Les championnats du monde 2005 de natation à Montréal, en cours depuis le 17 juillet, s'annoncent comme une réussite sur le plan sportif, mais n'ont pas attiré les foules, présageant d'un déficit financier.
A quatre jours de la fin, les organisateurs demeurent optimistes, insistent sur le fait que la réponse du public est bonne et que l'évènement gagne de jour en jour en popularité, mais ils refusent de dévoiler le moindre chiffre sur le nombre de billets vendus.
Aux dernières nouvelles, avant l'ouverture des championnats, environ le tiers des 234 000 billets nécessaires pour atteindre l'équilibre budgétaire avaient été vendus, pour des recettes dépassant 5 millions de dollars canadiens (2,6 millions d'euros) sur un total prévu de 11 millions (7,3 M EUR). Ce dernier montant représente un peu plus de 30% du budget de ces Mondiaux (38,5 M CAD soit 25,8 M EUR).
Reste que depuis le début des championnats, les tribunes sont trop souvent restées vides, les gens ne semblant se passionner que pour le plongeur Alexandre Despatie, héros local et médaillé d'or aux tremplins de 1 mètre et de 3 m, ou pour l'équipe du Canada en water-polo féminin.
"affaire d'amour"
"Il y avait environ 500 personnes seulement pour voir la Canadienne Blythe Hartley remporter l'or au tremplin d'un mètre", déplorait The Gazette, le quotidien anglophone de Montréal.
Selon la responsable de la natation au quotidien sportif français L'Equipe, Sylvie Josse, la fréquentation de ces Mondiaux de natation est "la pire" des six éditions auxquelles elle a assisté.
"C'est certain que j'aimerais vous dire que nous avons vendu 200 000 billets, mais à Montréal, c'est connu, les gens, sauf pour un match du Canadien (le club de hockey sur glace), achètent leurs billets à la dernière minute", déclarait René Guimond, vice-président du comité organisateur au Journal de Montréal.
Pour d'autres, cependant, l'explication se trouve ailleurs. "C'est pourtant tout simple : Montréal n'est pas une ville de sport. Ce serait sans conséquence si tant de gens n'étaient pas persuadés du contraire", écrivait dès janvier dernier Pierre Foglia, journaliste au quotidien La Presse.
"Montréal, poursuivait-il, est la ville d'un club, le Canadien. Et c'est pas affaire de sport, c'est affaire d'amour".
En fait Montréal est une ville portée avant tout sur la fête, comme l'atteste la ribambelle de festivals qui tout l'été durant tient les rues du centre-ville fermées à la circulation : festival de jazz, de feux d'artifice, "Juste pour rire", "de la Fierté gaie", FrancoFolies, du film...
"risque calculé"
De plus, ces championnats coïncidaient avec le départ massif des Montréalais en vacances vers leurs chalets "dans le Nord" ou les plages américaines.
Les organisateurs n'ont pourtant pas à rougir, puisque la tenue de ces championnats dans la métropole québécoise tient presque du miracle.
La Fédération internationale de natation (FINA) avait en effet retiré les Mondiaux à Montréal en janvier dernier en raison de difficultés financières mais avait fini par les lui redonner en février lorsque le maire Gérald Tremblay s'était engagé à combler tous les passifs.
Pour reprendre le terrain perdu, les organisateurs ont dû mettre les bouchées doubles, mais tous aujourd'hui, athlètes comme journalistes ou officiels de la FINA, s'entendent pour saluer la qualité des installations, de l'organisation et de l'accueil.
Une trentaine de journalistes étrangers ont quand même écrit à la FINA pour qu'elle s'engage "à ne jamais accepter que les futurs organisateurs d'événements FINA prennent les médias pour des vaches à lait pour combler leur déficit".
Pour le reste, même si l'addition s'avérait salée pour le contribuable montréalais, le maire Gérald Tremblay estime que "ce risque calculé" valait la chandelle, compte tenu de la visibilité que l'événement, vu par plus de 650 millions de personnes dans le monde, a procuré à Montréal.
Les Montréalais auront le dernier mot aux élections municipales de cet automne.
page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive