17 juillet 2005
« Mon dernier plongeon, je l'ai vraiment flopé. J'ai choké. Ça a l'air que je n'ai pas été capable de supporter la pression. »
La déclaration avait fait couler beaucoup d'encre lors des Jeux olympiques d'Athènes. Championne du monde en titre, Émilie Heymans venait d'être écartée du podium après avoir manqué son plongeon fétiche à la tour : deux sauts périlleux arrière et demi avec une vrille et demie. La cata.
Choké. Le mot, lourd de sens, avait lancé tout un débat sur la préparation psychologique des athlètes canadiens - débat qui n'avait fait que s'accentuer quand Perdita Felicien avait chuté dans la finale du 100 mètres haies, quelques jours plus tard. choké.
L'expression est pourtant bien réductrice, estime l'entraîneur d'Heymans, Michel Larouche. « Émilie n'a pas choké. Souvent, quand un athlète connaît une contre-performance, c'est le premier mot qui sort. C'est une façon de clore le débat. Mais ça ne reflète pas toujours la réalité. »
La réalité, selon Michel Larouche, c'est qu'Émilie Heymans était « fatiguée et tannée ». « Les deux dernières années avaient été très exigeantes. Les athlètes avaient concentré toutes leurs énergies sur les Jeux, au détriment de leur vie personnelle », disait-il hier, à la fin de l'entraînement de l'équipe canadienne, au bassin de l'île Sainte-Hélène.
« En février 2004, elle n'avait plus envie de plonger. Ça a été une année très difficile. Elle a commencé à bien plonger seulement sept ou huit jours avant la compétition. Et elle a très bien fait compte tenu de sa préparation. On savait qu'il risquait d'y avoir des hauts et des bas. »
Après les Jeux, la plongeuse de 23 ans a fait le vide. Congé de piscine pendant trois mois. Une décision salutaire. « C'est sûr que ça a été plus difficile quand je suis revenue, dit-elle. C'est plus difficile après trois mois de congé qu'après un mois. Mais pour moi, c'était la chose à faire. J'en avais vraiment besoin, aucun doute là-dessus. C'était de l'épuisement. À un moment donné, tu as juste besoin de congé, parce que tu penses plongeon presque 24 heures sur 24. C'est un travail à temps plein qui est aussi épuisant mentalement que physiquement. »
Elle se concentre désormais sur la tour de 10 mètres, ayant abandonné le tremplin et le synchro. « Ça fait vraiment une grosse différence à l'entraînement de ne faire qu'une épreuve, au lieu de quatre comme l'an dernier. Ça m'a permis de retourner à l'école. J'ai commencé l'université en janvier (en commercialisation de la mode). C'est vraiment un autre train de vie. »
Michel Larouche a remarqué la différence. « C'est une autre fille. Elle est plus souriante et plus heureuse. Elle a maintenant un objectif dans sa vie et prépare ce qui va suivre sa carrière. Quand tout ça a été établi, on est retourné à l'entraînement et ça a progressé lentement, mais de façon harmonieuse. Elle n'est pas tout à fait au même niveau physique que l'an passé, mais psychologiquement, elle est à un niveau supérieur. »
En mai, Michel Larouche avait prévenu le public de ne pas fonder trop d'attentes en Heymans et Alexandre Despatie lors des Championnats du monde, compte tenu des mois d'entraînement perdus. Hier, il semblait nettement plus optimiste. « Émilie, comme Blythe Hartley, Alexandre et Myriam Boileau, est capable d'aller chercher une médaille. »
L'athlète de Saint-Lambert, qui plongera mercredi, ne s'en fait pas outre mesure. « Si je fais la meilleure performance de ma vie et que j'arrive quatrième, je vais être satisfaite quand même. Si tu fais la meilleure performance de ta vie, tu ne peux pas vraiment demander mieux. »
page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive