21 janvier 2005Montréal 2005

Des comptes à rendre
Les dirigeants des Internationaux du sport de Montréal (ISM) et de Montréal 2005 ne sont pas au bout de leurs peines.
Joël-Denis Bellavance
Après avoir subi l'humiliation de se voir retirer les Championnats du monde de sports aquatiques, mercredi, voilà que les députés fédéraux exigent des Serge Savard, Marc Campagna, Yvon DesRochers, Roger Légaré et compagnie qu'ils viennent expliquer ce fiasco devant le puissant comité des comptes publics de la Chambre des communes dans les plus brefs délais.
D'autant plus que les organisations qu'ils dirigent ont reçu du gouvernement fédéral quelque 16 millions de dollars en subventions et commandites au cours des six dernières années.
Cette somme devait permettre à Montréal de devenir une ville capable d'attirer des grands événements sportifs internationaux.
Le Bloc québécois, le NPD et le Parti conservateur voient d'ailleurs des similitudes inquiétantes entre les subventions qui ont été octroyées à ces deux organismes par Ottawa et le scandale des commandites, qui éclabousse les libéraux depuis près de trois ans. Ils notent aussi que les dirigeants des organismes sont des libéraux notoires de la région de Montréal.
En effet, Serge Savard a contribué à la campagne à la direction du Parti libéral de Paul Martin. Roger Légaré est un ancien directeur général du Parti libéral du Canada. Et Yvon DesRochers est un ancien conseiller de Francis Fox, qui était jusqu'en septembre le conseiller principal de Paul Martin.
Ainsi, le député bloquiste Benoît Sauvageau compte déposer une résolution invitant ces dirigeants à comparaître devant le comité des comptes publics dès la reprise des travaux parlementaires, prévue le 31 janvier.
«Je veux que les administrateurs de ISM et de Montréal 2005 viennent nous expliquer ce qu'ils ont fait des millions de dollars que le gouvernement fédéral leur a octroyés. Cela fait depuis 1998 que ISM reçoit des subventions de gouvernement fédéral. Jusqu'ici, ils n'ont pas fait preuve de beaucoup de transparence pour expliquer comment ils ont utilisé cet argent», a déclaré M. Sauvageau.
S'ils refusent de se présenter, M. Sauvageau se dit prêt à leur faire parvenir une citation à comparaître, pouvoir dont jouissent tous les comités des Communes. M. Sauvageau avait d'ailleurs envoyé une telle ordonnance à témoigner au président d'Air Canada, Robert Milton, il y trois ans, après que ce dernier eut utilisé de multiples tactiques pour retarder sa comparution devant le comité des langues officielles afin d'expliquer les lacunes de l'entreprise en matière de services en français.
Les deux autres partis de l'opposition comptent appuyer la démarche de M. Sauvageau. Ensemble, le Parti conservateur, le Bloc québécois et le NPD détiennent la majorité au comité des comptes publics, comme c'est d'ailleurs le cas dans l'ensemble des comités des Communes. En outre, le comité est présidé par un député de l'opposition, le conservateur John Williams.
En entrevue, hier, M. Williams s'est dit «choqué» d'apprendre que le gouvernement fédéral avait accordé quelque 16 millions aux deux organismes et que cela avait donné peu de résultats jusqu'ici. Il croit que le comité qu'il préside doit se saisir de cette affaire le plus rapidement possible.
«Je crois fortement à l'imputabilité et si nous avons dépensé 16 millions de dollars et nous avons eu peu de résultats, nous avons certainement le droit d'avoir des réponses à nos questions», a déclaré M. Williams à La Presse.
«Il semble que ce sont toujours les gens qui sont affiliés au Parti libéral qui obtiennent des sommes faramineuses du gouvernement sans rendre de comptes. C'est scandaleux et je ne vois pas pourquoi toute cette affaire ne serait pas examinée par le comité des comptes publics. Nous devons obtenir des réponses», a-t-il ajouté.
Le député néo-démocrate Pat Martin a aussi dit appuyer la démarche de son collègue bloquiste. «Notre parti va appuyer le Bloc québécois pour faire témoigner ces gens pour qu'ils crachent le morceau et nous donnent des réponses. Ce sont toujours les mêmes à qui on donne une brouette pleine d'argent et qui trouvent le moyen de tout gâcher. Car la perte de cet événement n'est pas seulement dévastatrice pour Montréal, mais aussi pour le Canada. Je trouve cela embarrassant», a déclaré M. Martin, de Winnipeg.
Au bureau du premier ministre Paul Martin, un porte-parole a indiqué que les comités des Communes sont maîtres de leur propre destinée et peuvent ainsi convoquer les témoins qu'ils veulent. «Le bureau du premier ministre ne dicte pas l'ordre du jour des comités», a indiqué Marc Roy.
page mise en ligne le 21 janvier 2005 par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive