22 juillet 2005

Parfois, il y a de ces matins…
Quand Alexandre Despatie plonge comme il l'a fait cette semaine, son entraîneur, Michel Larouche, n'a pas de mal à se sortir du lit pour se rendre à la piscine.
Pourtant, il y a de ces matins où il bouterait tout en l'air. Des matins au cours desquels son moral vole bas.
Par exemple, si la journée d'hier avait été sans histoire et sans compétition, il se serait demandé, comme ça lui arrive de plus en plus souvent, ce qu'il fait encore dans cette galère.
La veille, Émiiie Heymans avait abandonné son titre mondial d'une façon décevante. Des mois passés à tenter de la remettre sur la bonne voie, après des Jeux olympiques qui avaient laissé de lourdes séquelles, n'avaient pas produit les résultats escomptés.
Un athlète peut voir son statut mondial lui échapper. Ça leur arrive tous à un moment ou à un autre. C'est la façon de perdre qui n'est pas toujours acceptable.
Larouche est entraîneur depuis 26 ans. Il est attaché au Club CAMO depuis 20 ans. Il a tout vu, tout éprouvé comme sensations.
« Dans la vie d'un coach, il y a beaucoup plus de moments négatifs que positifs, explique-t-il. C'est un dur métier qui ne nous rapporte pas ce qu'il devrait nous donner au bout du compte. Il m'arrive de me demander si ça vaut la peine de souffrir autant. »
Après une compétition, Larouche avoue qu'il connaît toujours une période moralement basse et ce, même quand les performances sont excellentes.
Quand la saison se termine, il a besoin de vacances, de décompresser, de s'aérer la tête.
« Durant une compétition comme les championnats mondiaux, je suis plus fragile, plus émotif. Si quelqu'un venait m'offrir un job en ce moment, je sauterais vite sur l'occasion », déclare-t-il.
Loin d'tre parti
Il y a aussi de grandes consolations dans son boulot. Un entraîneur ressent une énorme satisfaction quand il est aux commandes d'une belle bête, un pur-sang, comme Despatie.
« Je l'admets, dit-il, quand tout va bien, il y a des moments qui sont très agréables à vivre. »
Il l'affirme avec prudence car même un surdoué, comme le double médaillé d'or de ces championnats, lui a donné des sueurs froides en négligeant sa forme physique d'une façon alarmante après les derniers olympiques.
Toutefois, quand Despatie va lui cueillir deux médailles d'or en trois jours, pas sûr que Larouche aimerait se voir ailleurs.
Il ne faut pas tirer des conclusions trop rapides. Larouche sera encore là quand une nouvelle saison reprendra en septembre. Il y sera durant quelques années encore.
« Pour être bien honnête, je n'ai pas la moindre idée du moment où je partirai. J'aime encore ça. Je ne sais pas combien de teipps ça va durer. Je l'espère, le plus longtemps possible », dit-il.
Larouche est aux athlètes du Club CAMO ce que Roland Melanson est à José Théodore et ce que François Allaire fut à Patrick Roy. Sans eux, les deux gardiens s'en seraient bien tirés. Avec eux, ils sont devenus meilleurs encore.
Il a beaucoup donné
CAMO perdra une partie de son âme quand Larouche s'en ira. Regrettera-t-il de laisser tomber des jeunes en pleine ascension à ce moment-là ?
«Pas du tout, lance-t-il. Toute ma vie a été consacrée aux autres. Si j'ai à réorienter ma carrière un jour, j'aurai une attitude très égocentrique. Quand tu as toujours tout fait pour les autres et que tu fais face à un changement de carrière, c'est le temps de penser à toi. »
Pour le moment, insiste-t-il, la question ne se pose pas.
« C'est sûr quel y a des matins où je me dis que j'ai suffisamment donné, précise-t-il. Souvent, ces jours-là, le hasard veut que je vive quelque chose de magique et la passion revient. Cependant, c'est souvent dans ces moments-là que les entraîneurs finissent par quitter. »
Despatie n'a pas à s'en faire. Il y a de très bonnes chances qu'il écoule le reste de sa carrière avec Larouche à qui il fournit rarement l'occasion de sombrer dans la déprime.
Quelque part dans Montréal, hier soir, il y avait un coach euphorique et fier de lui.
Avec raison.
Normand Legault a assisté au triomphe d'Alexandre Despatie en compagnie du président de la FINA, Mustapha Larfaoui.
Il était pleinement conscient de ce que le merveilleux plongeur venait de réussir pour Montréal 2005.
Despatie a vendu la première semaine de l'événement. À l'organisation de faire le reste maintenant.
« Disons qu'il s'est chargé de créer une ambiance, a-t-il dit. Les gens qui sont venus pour lui ont découvert d'autres choses. Il y a de bonnes chances quels reviennent.»
Legault, qui s'y connaît en chars, a vu une Mercedes franchir le fil d'arrivée en première place à deux occasions.
« Pas un humain ne plonge comme lui, a-t-il mentionné. C'est super impressionnant, mais pour quelqu'un qui le connaît, ce n'est pas surprenant. »
En entrevue, à Radio-Canada, on a demandé le plus délicatement possible à Émilie Heymans si elle avait craqué durant son unique compétition à ces championnats mondiaux.
« Peut-être. Je ne le sais pas », a-t-elle dit, comme si c'était le cadet de ses soucis.
Une drôle de fille, Heymans. Aux Jeux olympiques d'Athènes, en septembre dernier, elle avait avoué avoir choké. Visiblement, le terme que la majorité des athlètes détestent entendre ne la dérange pas.
Si elle n'en est pas très sûre, son entraîneur répond pour elle. Sûrement pas cette fois, croit Michel Larouche.
« La pression n'a pas été un facteur parce qu'elle a répété ce qu'elle avait accompli à l'entraînement, précise-t-il. Si sa tenue avait été nettement inférieure à ses entraînements, on aurait pu dire qu'elle a choké. Ce n'est pas le cas. »
Le manque d'intensité que l'entraîneur lui a reproché après la compétition et sur lequel il s'est rétracté hier après-midi, peut être corrigé très facilement chez les athlètes très jeunes, mais plus difficilement chez les plus âgés, selon lui.
Par contre, Larouche est d'avis que Heymans ne traînera pas cet échec bien longtemps dans sa tête. « J'espère juste que les choses pourront se replacer pour elle à l'entraînement », conclut-il.
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