21 janvier 2005
L'incrédulité, l'incompréhension, la colère, les premières dénonciations de l'appétit vorace de la FINA et une certaine solidarité à l'égard de Montréal ont marqué la première journée sans terre d'accueil pour le championnat du monde des sports aquatiques de 2005.
Question de voracité, Christa Thiel, présidente de la fédération allemande de natation, avait une anecdote intéressante à raconter au cours d'une entrevue exclusive avec Le Journal de Montréal.
« Il y a quelques années, nous avons pensé soumettre une candidature pour cet êvénement, mais quand nous avons examiné les demandes de la Fédération internationale, nous les avons jugées inacceptables et avons arrêté toute marche en ce sens », a-t-elle révélé.
En ce moment, Berlin, Munich et Athènes sont les principales candidates mentionnées pour prendre la relève de Montréal, mais rien n'est moins sûr.
« Les infrastructures nécessaires sont en place, particulièrement à Berlin où elles ont été construites en vue de notre candidature infructueuse pour les Jeux olympiques de 2000, a-t-elle expliqué. Nous avons aussi des ressources humaines expérimentées, capables d'organiser un championnat en quelques mois. Cependant, les finances constituent toujours un frein majeur. »
La présidente avait déjà reçu le cahier de charges de la FINA, mais n'avait vu aucune réduction des exigences.
« S'il n'y a pas de changement, nous ne présenterons pas de candidature, a-t-elle affirmé. De toute façon, nous ne proposerons rien tant que Montréal sera dans le portrait. »
Australie solidaire
Cette reconnaissance de la voracité à la sauce FINA a aussi eu un écho en Australie où, pourtant, Melbourne accueillera le championnat du monde de 2007.
John Coates, président du comité olympique australien, reconnaît que les demandes de la FINA rendent difficile la réalisation de profits par la ville hôtesse.
« Il faudrait revoir les dispositions concernant le partage des revenus, car les parrainages internationaux et l'argent des télévisions reviennent largement à la FINA tandis que les comités organisateurs restent très largement tributaires des commandites locales et de la vente des billets », a-t-il déclaré à l'Agence France Presse.
La gourmandise de la FINA aurait, semble-t-il, dissuadé la ville de Sydney de se porter candidate à la succession de Montréal pour 2005.
Quant à Athènes, son intérêt est manifeste, mais Georges Orfanos, secrétaire d'État aux Sports en Grèce, a déclaré qu'il fallait d'abord que « Montréal déclare définitivement et officiellement qu'il n'est pas en mesure d'organiser l'événement ».
Ces expressions de solidarité et les maux de tête logistiques causés par un déménagement à si brève échéance pourraient d'autant plus forcer la main de la FINA que le maire Tremblay s'est dit prêt à offrir toutes les garanties demandées par la fédération internationale.
Problèmes logistiques
« On sent beaucoup de colère chez les diffuseurs, entre autres, qui font face à de graves problèmes de programmation en ne sachant plus où et quand cet événement va se dérouler, a mentionné Christa Thiel. Pour nous en Europe, deux des éléments les plus incroyables sont que cette saga se déroule dans un pays riche et stable comme le Canada, puis que cette impasse sorte au grand jour si peu de temps avant la période prévue pour la tenue du championnat.
« L'été dernier, nous discutions de toutes sortes de détails avec des membres du comité organisateur et tout semblait aller pour le mieux, a-t-elle poursuivi. Pourtant, si ça allait mal à cette époque, pourquoi les principaux responsables ne se sont-ils pas réunis pour chercher des solutions ? »
Christa Thiel refuse de pointer du doigt le comité organisateur montréalais. Elle a déjà vu Londres laisser tomber un championnat du monde, celui d'athlétisme de 2003, pour réaliser qu'« un tel dénouement tragique peut se produire n'importe où, dans n'importe quel sport ».
Les jeux sont donc loin d'être faits. La seule certitude est qu'on n'est pas au bout des surprises dans ce dossier rocambolesque...
page mise en ligne le 21 janvier 2005 par SVP

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