21 janvier 2005

Gérard l'éponge

Sacré Gérald, va. Toujours cette même bonne volonté. Toujours cet horrible problème de timing. Bon gars. Bonne idée. Mauvaise année. Les invités viennent de claquer la porte ? Le maire arrive en courant avec sa dinde.

Coucou ! Bon appétit tout le monde !

Rangez votre dinde, monsieur le maire, la visite est partie.

Le faites-vous exprès ? Avez- vous seulement une dinde à offrir, monsieur le maire ? Ou êtes-vous en train de crier très fort sur votre balcon pour faire croire à vos voisins que vous avez tout fait pour vos invités ?

Bonne chance quand même. Mais j'ai l'impression que vos amis de la Fédération internationale de natation sont allés manger chez le Grec.

Bon gars, bonne idée, mauvaise année. Où étiez-vous, depuis un mois, quand l'alarme a été sonnée ? Pas là. Vous attendiez de voir ce que Québec allait faire pour sauver les Mondiaux de natation, dites- vous ? Ça manque un peu de tonus, ça, monsieur le maire. Comme plongeon, ce n'est pas très synchronisé.

Je dis « bonne idée », d'ailleurs, mais je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne idée du tout. Des gens ont été nommés pour diriger ce comité organisateur en 2001. Ce sont d'excellents libéraux fédéraux, mais de piètres organisateurs. Ou bien ils avaient fait une évaluation farfelue des coûts. Ou bien ils avaient fait une évaluation farfelue de ce qu'ils pouvaient aller chercher comme commandites, privées ou pas privées (c'était au temps béni d'avant le rapport de Sheila Fraser !). Ou bien ils ont mal fait leur travail pour aller en chercher. Dans les trois cas, ils ont fait un gros flat, et ils ont des livres à ouvrir, des comptes à rendre et des explications à donner.

Faut-il vraiment que la Ville de Montréal éponge, encore une fois ? À hauteur de 10 millions ? Certains sauvetages font seulement plus de noyés.

En zigzaguant entre les nids de dinde, dans les belles rues de Montréal, hier, j'écoutais ce que les experts disaient de la réputation internationale de Montréal, de son image et de sa fierté. Qu'est-ce qui fait le plus mal à Montréal ? L'annulation des Mondiaux de natation ou des milliers de touristes, de congressistes et de visiteurs qui reviennent chez eux à Barcelone, Cincinnati ou New York, et qui disent, je me demande ce qui se passe dans cette ville, les rues sont dans un état atroce !

On aurait tous aimé avoir ces championnats, mais on se raconte des histoires si on pense que leur tenue viendrait rehausser durablement le prestige montréalais. Green Bay a une superbe équipe de football. Ils auraient beaucoup de peine si elle partait. Quand M. Smith de Green Bay, Wisconsin, va à Vancouver, et qu'il dit d'où il vient, le Vancouvérois lui dit : ah! Green Bay ! Les Packers !

M. Smith est tout content.

Sauf que le gars de Vancouvern'ira jamais à Green Bay.

Une ville n'est pas intéressante parce qu'elle tient des événements sportifs internationaux de deux semaines, même avec 2000 athlètes. L'événement est intéressant, il y a intérêt à l'attirer. Mais jusqu'à un certain point. Donc, pas à tout prix. Cette histoire d'honneur national, de prestige, ce sont des balivernes.

Un événement sportif international qui suppose des dépenses publiques importantes n'est défendable que s'il laisse derrière lui des installations permanentes qui seront utiles soit pour l'élite sportive, soit pour le public, idéalement pour les deux. Passé une certaine somme, il ne se justifie plus.

Les Jeux olympiques de Montréal, à cet égard, ont été un échec. Ceux de Vancouver 2010 sont partis au contraire pour être un succès. Chaque installation nouvelle a une vocation à long terme. Toutes les nouvelles infrastructures ont un sens et seront durables.

Si jamais, donc, la FINA revenait sur sa décision et redonnait à Montréal ces Mondiaux, et si le maire ne parvenait pas à trouver des commanditaires à hauteur de 10 millions, il devrait éponger le déficit. Dans le contexte montréalais, vu ce qu'il en a déjà coûté à la Ville (7,1 millions en infrastructures, et 4,6 millions promis pour la sécurité), à Québec (14 millions) et Ottawa (13 millions), ce serait probablement trop.



caricature : Serge Chapleau


page mise en ligne le 21 janvier 2005 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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