20 janvier 2005
Ce matin, la plupart des Québécois sont probablement consternés d'apprendre que Montréal est incapable d'organiser un championnat du monde des sports aquatiques et que la ville se retrouve, une fois de plus, marquée au fer rouge sur la scène sportive internationale.
Martin Leclerc
Le réveil est brutal. Pourtant, ça faisait quatre ans que cette organisation de broche à foin fonçait tout droit vers l'échec.
Lorsqu'on brasse les fonds publics avec le copinage politique et l'incompétence, ça se termine généralement par un scandale ou un fiasco. Au Québec toutefois, il semble qu'on soit toujours capable de faire mieux. En se faisant retirer l'organisation des championnats mondiaux de la FINA hier, nous nous sommes offert les deux, le scandale et le fiasco.
Montréal 2005 était pourtant censé devenir, disait-on, le plus important événement sportif présenté en sol montréalais depuis les Jeux olympiques de 1976.
Le problème de fond, c'est que cette présentation a été obtenue en 2001 par les Internationaux du sport de Montréal (ISM), un organisme de démarchage dirigé à l'époque par Serge Savard et Marc Campagna.
Depuis 1998, les ISM ont encaissé plus de six millions de deniers publics (dont 1,25 M$ du programme de commandites) afin d'attirer à Montréal des événements sportifs d'envergure internationale. Or, tout ce que Savard et Campagna sont parvenus à faire durant leur glorieuse épopée fut de ternir la réputation de la métropole.
Malgré les échecs répétés, personne au gouvernement fédéral n'a remis en question l'existence de cet organisme qui a joui de la protection de membres influents de la famille libérale comme Jean Pelletier, Paul Martin, Francis Fox, Denis Coderre, Jacques Olivier.
Au départ, Ottawa, Québec et Montréal étaient censés débourser 24 millions. Il suffisait pourtant d'avoir complété une 5e année B pour comprendre que ce budget ne tenait pas la route.
Naufrage annoncé
Le premier directeur général de Montréal 2005, Éric Savard, a vite été écarté du portrait parce qu'il soutenait qu'il fallait prévoir un budget opérationnel d'au moins 55 M$ pour cette compétition.
Il a été remplacé par Yvon DesRochers, un ancien conseiller politique de Francis Fox. Ce dernier a, par ailleurs, quitté la présidence de Montréal 2005 pour diriger le bureau de Paul Martin. Il a alors été remplacé par Roger Légaré, qui avait occupé les fonctions de conseiller principal au président de Postes Canada, André Ouellet.
Nous sommes en 2003 et le naufrage est en train de se produire...
Patrimoine canadien commande une étude à la firme montréalaise DBSF pour savoir ce qui se passe. Le rapport est dévastateur.
Petit à petit, les contributions demandées aux gouvernements passent de 24 M$ à 44 M$, mais le gouffre ne se remplit jamais.
Ce n'est qu'en décembre dernier que nos deux ministres des Sports, Jean-Marc Fournier et Stephen Owen, sortent du coma quand les organisateurs exigent 18 M$ de plus parce quu'ls n'avaient récolté que 600 000 $ en commandites.
Une nouvelle étude, réalisée par Deloitte et Touche cette fois, a révélé que rien n'aurait garanti l'absence de déficit même les gouvernements avaient accepté de porter leur contribution à 50 M $ pour tenir ce championnat post-olympique dénué de signification, et auquel plusieurs vedettes mondiales ne participeront même pas.
Maintenant que la FINA décide de tirer la plogue, le maire Gérald Tremblay déchire sa chemise et se dit prêt à rouvrir le robinet.
Assez, c'est assez ! La farce a assez duré.
Le seul héritage de ce championnat se résume à trois bassins qui pour la modique somme de 44 M $ nous permettront même d'écouter de la musique sous l'eau, l'été prochain.
Le son sera-t-il meilleur si la facture grimpe à 56 M $ ou à 60 M $ ?
page mise en ligne le 20 janvier 2005 par SVP

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