29 janvier 2005

Lettre d'un contribuable

� M. Paul Martin,
premier ministre du Canada
Cher Monsieur Martin,
Demain dimanche, vers 11h30, G�rald Tremblay, maire de Montr�al, rencontrera Mustapha Larfaoui, pr�sident de la FINA, dans les chics locaux de l'ambassade canadienne � Paris. M�me que votre ambassadeur sera de la rencontre avec Dick Pound et Walter Sieber, deux �minents Canadiens, comme vous aimez le dire.
En tant que simple et humble contribuable, je vous remercie, M. Martin, d'avoir permis � Monsieur le maire d'utiliser votre ambassade. C'est un signe modeste mais c'est quand m�me un signe que le Canada n'est pas totalement une r�publique de bananes quand on parle de sport international.
Mais si vous aviez su, mon cher premier ministre, comment votre gouvernement, comment le gouvernement de M. Charest � Qu�bec et comment ces incomp�tents au sein du comit� organisateur se sont comport�s en �pais habitants mal d�grossis dans tout le dossier des Championnats du monde de sports aquatiques, je suis convaincu que vous auriez fait beaucoup plus.
Je sais que mon vieux copain Jean Lapierre est votre gourou au Qu�bec et mes confr�res m'ont expliqu� que Tim Murphy, votre chef de cabinet, est votre gardienne d'enfants � Ottawa. Mais vous pourriez peut-�tre prendre la peine de t�l�phoner au maire Tremblay, � son h�tel de Paris, pour lui souhaiter bonne chance avant sa rencontre de dimanche.
Parce que, M. Martin, vous �tes quand m�me d�put� d'un comt� du Grand Montr�al, vous avez fait plein de promesses favorables aux municipalit�s pendant la derni�re campagne �lectorale; donc, vous avez leurs int�r�ts � coeur. Enfin, comme premier ministre du Canada, vous devez savoir que Montr�al et le Canada ont eu l'air de complets tatas dans le dossier de la FINA.
Savez-vous, M. Martin, que M. Larfaoui, en d�cembre dernier, a t�l�phon� trois fois � votre secr�taire d'�tat, l'ineffable Stephen Owens ? Savez-vous qu'il lui a �crit concernant le dossier des Championnats et de Montr�al ? Savez-vous, M. Martin, qu'on n'a jamais eu la d�cence ni la politesse de rappeler M. Larfaoui ? Sans doute que le personnel de M. Owens est tellement occup� � organiser le patronage pour les Jeux de Vancouver qu'il a oubli� que Montr�al devait organiser des championnats l'�t� prochain ?
Savez-vous, mon cher premier, que M. Larfaoui vous a �crit, � vous personnellement, tou't juste avant No�l, et qu'on cherche encore la lettre dans vos bureaux ? On l'a perdue ! Que voulez-vous que ce � prince � des grands �v�nements pense du gouvernement canadien ? Qu'ils ne veulent pas de lui ni de son �v�nement.
M. Martin, vous ne pouvez pas savoir ce que le ministre qu�b�cois Jean-Marc Fournier a l�ch� comme insulte au pr�sident de la FINA. Je ne veux pas jouer au panier perc�, aussi je vous dirai simplement que M. Fournier, sans doute fatigu� apr�s une dure ann�e de travail et de stress, a tout juste garroch� � M. Larfaoui � s'il comprenait le fran�ais �. Poser cette question � un Alg�rien - son pays est une ancienne colonie fran�aise qui a obtenu son ind�pendance apr�s une gu�rilla f�roce - c'est lui faire la pire des injures. Mais vous ne contr�lez pas les ministres de M. Charest, on le comprendra facilement.
Vous voulez savoir comment �a s'est pass� par la suite ? G�rald Tremblay, votre maire en quelque sorte dans le Grand Montr�al, scandalis� par le fait de voir une quarantaine de millions d�j� investis s'envoler en fum�e, a d�cid� de foncer et de garantir les 12 millions que ces incomp�tents n'avaient pu trouver.
Mais il se trouvait confront� � un autre probl�me, encore plus grand que le manque de fonds. Le pr�sident de la FINA �tait outr� par la fa�on grossi�re dont on l'avait trait�. Le maire a alors t�l�phon� � son ancienne coll�gue lib�rale � Qu�bec, Mme Liza Frulla, ministre du Patrimoine : � J'ai besoin d'aide �, lui a-t-il dit.
Mme Frulla est une femme passionn�e, une amante de Montr�al, du Qu�bec et du Canada. Dimanche dernier, elle a joint M. Larfaoui et a discut� pr�s d'une heure avec lui. Quand ce dernier lui a racont� ce qu'il avait subi, la ministre s'est excus�e. Purement et simplement. Et elle a profit� de la conversation pour lui r�affirmer que les Championnats �taient importants pour Montr�al et le Canada. En pr�cisant avec clart� que le gouvernement canadien ne pourrait cependant investir d'autres sommes dans l'�v�nement.
Charm�, M. Larfaoui a finalement confirm� au maire G�rald Tremblay qu'il �tait d'accord pour organiser un rendez- vous. Et il en a profit� pour dire qu'il avait appr�ci� la classe et l'ouverture d'esprit de Mme Frulla. Les deux hommes ont convenu que la pr�sence de Mme Frulla, comme ministre canadienne du Patrimoine, serait un plus lors de ce meeting.
C'est l� que Jean Lapierre entre en sc�ne.
Voyez-vous, M. Martin, j'aime beaucoup Jean Lapierre. Je l'ai connu en 1984 aux Jeux olympiques de Los Angeles alors qu'il �tait secr�taire d'�tat aux sports. Apr�s, il est devenu bloquiste et aussi votre conseiller sp�cial au Qu�bec.
Mais si mon copain Jean est un formidable politicailleur, grand sp�cialiste des vacheries du petit monde politique, je ne peux pas dire qu'il a �t� tr�s �difiant dans ce dossier. Sans doute qu'on peut parler de deux visions diff�rentes devant un probl�me, mais votre ami Lapierre a choisi la peur et les grands sparages.
Vous �tes un homme honn�te, monsieur le premier ministre, alors pourquoi a-t-on si peur dans votre entourage ? Et pourquoi Jean Lapierre, qui alimente tout ce beau monde de son expertise, a-t-il si peur dans ce dossier ?
Personne n'a parl� de patronage ou de malversations. Ce qu'on reproche aux organisateurs, c'est d'avoir �t� de parfaits incomp�tents.
Parce qu'ils ont peur que les contribuables fassent le lien entre ces amis du parti et vous, M. Martin ? Cher premier ministre, les gens ne sont pas stupides. Ils sont capables de faire la diff�rence entre un voleur et un tata. Ou bien parce que notre ami M. Lapierre est capable de politicaillerie mais pas de sens politique ? Honn�tement, je me suis ennuy� depuis deux semaines de Martin Cauchon, l'ancien lieutenant politique du Qu�bec. Je n'�tais pas toujours d'accord avec lui mais j'�tais certain qu'il se battait. Pas qu'il politicaillait !
C'est impensable que votre ami Lapierre ne soit pas rendu compte que Montr�al perdait environ 70 millions de retomb�es �conomiques, sans compter les 40 millions d�j� enfouis par le f�d�ral, le provincial et le municipal. Impensable qu'il ne soit pas pas rendu compte que Vancouver pr�sentera les Jeux olympiques de 2010, que Toronto, autre petite ville canadienne, se pr�pare � tenter d'obtenir l'Exposition universelle, et que Hamilton tente de se positionner sur la sc�ne internationale. Vancouver, c'est le CANADA, Toronto, c'est le CANADA, Hamilton, c'est le CANADA. Eh bien Monsieur le premier Ministre, Montr�al, c'est aussi le Canada.
M. Lapierre et votre bureau ont interdit � une ministre d'aller d�fendre les int�r�ts d'une ville canadienne et de son pays, le Canada. M. Lapierre n'a pas dit la v�rit� en laissant courir que Mme Frulla allait consentir de nouveaux millions dans l'aventure. Il est important, M. Martin, que vous le sachiez. Parce que si vous aviez su, je suis convaincu que vous n'auriez pas laiss� faire.
Et pour conclure cette trop longue missive infiniment respectueuse, vous esp�rez sans doute que le maire de Montr�al r�ussisse � sauver ces Championnats du monde. Parce que des hommes d'affaires prestigieux comme Normand Legault, Serge Godin, de CGI, et plusieurs autres ont d�j� assur� le maire Tremblay qu'ils seraient l� pour l'�pauler. Et que ces championnats seraient un succ�s une fois qu'on sera d�barrass� des incomp�tents qui ont s�vi trop longtemps.
Voil�, cher premier, ce qu'on aurait d� vous expliquer au lieu d'avoir peur de son ombre ou de ses propres p�ch�s.
Un contribuable,
R�jean Tremblay
page mise en ligne le 29 janvier 2005 par SVP

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