21 janvier 2005
| ÉDITORIAL |

Les gouvernements doivent-ils allonger les millions manquants pour récupérer les Championnats du monde de sports aquatiques, que Montréal vient de se voir retirer par la Fédération internationale de natation ? Non.
D'abord parce qu'il y a de forts risques que, même si la FINA changeait d'idée, les Championnats virent à la catastrophe : une organisation peut difficilement régler au quart de tour un événement d'une telle envergure alors que toutes ses énergies sont consacrées à sa survie même.
Ensuite, parce que le tort à la réputation de Montréal, que l'on craint tant si le déménagement des Championnats est confirmé, est probablement déjà fait de toute façon. D'ailleurs, il serait fort étonnant que dans le monde du sport international, on ne sache pas déjà qu'à peu près tous les événements sportifs d'envergure qu'on a essayé d'organiser à Montréal depuis les Jeux de 1796 ont été des fours complets.
Nul ne l'a mieux dit que Pierre Foglia, dans sa chronique d'hier : « Montréal n'est pas une ville de sport. Montréal est la ville d'un club, le Canadien. Et c'est même pas affaire de sport, c'est affaire d'amour. » Les responsables du sport amateur déplorent depuis des années le peu d'intérêt des Québécois pour les compétitions sportives, même de niveau élevé. « Allez voir une partie de volley-ball à l'Université de Calgary, il y aura 1500 à 2000 personnes. À l'Université de Montréal, ça va être beau si on réussit à en ramasser 150, même si c'est le meilleur calibre au Canada », soupirait il y a quelques années Jean-Guy Ouellet, un des bonzes du sport au Québec.
Cette indifférence ne touche pas seulement le sport amateur. Comment expliquer que les Montréalais, qui prétendent être les plus grands connaisseurs de hockey au monde, sont incapables de faire vivre une équipe de hockey junior ? Outre la mauvaise gestion de l'équipe, l'échec des Expos est dû au fait que les Montréalais ne s'intéressent pas au baseball conune tel, mais à la possibilité que leur équipe soit championne; chaque saison, dès que cette possibilité disparaissait, la foule désertait le stade.
Une ville de sport aurait-elle laissé transformer son vélodrome en biodôme ? Aurait-elle laissé couvrir sa piscine olympique tout l'hiver pour la tenue eun salon de l'auto ?
C'est la même apathie qui a accueilli la nouvelle de l'obtention des Championnats mondiaux de sports aquatiques, en 2001. Depuis, personne ne parlait de ces championnats, personne n'avait saisi l'importance de l'événement. L'organisation locale a certainement failli à sa tâche de promotion, mais l'inculture sportive de Montréal y était aussi pour quelque chose. Combien de personnes se seraient massées pour assister aux parties de water-polo ? ou même aux compétitions de natation ? Qui, au Québec, connaît la nageuse montréalaise Marianne Limpert, porte-drapeau du Canada aux Mondiaux de 1998 ? Ou le plongeur Philippe Comtois ?
Comtois est né quelques semaines après la clôture des Jeux de 1976, ces jeux dont on a cru qu'ils transformeraient à jamais les habitudes sportives des Québécois. Cet espoir ne fut pas complètement déçu. Mais aujourd'hui, dans les cours des écoles secondaires, les mauvaises herbes envahissent les pistes d'athlétisme...
Tenir un événement sportif international dans un tel contexte représente un défi considérable. La réussite n'est pas impossible, mais elle exige une organisation hors-pair. Celle de FINA 2005 n'était pas de taille. Certains blâment aujourd'hui les entreprises privées de ne pas avoir investi dans le projet. Ces reproches ne sont pas justifiés; au contraire, c'est faire preuve de réalisme que de ne pas se faire d'illusions au sujet la vocation sportive de Montréal.
page mise en ligne le 21 janvier 2005 par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive