3 février 2005

Championnats du monde de sports aquatiques
L'organisation sous le choc


Yvon DesRochers
photo : Alain Roberge, La Presse

Le dg trouvé mort

Sébastien Rodrigue et Alexandre Pratt

Le directeur général du comité organisateur des Championnats du monde de sports aquatiques, Yvon DesRochers, a été trouvé sans vie hier matin dans sa voiture, deux semaines après que Montréal eut perdu l'organisation de cette compétition internationale en raison de problèmes financiers. Il s'est vraisemblablement suicidé.

Contrairement à ses habitudes, M. DesRochers ne s'était pas présenté au bureau de l'organisation des championnats hier matin. Peu après 9h, son corps inanimé a été découvert dans sa voiture -une Mercedes grise- au coin des rues Panet et Notre-Dame Est à Montréal.

En soirée, le vice-président des services administratifs du comité organisateur, Marc Bélanger, a confirmé le décès dans un bref communiqué. «Nous tenons à souligner tout le dévouement dont M. DesRochers a fait preuve à la direction des Championnats», peut-on lire.

Âgé de 60 ans, Yvon DesRochers laisse dans le deuil sa conjointe et ses deux enfants.

Onde de choc
La nouvelle a créé une onde de choc parmi les personnes impliquées de près ou de loin dans cet événement qui devait se tenir en juillet prochain. «C'est un moment difficile et nous offrons toutes nos condoléances à la famille», a déclaré le porte-parole du ministre fédéral au Sport amateur, Stephen Owen. Le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, a pour sa part offert dans un communiqué «ses plus profondes sympathies à la famille, aux amis et aux proches».

Au bureau du maire Gérald Tremblay, on se disait «consterné» par cette nouvelle, sans faire davantage de commentaires. «Il n'y avait aucune indication, il se disait prêt à continuer à travailler pour les Championnats si la FINA changeait d'avis», souligne pour sa part le coprésident du conseil d'administration Richard Pound, qui lui a parlé pour la dernière fois il y a une semaine.

Leadership critiqué
Depuis que la Fédération internationale de natation (FINA) a retiré l'organisation des Mondiaux à Montréal, le 19 janvier, M. DesRochers a encaissé de nombreuses critiques. Des députés fédéraux souhaitaient d'ailleurs le convoquer devant le comité des comptes publics de la Chambre des communes afin d'éclaircir la gestion des 16 millions investis par Ottawa.

Dimanche, huit anciens employés de Montréal 2005 avaient fait une sortie en règle pour dénoncer le style de M. DesRochers, qualifié d'autoritaire. Lundi, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, confirmait que la FINA souhaitait des ajustements à la direction du comité organisateur si Montréal voulait retrouver les Mondiaux. Une décision de la FINA à ce sujet doit d'ailleurs être rendue prochainement.

M. DesRochers faisait aussi l'objet de questionnements à l'intérieur même du conseil d'administration de Montréal 2005, coprésidé par son ami Roger Légaré et l'avocat Richard Pound. Il a d'ailleurs été impossible hier d'obtenir les commentaires de M. Légaré.

Dans sa dernière entrevue, accordée à La Presse vendredi, M. DesRochers s'était défendu d'entretenir des relations difficiles avec ses ex-employés. «Moi, je suis là et je le fais, le travail», rétorquait-il à ses anciens collègues qui lui reprochaient son attitude «abrasive et méprisante».

À propos de ses différends avec la FINA, il déclarait : «Ça n'a rien à voir avec la décision de retirer l'événement à Montréal. C'est sûr que Cornel Marculescu (le secrétaire général de la FINA) et moi avons eu des différends. Et c'est normal. Il travaille pour les intérêts de la FINA et moi je travaille pour ceux du comité organisateur, et ces intérêts ne sont pas toujours convergents.

M. Marculescu me reprochait de toujours prendre des décisions pour épargner de l'argent. Ce n'est pas un gros reproche ! Je trouve ça tellement mesquin de la part de ceux qui vous disent des histoires comme ça.»

Des « conneries »
Dans un entretien qu'il a accordé à La Presse le 10 décembre 2004, en réaction à la décision du ministre Fournier d'effectuer certaines vérifications du fonctionnement de l'organisation de Montréal 2005, Yvon DesRochers a dit qu'il avait l'impression d'être au centre d'une chasse aux sorcières dont il n'avait pas l'intention de faire les frais. «Je trouve ça un peu bizarre que ce soit un journaliste qui m'appelle pour me dire que le gouvernement du Québec va m'envoyer des vérificateurs. Ça a l'air un peu policier», s'était insurgé le DG, qui avait rencontré le ministre Fournier le lundi précédent.

«Ça m'écoeure, avait-t-il poursuivi. Il faut arrêter ces conneries-là. J'ai 60 ans, j'ai fait le tour du jardin une couple de fois. Après ça, ils vont venir me faire le discours de la transparence, ces miteux-là ?»

N'empêche, n'est-il pas normal que le gouvernement procède à des vérifications avant d'allonger des millions supplémentaires ? lui avait alors demandé La Presse.

«Encore une fois, voyez votre interprétation. Ça, c'est une atteinte à ma réputation. Je vais me défendre et il y en a qui vont payer. Si c'est Fournier, ce sera ça», avait répliqué M. DesRochers qui a ajouté que le travail du comité organisateur avait déjà fait l'objet de vérifications à deux reprises au cours des 14 mois précédents. «On a eu la note de passage haut la main, a soutenu le DG. Ça fait 30 ans que je gère des fonds publics. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Il n'y a de reproche nulle part, et la gestion est bonne, imaginez-vous. Depuis le début, ces gens (les gouvernements) sont membres à part entière de mon conseil d'administration. On vient de faire deux vérifications en l'espace de 14 mois. Il est où, le problème ? C'est quoi, qu'ils ne savent pas ?» avait-il ajouté.

Conseiller politique
M. DesRochers, qui était conseiller politique de Francis Fox au moment où celui-ci était ministre des Communications dans le gouvernement Trudeau, était arrivé à la tête de Montréal 2005 en novembre 2002, un peu plus d'un an après que Montréal eut battu Long Beach, Melbourne et Rio de Janeiro dans la course aux Championnats.

Lors de son entrée en fonction, les finances du comité organisateur étaient dans un état tellement lamentable qu'il avait dû avancer de l'argent de sa poche. «J'ai financé les sept premiers mois du comité. J'ai avancé 230000$ de ma poche pour financer les sept premiers mois», avait-il dit à La Presse.

Licencié en droit et ancien directeur du volet culture des Jeux olympiques de Montréal, M. DesRochers a passé six années à la tête du Centre national des arts d'Ottawa, entre 1988 et 1994. Il a aussi été l'un des animateurs de la relance du théâtre Corona, dans le quartier Saint-Henri un projet qui a reçu 840 000$ du programme fédéral de commandites.


page mise en ligne le 3 février 2005 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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