4 février 2005
Maxime Bergeron
On se suicide rarement sur un coup de tête. Encore moins à cause des médias. Comme bien des désespérés, les personnalités publiques qui s'enlèvent la vie après la mise au jour d'une controverse à leur sujet le font souvent au terme d'une «trajectoire de vie difficile».
C'est du moins ce qu'a expliqué hier le Dr Gustavo Turecki, directeur du Groupe McGill d'études sur le suicide, en marge d'un colloque sur le sujet qui se déroulait à l'hôpital Douglas.
Triste coïncidence, cette conférence survenait au lendemain du suicide d'Yvon DesRochers, président des Championnats du monde de sports aquatiques. L'homme de 59 ans était critiqué de toutes parts depuis que la Fédération internationale de natation (FINA) a retiré l'organisation des Mondiaux à Montréal, le 19 janvier.
«On peut considérer la médiatisation comme un stress et un événement humiliant, qui peut être associé au suicide, mais d'un autre côté, beaucoup de gens excessivement blâmés par les médias ne se suicident pas, a expliqué le Dr Turecki. Souvent, il y a une prédisposition familiale ou individuelle.»
La maladie mentale, notamment la dépression, et la dépendance aux drogues ou à l'alcool, sont autant de facteurs qui peuvent pousser une personne vulnérable à commettre l'irréparable, a souligné le Dr Turecki.
Il est toutefois normal d'être porté à faire un lien entre couverture médiatique négative et suicide, a pour sa part indiqué Monique Séguin, responsable du doctorat en psychologie à l'Université du Québec en Outaouais. Le Québec a d'ailleurs connu un cas éclatant en novembre 2003, après le décès de Léon Lafleur. Le directeur général du CHSLD Saint-Charles-Borromée s'est donné la mort après avoir été critiqué dans les médias pour sa gestion de l'établissement, ce qui en avait amené plus d'un, dont le premier ministre Jean Charest, à faire porter le blâme aux journalistes.
«Souvent, quand arrive le suicide d'une personne publique, on a tendance à regarder seulement les dernières semaines ou les derniers mois de sa vie, a dit Mme Séguin. Mais quand on refait toute sa trajectoire de vie, on réalise que c'est bien rare qu'un seul événement vienne tout faire basculer. C'est un cumul de difficultés dans plusieurs sphères- sociale, professionnelle, etc.»
Michel Tousignant, professeur à l'UQAM et secrétaire de l'Association québécoise de suicidologie, soutient par ailleurs que les personnalités publiques ne sont pas plus exposées que le commun des mortels au risque de devenir suicidaire. Même quand éclate un scandale. «Quand on est sur la place publique, on est exposé à ce genre de choses, c'est pour ça qu'on est payé plus cher. Généralement, les gens ont la capacité de passer au travers.»
Le Québec ne présente pas le taux de suicide le plus élevé au monde, contrairement à une croyance souvent véhiculée, a expliqué hier Paul-André Perron, conseiller en prévention au Bureau du coroner du Québec. La Finlande, l'Autriche et plusieurs pays d'Europe de l'Est, notamment, affichent des taux plus élevés que le Québec, a-t-il indiqué. « C'est une étiquette qui surdramatise le problème du suicide au Québec, même s'il demeure sérieux. »
Après avoir connu un sommet en 1999, le nombre de suicides est stable depuis 2000, pour s'établir bon an, mal an à environ 1350. Un chiffre encore beaucoup trop élevé, rappellent les organismes de prévention du suicide. Ils espèrent que la semaine de sensibilisation qui se déroulera du 6 au 12 février permettra aux gens suicidaires de réaliser que « le processus est réversible». On peut en tout temps obtenir de l'aide ou des renseignements en téléphonant au 1-866-APPELLE (277-3553).
page mise en ligne le 4 février 2005 par SVP

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