16 juillet 2005
Les voici donc enfin ces fameux Championnats du monde.
Ce soir, quand le Cirque du Soleil prendra possession de la piscine principale de l'île Sainte-Hélène pour le spectacle d'ouverture de ce rendez-vous de l'élite de la natation, du plongeon, de la nage synchro, du water-polo et de la nage en eau libre, Montréal pourra pousser un grand soupir de soulagement.
Oh, il reste encore beaucoup à faire, à commencer, par remplir les gradins puisque, aux dernières nouvelles, le comité organisateur avait atteint à peine 40% de son objectif de ventes, chiffré à environ 200 000 billets, et la moitié des recettes espérées de 11 millions.
Mais le fait que les championnats aient lieu est en soi un exploit. Quand on admire la vue imprenable sur le centre-ville qu'offrent les gradins de la piscine de water-polo ou qu'on s'enthousiasme en regardant les plongeurs fendre l'air (et l'eau) avec la Biosphère en arrière-plan, il est difficile de croire que, il n'y a même pas six mois, Montréal avait perdu le droit d'organiser ces championnats.
Rappelez-vous le chaos. Tout avait commencé par un ultimatum aux gouvernements, à la fin de l'automne 2004 - avancez-nous 12 millions et garantissez-nous un prêt de six millions, sinon, on met la clé sous la porte.
Assez culotté, merci. Ottawa avait déjà mis 16 millions dans l'entreprise, Québec, 14 millions pour la réfection des infrastructures et Montréal, une dizaine de millions. Le comité organisateur, dirigé par Yvon DesRochers n'avait alors pratiquement aucune commandite à son tableau de chasse et ne pouvait certes pas prétendre avoir fait sa part.
Ça allait mal. Et ça ne faisait que commencer. Début janvier, lw président de la Fédération internationale de natation (FINA), Mustapha Larfaoui, est venu à Montréal. Et a réclamé lui aussi des garanties solides de la part des autorités gouvernementales. Avec en filigrane la menace de déménager l'événement. Menace qui se concrétisa le 19 janvier. Adieu, Alexandre Despatie, goodbye, Michael Phelps : les grands noms attendus à Montréal iraient plutôt se faire valoir à Berlin, Athènes ou Moscou.
C'était compter sans Gérald Tremblay. La foi peut déplacer les montagnes. Et le maire de Montréal s'est mis à prêcher avec l'ardeur du converti. Il a obtenu une rencontre avec le bureau de la FINA, à Francfort, et a réussi, contre toute attente, à convaincre Mustapha Larfaoui et son entourage de donner une deuxième chance à Montréal.
Rencontré à Singapour la semaine dernière, où il participait à la séance du Comité international olympique, M. Larfaoui ne tarissait pas d'éloges sur le maire, dont l'« intervention dynamique » a sauvé la mise pour Montréal. « Après la décision de retirer le championnat à Montréal, j'ai reçu immédiatement un coup de téléphone de sa part. Il demandait à me rencontrer et me disait qu'il allait donner toutes les garanties financières qui nous manquaient et que personne ne voulait nous donner jusque-là », a-t-il raconté.
«Je lui ai fait part de ma surprise et lui ai demandé pourquoi il ne nous avait pas donné ces garanties auparavant. Ça nous aurait évité de réunir le bureau et de prendre cette décision malheureuse. Et puis j'ai lu dans la presse qu'il avait dit nous avons suivi une stratégie qui n'a pas été payante... »
Bref, Montréal a joué au poker avec la FINA et a raté son bluff ? « C'est vous qui le dites », rétorque M. Larfaoui en esquissant un sourire.
Résumons-nous. La Ville a accepté de combler tout déficit de Montréal 2005. Ce n'est pas une bonne nouvelle. Mais elle s'est aussi donné les moyens d'éviter de perdre de l'argent - ou du moins de limiter ses pertes - en faisant le grand ménage dans le comité organisateur, dont le très contesté directeur général M. DesRochers, s'était enlevé la vie à la surprise générale, début février.
Le maire Tremblay a fait appel au promoteur du Grand Prix de Montréal, Normand Legault, et à un ancien vice-président au marketing des Expos, René Guimond. Les deux se sont mis à l'ouvrage. Ils ont recruté des bénévoles. Ils ont bâti un plan de communication et de marketing sérieux. Et surtout, ils ont usé de toute leur persuasion pour convaincre le milieu des affaires d'embarquer. Avec un succès étonnant.
Aujourd'hui, la liste des commanditaires affichée sur le site Internet des Championnats est un véritable whos who du milieu des affaires québécois - CGI, Bombardier, Alcan, Hydro-Québec, Rona - et ce n'est qu'un petit échantillon. On frôle l'objectif de 9 millions en commandites. Un chemin énorme a été parcouru en un peu moins de cinq mois.
Quand le maire Tremblay a pris la barre de cette barque à la dérive, en février, Bell Canada était à peu près le seul partenaire d'affaires majeur de Montréal 2005.
«Il y a eu un, changement éminemment positif, reconnaît M. Larfaoui. Nous avons vu tout ce qui a été entrepris en quelque temps par le comité d'organisation et son directeur. Je sais qu'il y a une stimulation de la part de la mairie. Il y a quelqu'un au dessus qui surveille tout et tient à ce qu'il y ait un bon déroulement des championnats.»
« Je suis sûr que nous allons avoir d'excellents championnats qui vont être un véritable succès, aussi bien pour nous la FINA, qui voulons préserver et améliorer notre image sur le plan mondial, que pour Montréal, qui a un gros pari à réussir. »
Il a bon espoir de voir les ventes de billets décoller. « À partir du moment où la promotion se fait et qu'on commence les Championnats, les gens vont acheter des billets. Sincèrement, je ne suis pas inquiet. »
Les piscines sont prêtes. Les athlètes aussi. Reste aux Montréalais à profiter de l'occasion unique qui s'offre à eux de découvrir de visu des vedettes comme les nageurs Michael Phelps et Laure Manaudou, les plongeurs chinois ou l'équipe canadienne féminine de water-polo.
Une occasion unique d'assister aux performances de ceux qui seront les stars des Jeux olympiques de Pékin, en 2008. Tout ça ici, à Montréal. Allez-y, ça en vaut la peine. Qui sait, si vous êtes assez nombreux, ce diable d'homme de Gérald Tremblay pourrait même gagner son pari de tenir des championnats sans déficit.
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