10 février 2005
Combat pour l'honneur, promesses de millions du contribuable et suicide : après un mois de rebondissements, Montréal a réussi à convaincre la Fédération internationale de natation (FINA) de lui confier à nouveau l'organisation de ses Championnats du monde, du 17 au 31 juillet.
Réuni jeudi à Francfort (Allemagne), le bureau de la FINA a décidé de rendre les Mondiaux de natation à la métropole québécoise, trois semaines après les lui avoir retirés faute de garanties financières suffisantes.
Trois autres villes, Berlin, Athènes et Moscou, s'étaient porté candidates pour la remplacer, mais la FINA estime désormais que "toutes les garanties demandées ont été présentées par la ville de Montréal qui respecte ainsi les obligations qu'elle avait contractées lors de sa désignation en 2001".
"Je suis très heureux que le comité de direction de la FINA décide de nous donner une deuxième chance", s'est félicité au micro de Radio-Canada le maire Gérald Tremblay, qui a fait spécialement un aller-retour en Europe pour être présent à Francfort jeudi.
"On va tout faire pour que cela soit un succès", a assuré le maire, dont les efforts et la détermination ont été salués par tous.
Malaise et émotion
Quand le couperet est tombé le 19 janvier, M. Tremblay, discret jusqu'alors, a refusé la résignation ambiante et s'est lancé au front pour sauver la réputation de sa ville, en promettant de prendre en charge un éventuel déficit.
Pendant qu'il tentait de courtiser la FINA, soutenu par le très influent Dick Pound, président de l'Agence mondiale antidopage (AMA), les responsables politiques et la presse québécoise réclamaient des comptes aux organisateurs pour savoir où étaient passés les quelque 40 millions de dollars canadiensmillions d'euros) d'argent public déjà versés.
Critiqué de toute part, taxé d'incompétence par ses subalternes, le directeur général du comité organisateur, Yvon DesRochers, a été retrouvé mort dans sa voiture, le 2 février, une arme à ses côtés.
Ce suicide a créé un malaise et suscité une vive émotion, du président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, à celui de la FINA, Mustapha Larfaoui.
"Les problèmes ne venaient pas lui", a insisté jeudi M. Larfaoui, assurant que le suicide de M. DesRochers n'avait pas influé sur la décision de la FINA. Il a plutôt souligné "la responsabilités des autorités canadiennes" qui ne l'ont pas rencontré quand il est venu à la mi-janvier à Montréal.
Mobilisation nécessaire
"Si on m'avait apporté, si ce n'est que 12 heures avant le 19 janvier, toutes les garanties que j'ai reçues ensuite, j'aurais pu éviter de convoquer le bureau le 19 janvier," a déploré M. Larfaoui.
Les pouvoirs publics estimaient alors avoir fait plus que leur part et regrettaient le désintérêt manifeste du secteur privé pour le sport amateur, tandis que les organisateurs se retrouvaient avec un trou de plus de 10 millions de dollars canadiens (6,2 millions d'euros) dans leur budget pour avoir sur-estimé les ventes de billet et les parrainages.
"Les défis des prochains mois restent toutefois de taille et il est essentiel que tous les acteurs, tant privés que publics, se mobilisent aux côtés du maire", a reconnu jeudi la responsable de la Chambre de commerce de Montréal, Isabelle Hudon. A Montréal, beaucoup espèrent que le fiasco évité de justesse permettra de faire bouger les choses.
"Il va falloir un examen en profondeur, au niveau du marketing, pour savoir comment faire pour remplir les gradins, parce qu'un championnat du monde sans spectateur, cela ne vaut pas grand chose", a souligné Walter Sieber, vice-président du Comité olympique canadien.
Montréal compte deux champions du monde de plongeon, Alexandre Despatie et Emilie Heymans, bien décidés à défendre leur titre à domicile.
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