12 juillet 2005
L'Américain Michael Phelps serait bien malheureux s'il était à Montréal ces temps-ci. À moins d'une semaine de la cérémonie d'ouverture des Championnats du monde de natation, un événement dont il doit être la grande star internationale, une seule question, sur fond de grande inquiétude, est sur toutes les lèvres : combien va-t-on vendre de billets ?

Pour Phelps, l'octuple médaillé des Jeux olympiques d'Athènes, dont l'objectif n'est rien de moins que de changer le visage de la natation, cette ambiance de presque panique n'aurait rien de trop réjouissant.
Hier midi, un rallye pour les Mondiaux de Montréal a été organisé au square Phillips, en plein centre-ville. But de l'opération visibilité: faire parader quelques-uns des athlètes qui seront en vedette dans l'île Sainte-Hélène, dont le champion du monde Alexandre Despatie, stimuler l'intérêt du grand public, et vendre quelques billets en promotion à deux pour un.
Coanimateur du rallye, l'ancien nageur Mark Tewksbury n'est pas surpris que la relative lenteur de la vente de billets suscite une telle inquiétude, réelle ou fictive.
« Si vous vous souvenez bien, on entendait exactement les mêmes choses dans les semaines précédant les Jeux olympiques de Sydney, en 2000. Que ce serait un désastre, que les billets n'étaient pas vendus... Et à la minute où les Jeux ont commencé, tout ce qu'on entendait était à quel point les Australiens étaient fous de sport, que tout était vendu et que c'était merveilleux », a rappelé le médaillé d'or du 100 mètres dos aux Jeux olympiques de Barcelone, en 1992.
Selon Tewksbury, il n'est pas étonnant que les spectateurs n'aient pas envahi les guichets de Montréal 2005. Depuis quelques années, les gens décident de leurs activités de loisir à la dernière minute, avance le coprésident des Outgames, une gigantesque compétition sportive destinée aux gais et lesbiennes qui se tiendra à Montréal, l'été prochain. « C'est une tendance. On se retrouve exactement dans la même situation pour notre événement. »
Les Montréalais ont l'habitude de se déplacer en masse pour les événements estivaux, et il n'y a pas lieu de s'inquiéter, croit Tewksbury. « Le Cirque du Soleil fera une cérémonie d'ouverture (samedi soir) et c'est tout ce dont on entendra parler, dimanche. Et, heureusement, on commence avec le plongeon, avec des champions du monde comme Alexandre Despatie et Émilie Heymans qui ont des chances de médaille. Je ne pense pas que ce soit irréaliste de penser que cet événement va être un grand succès. »
Coanimatrice du rallye, la nageuse Marianne Limpert est d'avis qu'un événement comme celui d'hier est une bonne façon de rallier le public à la cause. « Malheureusement, le Canada n'est pas comme l'Australie où les athlètes sifflent et le public accoure. Ici, c'est un peu l'inverse. On doit sortir pour intéresser les médias et le public à notre sport », a expliqué Limpert, médaillée d'argent aux Jeux d'Atlanta, en 1996.
80 000 billets de vendus
Aux dernières nouvelles, les organisateurs de Montréal 2005 ont écoulé pas loin de 80 000 billets, soit 40 % de l'objectif de 200 000 billets. Ils sont confiants de vendre la majorité des billets pendant l'événement, comme ce fut le cas lors d'éditions précédentes, selon ce que la FINA (Fédération internationale de natation amateur) leur a fait miroiter.
Aux Mondiaux de Barcelone, en 2003, 205 563 spectateurs ont franchi les tourniquets, d'après les statistiques officielles. Or, les gens sur place savent que plusieurs billets ont été donnés à de jeunes écoliers. Pierre Lafontaine y était. « Je me rappelle m'être acheté les billets les moins chers pour des matchs préliminaires de water-polo et d'avoir pu m'avancer jusqu'aux premières rangées », a raconté le nouveau directeur général de Natation Canada, hier midi.
Aux Mondiaux de Fukuoka, en 2001, 105 000 billets ont trouvé preneurs, le Japon étant pourtant une nation friande de natation.
Tout comme Lafontaine, Michel Larouche, entraîneur-chef du club CAMO plongeon, a hâte qu'on se concentre sur les athlètes plutôt que sur la vente de billets.
« À un moment donné, il faut avoir une approche positive, a-t-il mentionné. On voit la vie tellement négativement. Ça va être un super beau spectacle. Les meilleurs athlètes au monde sont là. Rendu à ce point, les billets, ce n'est pas notre priorité. Ceux qui sont là auront du plaisir à regarder, et nous, on aura du plaisir à le faire. »
page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive