20 janvier 2005

Les mondiaux aquatiques à l'eau


En une de La Presse

Le pire verdict est tombé hier : la Fédération internationale de natation (FINA) a retiré à Montréal l'organisation des Championnats mondiaux de sports aquatiques, qui devaient avoir lieu du 17 au 31 juillet, en raison de problèmes de financement. Le comité organisateur de Montréal 2005 et les gouvernements se renvoient maintenant la balle : à qui la faute ?

Officiellement, «la décision de la FINA résulte de l'incapacité des différents intervenants d'en arriver à un compromis sur le financement de l'événement», explique le comité organisateur dans son communiqué.

Mais en privé, a appris La Presse, le directeur général de Montréal 2005, Yvon DesRochers, jette le blâme sur le ministre québécois du Sport, Jean-Marc Fournier. Il aurait fait preuve de mauvaise foi, y allant même de jurons devant le président de la FINA, Mustafa Larfaoui, en visite à Montréal la semaine dernière, a expliqué M. DesRochers à ses employés réunis hier matin. Ce dernier n'a pas rappelé La Presse hier.

Au bureau de Jean-Marc Fournier, on disait ne pas avoir été informés de l'incident. Le ministre, lui, a souligné que les méthodes de démarchage du comité organisateur n'ont pas été optimales.

«Il était irréaliste de croire que l'on trouverait 12 millions en commandites, avance de son côté Charles Lapointe, PDG de Tourisme Montréal et administrateur des Internationaux du sport de Montréal (ISM), l'organisme de démarchage qui a attiré les championnats de la FINA à Montréal. À mon avis, c'est aux gouvernements de s'impliquer. C'est une illusion de croire qu'il revient au secteur privé de payer pour la tenue d'événements d'envergure. On ne peut compter sur les gens d'affaires? Faisons autrement. Nous sommes supposés vivre dans un pays développé, mais on agit comme si nous étions dans un pays pauvre.»

Faute de fonds suffisants- on avait réclamé une aide d'urgence de 12 millions aux gouvernements pour compenser l'absence de commanditaires-, le comité organisateur se voit donc contraint de mettre la clé sous la porte. Quelques employés ont déjà été remerciés.

«On ne réalise pas le tort que cette décision causera à Montréal. La métropole traînera une mauvaise réputation durant des années, a déclaré à La Presse le vice-président aux services administratifs de Montréal 2005, Marc Bélanger. Honnêtement, on ne s'attendait pas à ce que la FINA laisse tomber. C'est un choc, on a travaillé très fort dans ce dossier.»

Le plan B
Les dirigeants de la FINA auront discuté pendant trois heures en Allemagne, hier, avant de rejeter le plan présenté la veille par Montréal 2005 dans une presque unanimité.

Même si la Ville de Montréal ouvre la porte et accepte maintenant d'éponger le déficit de 10 millions de Montréal 2005, le ministre québécois du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, est catégorique: il n'est pas question de financer les Mondiaux à même les fonds publics. Au plus, il était prêt à allonger quelques millions si la FINA offrait 3,6 millions de son côté, ce qu'elle a refusé.

Pour Denis Coderre, ancien secrétaire d'État au Sport, on doit chercher le coupable ailleurs. « Personne ne peut jeter la pierre à quelque ordre de gouvernement que ce soit. On a rempli notre part du marché, a-t-il dit. Ça fait mal parce que Montréal est une ville internationale et le pouvoir sportif est un petit monde. C'est comme nous donner un oeil au beurre noir, mais la FINA elle-même va avoir un oeil au beurre noir. »

Cet échec porte un très dur coup à l'image de Montréal, avance Charles Lapointe. « Tous les promoteurs, moi inclus, hésiteront maintenant à solliciter des événements internationaux à Montréal parce que, visiblement, nous n'avons pas les moyens de nos ambitions. »

Quelque 2000 athlètes de 160 pays devaient prendre part à des compétitions dans cinq disciplines pour des retombées économiques évaluées à 80 millions. « L'industrie touristique y perd 15 millions, indique William Brown, président de l'Association des hôtels du Grand Montréal. Quelque 55 000 nuitées s'envolent d'un coup. Certains hôtels y perdent beaucoup. On ne sait pas encore si nous serons dédommagés. »

La FINA lance un nouvel appel de candidatures et fera connaître sa décision le 15 février. Athènes, ville hôtesse des Jeux olympiques 2004, Long Beach, Munich et Berlin sont pressenties.

Avec la collaboration de Sébastien Rodrigue.


page mise en ligne le 20 janvier 2005 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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