20 janvier 2005


La une du cahier des Sports
photo : Ivanoh Demers

Unanimité des athlètes contre les décideurs

« C'est évident que la FINA pense de plus en plus en dollars » affirme Audrey Lacroix

Comme on pouvait s'y attendre, le mot «déception» est sorti de la bouche de tous les athlètes et entraîneurs québécois à la suite de l'annonce de la décision de la FINA, hier matin. Mais après la déception, ce sont les questions sans réponses qui ont fusé. Pourquoi? Qui a erré ? Les gens du comité organisateur savaient-ils ce qu'ils faisaient ?

« Je ne suis pas un expert en construction, mais comment des gens supposément compétents peuvent-ils se tromper à ce point dans leurs prévisions budgétaires pour la construction des piscines ? se questionne le nageur Alexandre Pichette. Et comment peuvent-ils prévoir des millions en commandites et aboutir avec moins d'un demi-million ? »

« Je ne comprends pas, poursuit Marie-Luc Arpin, double olympienne en water-polo. À quoi pensaient ces hommes en cravate quand ils ont obtenu l'événement sans savoir s'ils pouvaient l'organiser ? »

« Nos gens du sport se posent beaucoup de questions, mais j'ai malheureusement peur qu'ils n'obtiendront jamais toutes les réponses », indique de son côté Josée Grand'Maître, coordonatrice des services à tous les athlètes brevetés québécois au Centre national multisport-Montréal.

« Et ce qui me fâche dans tout ça, c'est le fait que le monde du sport a l'air fou alors que le monde du sport n'a justement rien fait de mal. Au contraire, autant en natation, en plongeon, en water-polo qu'en nage synchronisée, on organise des événements de qualité régulièrement. Les gens du sport - athlètes, entraîneurs, administrateurs et bénévoles - étaient tous prêts à faire le travail et à bien le faire. C'est au-dessus de leur tête que la partie s'est jouée. »

Entraîneur national en natation, Claude St-Jean travaille quotidiennement au Complexe sportif Claude-Robillard avec des athlètes se préparant pour les Championnats du monde. Il est surtout déçu pour eux.

« Nos athlètes ont déjà assez de problèmes à marier leurs horaires sportif et scolaire, en plus de ne pas avoir d'argent. Pourquoi des administrateurs ou des politiciens, qu'on ne connaît même pas, leur font des coups comme ça ? C'est comme pour les Jeux olympiques de Moscou, en 1980 : des gens qui n'avaient aucune idée de la vie des athlètes leur avaient joué dans le dos. »

Une crédibilité ébranlée
La communauté sportive québécoise a aussi peur de sa crédibilité à l'étranger. Ann Dow, doyenne de l'équipe canadienne de water-polo et qui endosse les couleurs d'une équipe professionnelle en Italie, a déjà eu droit à un barrage de questions.

« Dès mon arrivée à la piscine, toutes les filles m'ont demandé : « Pourquoi les Championnats n'auront pas lieu chez vous ? » Quand je leur disais qu'il manquait d'argent et que les gouvernements n'avaient pas offert les garanties exigées par la FINA, elles me répondaient : « Mais pourquoi avez-vous demandé à tenir l'événement ? » Et là, je n'avais pas réponse à leur question. »

En octobre dernier, Audrey Lacroix avait senti le coup venir lors des Championnats du monde de natation en petit bassin, présentés à Indianapolis.

« C'est à Indianapolis qu'on a vu le vrai visage de la FINA, explique-t-elle. Comme toujours, les athlètes ne pouvaient porter de logo de commanditaire personnel à l'exception du logo de notre marque de survêtement et de maillot de compétition. Sauf que, sur place, on nous a remis un gros autocollant à afficher sur notre survêtement avec l'ordre de le porter jusqu'à ce que la caméra ait fait un gros plan de nous pendant la présentation des athlètes. C'est évident que la FINA pense de plus en plus en dollars...»

Grosse perte pour la synchro
Les athlètes qui auraient le plus à perdre en participant à des Championnats du monde à l'étranger sont sans aucun doute les nageuses synchronisées. Centralisées aux piscines olympiques de Montréal depuis deux semaines, après deux cycles olympiques en banlieue de Toronto, les filles de synchro misaient beaucoup sur cette compétition à domicile.

« On ne s'en cache pas, en nage synchronisée, la foule peut influencer la performance des athlètes ainsi que la perception des juges. On misait sur les Championnats de 2005 pour remonter sur le podium », indique Anouk Renière-Lafrenière, qui faisait partie de l'équipe ayant terminé au cinquième rang des Jeux d'Athènes.

Des carrières allongées pour rien ?
Dans le monde du sport olympique et paralympique, il est normal de se retirer de la compétition après les Jeux olympiques. Dans les cas des adeptes de sports aquatiques, cependant, l'année 2005 avait un petit quelque chose de spécial. Plusieurs de nos athlètes avaient décidé d'étirer leur carrière une année de plus.

« Je ne me sentais plus capable de me lever avant le soleil, en plein hiver, pour aller m'entraîner, de dire Ann Dow. Mais je voulais conclure ma carrière à Montréal, devant ma famille et mes amis. C'est pour ça que je suis en Italie, pour étirer ma carrière d'une année. Je l'avoue, j'ai vraiment passé une mauvaise journée. »


page mise en ligne le 20 janvier 2005 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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