30 janvier 2005

Championnats du monde de sports aquatiques

Le DG de Montréal 2005 invité à quitter son poste

Si le maire Gérald Tremblay parvient aujourd'hui à convaincre la Fédération internationale de natation (FINA) de redonner à Montréal les Championnats du monde de sports aquatiques, la relance de l'événement devra impérativement passer par un changement de garde au comité organisateur, estiment huit ex- employés de Montréal 2005 sondés par La Presse au cours des derniers jours.

Ces anciens employés, qui ont accepté de parler sous le couvert de l'anonymat afin de ne pas mettre en péril leur emploi actuel, brossent un portrait accablant de la gestion de l'organisation sportive.

Et leurs critiques visent pour l'essentiel une seule et même personne : le directeur général de Montréal 2005, Yvon DesRochers, à qui ils reprochent unanimement son attitude méprisante, son manque de transparence et un leadership aussi autoritaire que contre-productif.

« Je n'ai jamais vu une entreprise fonctionner d'une telle manière, raconte une ex-employée, qui affirme avoir été « agonie d'injures » à trois reprises par son ancien patron. « On ne peut pas faire fonctionner une entreprise de cette importance si on n'est pas capable de fédérer les gens autour d'une idée. »

Selon plusieurs témoignages, M. DesRochers a créé une atmosphère de crainte à Montréal 2005. Il aimait répéter que « nul n'est irremplaçable », tout en ajoutant que son propre contrat d'embauche était inattaquable.

De fait, pour une société qui compte moins d'une quinzaine d'employés, Montréal 2005 a connu un roulement de personnel impressionnant sous la férule de M. DesRochers, entré en fonction en novembre 2002.

Entre novembre 2003 et le début de janvier 2005, par exemple, pas moins de 17 employés ont quitté l'organisation, certains après quelques semaines d'emploi seulement.

Certains ont démissionné, d'autres ont été congédiés. Mais tous ceux à qui La Presse a parlé - y compris des employés ayant perdu leur emploi quand la FINA a décidé, le 19 janvier, de retirer à Montréal l'organisation des Championnats - ont vertement critiqué M. DesRochers.

« Il nous gérait comme des cols bleus », relate un employé, parti en 2004. « Il était tout le temps en maudit contre tout le monde. À l'entendre, tout le monde était des maudits fous. C'était impossible de travailler auprès de lui. »

Si les relations entre M. DesRochers et ses employés étaient difficiles, celles entre le directeur général de Montréal 2005 et les trois ordres de gouvernement n'étaient guère plus roses. En décembre, par exemple, Québec a décidé d'envoyer une équipe de vérificateurs externes à Montreal 2005. M. DesRochers, furieux d'apprendre la nouvelle de la bouche d'un journaliste, avait déclaré que « les miteux » de Québec ne viendraient pas lui « faire le discours de la transparence ».

Dans leur rapport subséquent au ministre québécois du Sport, Jean-Marc Fournier, les comptables de Samson Bélair Deloitte & Touche ont souligné n'avoir pu obtenir la disponibilité de M. DesRochers. À la lumière de la mauvaise collaboration du directeur général de Montréal 2005, le ministre avait fait de la « mise en place de voies de communication répondant aux exigences des gouvernements » une condition sine qua non à tout effort financier additionnel de la part de Québec.

Vers la mi-décembre, M. DesRochers avait aussi causé des froncements de sourcils quand il avait quitté le Québec pour des vacances en Arizona au moment même où Montréal 2005 se battait pour sa survie. Un comportement « inexcusable », commente un employé récemment licencié. « Je ne peux pas comprendre un manque de leadership comme celui-là. »

Devant ses employés, M. DesRochers a blâmé le ministre Fournier après que la FINA eut décidé de retirer à Montréal l'organisation des championnats. Il a affirmé que M. Fournier avait proféré des jurons lors d'une rencontre de la dernière chance avec le président de la Fédération, Mustapha Larfaoui.

Mais les employés de Montréal 2005 sont unanimes : les relations de M. DesRochers avec la FINA étaient elles-mêmes loin du beau fixe. « Il est de notoriété publique que M. DesRochers et Cornel Marculescu (secrétaire général de la FINA, NDLR) ne s'entendent pas », affirme un ex-employé. C'était un pissing contest entre Yvon et Cornel. On en faisait même des blagues entre nous », ajoute un de ses collègues.

Joint vendredi, le coprésident du conseil d'administration de Montréal 2005, Richard Pound, a reconnu que des changements pourraient être apportés au comité organisateur si la FINA accède à la demande du maire Tremblay et redonne les championnats à Montréal.

« C'est possible, a dit M. Pound en entrevue téléphonique. Ce ne sera pas nécessairement le cas, mais on verra. Il ne reste plus que cinq mois avant les championnats. Nous pourrions devoir faire certains changements. Mais nous n'avons pas à nous préoccuper de ça tant que la FINA ne nous dit pas oui. »


page mise en ligne le 30 janvier 2005 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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