20 janvier 2005
Les entreprises cherchent surtout des événements locaux
Think big !, la devise d'Elvis Gratton, peut faire fuir les entreprises commanditaires de Montréal. Elles cherchent une visibilité locale, et non internationale, qui soit récurrente.
Stéphane Paquet
Avec à ce jour 600 000$ trouvés en commandites privées, les Championnats mondiaux de sports aquatiques sont loin des 12 millions inscrits à leur budget. C'est 5% à six mois de la tenue de l'événement.
« On privilégie un événement de nature québécoise et canadienne », souligne Denis Dubé, de la Banque Nationale, se faisant l'écho de maints commentaires entendus hier. La banque a été pressentie pour une contribution de deux millions, mais a laissé passer l'offre. L'institution, qui a versé 2,5 millions en comman-dites et 5,1 millions en dons en 2003 dans divers projets, préfère aussi les événements récurrents, qui reviennent d'année en année.
Idem chez Desjardins, qui a versé 43 millions en dons et commandites l'an dernier pour l'organisation de plusieurs événements. «On ne s'implique pas dans les activités internationales», affirme André Chapleau. De plus, poursuit-il, « quand on commandite un événement, on espère que ça va durer quelques années. »
Le discours était similaire à la Banque de Montréal, alors que chez Hydro-Québec, on soutenait être toujours en discussion avec les organisateurs des Championnats mondiaux de sports aquatiques.
Mais Montréal a tout de même des entreprises qui sont présentes sur le globe. Que font-elles? Chez SNC-Lavalin, on dit s'intéresser surtout à la santé et à l'éducation. Pas de place, donc, pour les Championnats.
Chez Bombardier, le siège social n'a reçu aucune demande des organisateurs de l'événement. Quand arrive une demande, elle est traitée au cas par cas, souligne une porte-parole.
Chez Alcan, présente notamment en Chine, en Inde et dans quelques pays d'Europe, on veut des commandites qui marquent L'implication de l'entreprise « dans la communauté », préférablement axées sur le développement durable.
Pour Isabelle Hudon, présidente intérimaire de la chambre de commerce de Montréal, une chose est claire : « Ce n'est pas du tout de la charité, la commandite. » Les entreprises veulent y trouver leur compte.
Ses membres sont-ils devenus radins ? Non, dit-elle, même s'il « y a peut-être une décroissance de la commandite ». Les entreprises peuvent ainsi décider d'investir dans moins d'événements, mais massivement dans celui qui attire leur attention.
Dix fois plus de commandites pour les Jeux gais
Aux Rendez-vous Montréal 2006, les jeux gais et lesbiens, on a déjà plus de 10 fois plus de commandites que les Championnats mondiaux aquatiques. Même si l'événement n'a lieu que dans plus d'un an, sept millions ont déjà été amassés. À elle seule, la brasserie Labatt a promis un demi-million de dollars.
« Mais ce n'est pas facile », souligne Jean-Yves Duthel, responsable des relations publiques de l'événement qui doit attirer 16000 personnes. « L'annulation va ternir l'image de Montréal », poursuit-il.
D'autant plus, souligne Normand Turgeon de HEC Montréal, que l'organisation des Jeux gais s'est aussi faite difficilement, Montréal ne réussissant pas à s'entendre avec la fédération américaine à l'origine des Jeux. « Les fédérations internationales vont se dire quel est le problème avec Montréal ? »
Son collègue de l'Université Concordia, Clarence Bayne, n'avait pas non plus grand-chose de bon à dire sur cette annulation. « C'est une question de croire vraiment ou non au caractère international de Montréal », dit-il. « Je ne pense pas que c'est impossible de tenir les Championnats. C'est seulement une question d'attitude. »
page mise en ligne le 20 janvier 2005 par SVP

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