20 juillet 2005
Le Québec a toujours eu ses préférés sur le plan sportif.

Ce sont souvent de belles gueules qui plaisent au premier regard et qui deviennent vraiment des héros par la qualité de leurs performances.
Hier, les Québécois ont vibré pour l'un de ces êtres aimés : Alexandre Despatie.
Ils ont ressenti sa pression sur le tremplin. Ils ont retenu leur souffle quand il a amorcé ses manoeuvres. Ils ont plongé avec lui.
Le qualificatif qui résume le mieux son exploit est ÉPOUSTOUFLANT. Il a remporté un titre mondial, doublé d'un record du monde, sous une pression écrasante devant les siens. Le premier de l'histoire à amasser plus de 800 points.
On n'aurait jamais poussé l'audace jusqu'à lui demander la moitié de cela. Une journée de 17 plongeons frôlant la perfection. Il fut le seul compétiteur à ne pas flancher en finale.
Ce Despatie a un cran du diable.
Un résultat différent aurait changé peu de chose à l'admiration qu'on lui voue.
S'il s'était limité à la médaille de bronze, par exemple, on aurait déroulé le même tapis rouge sous ses pieds.
Depuis sept ans, l'attachement des Québécois pour Despatie ne semble pas négociable. Depuis hier, il est leur chouchou.
Quand il s'était présenté aux Jeux olympiques d'Athènes avec, en poche, le titre de champion du monde, l'été dernier, on lui a commandé rien de moins que deux médailles d'or.
Il a raté le podium de peu à la tour de 10 mètres et a remporté la médaille d'argent au tremplin de trois mètres.
L'a-t-on moins aimé pour tout ça ? La réponse, on l'a obtenue hier quand Despatie s'est éclaté à guichets fermés.
Ils sont combien à jouir d'une telle admiration au Québec ? Parmi les jeunes et beaux avec un look de star, on pense d'abord à José Théodore et à Despatie, et pas nécessairement dans cet ordre.
Le cabinet de relations publiques National veille sur lui depuis son tout premier exploit, à 13 ans. Le nounou de Despatie, Jean Gosselin, vice-président communications et marketing, n'a rien manqué de la plus grande journée dans la vie de son client.
Gosselin n'était pas nerveux.
Premier ou dixième, cela n'aurait rien changé aux quatre ou cinq contrats de commandite que détient le plongeur de calibre mondial.
« Chacun des commanditaires qui s'engage financièrement avec un athlète est parfaitement au courant qu'un excellent résultat constitue un boni, rien de plus, dit-il. Les résultats, par contre, servent à attirer les réflecteurs sur l'athlète. C'est souvent à ce moment que la vraie game de marketing commence. »
Le meilleur vendeur
C'est aussi à cette occasion que la personnalité de l'athlète entre en jeu. La suite des choses dépend de sa conduite personnelle, du genre d'homme qu'il est, de ses fréquentations et du charisme qu'il exerce sur le public.
Despatie était probablement l'athlète québécois le plus facile à vendre avant ce titre mondial.
Alors, imaginez maintenant.
Il a un avantage sur Théodore. Le gardien du Canadien est quasi enfermé dans un sport et une équipe dont les vedettes n'ont pas la disponibilité des athlètes amateurs. Quand il ouvre la bouche, c'est pour parler de hockey.
Despatie, lui, se prononce sur tout. Vous avez une question ? Il a une réponse. Ça lui vaut un auditoire plus diversifié, un public plus vaste.
Ça devient également un élément accrocheur pour des commanditaires.
Commercialement, sa personnalité lui procure une longueur d'avance sur Théodore.
Pour la gueule, c'est matière de goût.
« Dans un cocktail ou une soirée, il y a toujours des gens plus intéressants que d'autres parce qu'ils ont de l'entregent et parce qu'ils ont des choses intéressantes à raconter, précise Gosselin. Ils ne sont pas des machines à clichés; ils sont vrais. Alexandre est un garçon vrai. Avec lui, n'y a pas de bullshit. Il dit pas mal ce qu'il pense. Il n'est pas énervé, mais il n'est pas super-sage non plus. Il est juste quelqu'un de normal qui ne se prend pas auy sérieux. »
On l'a adopté quand il était haut comme trois pommes. À 13 ans, le Québec s'est enflammé pour lui quand il a gagné l'or parmi des hommes aux Jeux du Commonwealth.
Il était même plus petit que les jeunes de son âge. Sa photo dans les bras d'un gros plongeur britannique, un monstre. Tony Ally le portant en triomphe sur son épaule comme s'il s'agissait d'une poupée, a fait le tour du monde.
C'est là que le déclic s'est fait. Toutes les mères auraient voulu l'adopter.
À son retour au pays, on a découvert un enfant étrangement mûr, déjà capable de dire les bonnes choses.
Sept ans plus tard, la relation entre le garçon devenu un homme et son public non seulement résisté à l'usure du temps, elle vient d'exploser au grand jour.
Difficile à impressionner
Despatie n'est qu'à mi-cheniin dans brillante carrière. Des entreprises n'ont
pas fini de vouloir s'associer à lui.
Il y a peu de risques que la gloire et l'adulation l'entraînent sur une voie différente. S'il avait eu à changer, ce serait déjà fait.
Dans un sens, c'est une chance qu'il soit né avec une cuillère d'argent dans là bouche.
Papa est un homme d'affaires en moyens.
Maman a de l'argent.
La famille vit en bordure du parcours de golf, à Laval-sur-le-Lac.
Quand on grandit dans l'aisance, on est plus difficile à impressionner.
Mais il aurait pu ne pas vouloir de l'excellente éducation qu'on lui a donnée. Comme bien d'autres, il aurait pu devenir un enfant rebelle bien avant les Jeux du Commonwealth qui l'ont mis au monde.
Dans la gloire, les liens familiaux sont restés forts, on le sent. Despatie laisse la gérance de sa carrière à son père. Il ne veut même pas savoir ce qu'il vaut.
« Si Alexandre a peu de commanditaires, c'est voulu de la partde son père explique Gosselin.
« Chaque fois qu'il signe une nouvelle entente, cela signifie plus d'engagements de sa part. On préfère donc qu'il engrange moins de revenus et qu'il conserve une meilleure emprise sur sa vie et son entraînement. »
En battant décisivement le champion du monde et le champion olympique en titre, hier après-midi, on a eu la confirmation que toute la machine entourant le nouveau champion est fort bien huilée.
Du monde solide. À commencer par le champion lui-même.
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