la FINA, tandis que Marc B�langer et Sonia P�pin ont continu� � g�rer les finances et les op�rations.
� Je tiens � dire que depuis quatre mois, ces gens-l�, et bien d'autres aussi, ont travaill� de 16 � 18 heures par jour, sept jours sur sept.
Parlant d'adr�naline, Ren� Guimond en ce vendredi matin ensoleill� en avait justement plein les yeux.
Quand il m'a parl� de Guy Lalibert�, le pr�sident fondateur du Cirque du Soleil, il m'a comme donn� la chair de poule.
� Penses-tu que Guy Lalibert� et Daniel Lamarre, l'actuel pr�sident, avaient quelque int�r�t � mettre sur pied un spectacle d'ouverture en moins de quatre mois ? Un spectacle d'un soir � part �a d'une telle complexit�, puisque plus de 250 figurants y participent, et retransmis en outre � travers le monde... Non, ils n'avaient pas besoin - mais vraiment pas besoin - de ce stress suppl�mentaire. Ils n'avaient pas � prendre ce risque. Un risque pris � rabais en plus puisqu'� 150 $ du billet, il nous permettra d'engranger environ un demi million de dollars en profit. �
C'est le maire Tremblay qui a demand� � Guy Lalibert� de s'occuper du spectacle. Et Guy Lalibert�, en grand Montr�alais qu'il est, a �t� incapable de refuser.
Comme ont �t� incapables de refuser de venir en aide � Montr�al tous les pr�sidents des grandes entreprises qui ont � gratuitement � donner de leurs sous.
Que les intellos de tous poils se le disent : le sport est de loin le plus grand des rassembleurs.
Les Mondiaux 2005 en seront une autre preuve.
Bons Mondiaux, donc.
Quant � nous, Montr�al 2005 oblige, on se reparle � tous les deux jours...
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