2 février 2005

Monsieur Mustapha Larfaoui
Président, FINA
Lausanne
Cher M. Larfaoui,
Les lettres ouvertes semblent à la mode par les temps qui courent. Permettez-moi d'ajouter la mienne à la pile de correspondance sur les Championnats du monde de sports aquatiques.
Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Mais d'après ce que j'entends, vous, ou du moins votre entourage, m'avez déjà lu.
Il paraît que vous n'avez guère apprécié que je taxe la FINA d'arrogance dans un article paru au lendemain de votre visite à Montréal, le 11 janvier. Deux ou trois lignes où je vous reprochais de ne pas vous être montré le bout du nez lors d'un point de presse du ministre québécois du Sport, Jean-Marc Fournier, ont été portées à votre attention et vous ont blessé, raconte-t-on chez le maire Gérald Tremblay.
J'en suis désolé. Même si j'ose croire que les commentaires d'un humble journaliste ont été moins choquants pour vous que l'attitude cavalière du ministre Fournier à votre endroit. Et moins fâcheux que le silence indécent du gouvernement canadien en réponse aux lettres envoyées par la FINA dans les semaines qui ont précédé le retrait des championnats à Montréal.
Il paraît que le soir du 11 janvier, il vous aurait fait plaisir de rencontrer les journalistes qui suivent le dossier des Championnats du monde. Mais personne ne vous avait informé que M. Fournier allait parler aux médias au terme de votre tête-à-tête à l'aéroport de Dorval.
Une fois de plus, j'en suis désolé. Bien entendu, si le service de presse de la FINA, au lieu de s'en tenir aux laconiques communiqués qui semblent être sa marque de commerce, avait songé à organiser une rencontre avec les médias montréalais tout ce malentendu aurait pu être évité. Après tout, sûrement n'était-ce pas trop demander que de pouvoir échanger quelques minutes avec vous à propos d'un événement dont la plupart des Montréalais ont l'avenir à coeur.
Mais bon, passons.
On reproche aux médias de ne pas être assez positifs, surtout en cette période délicate où Montréal tente de regagner ce qu'il a perdu quand le bureau de votre fédération a volé à l'unanimité (moins une abstention) de retirer l'organisation des championnats à notre ville.
Je ne vois pourtant pas ce qu'il y a de mal à poser des questions sur l'à- propos de maintenir un personnage tel qu'Yvon DesRochers à la tête du comité organisateur.
M. DesRochers n'est pas sans qualité, entendons-nous bien. Sous sa gouverne, la construction des piscines dans l'île Sainte-Hélène, par exemple, a respecté l'échéancier. Et il semble avoir été parcimonieux dans la gestion quotidienne des fonds mis à sa disposition, au point où les employés devaient même se déplacer en métro plutôt qu'en taxi entre leurs bureaux du centre-ville et le site de compétition, dans l'île Sainte-Hélène...
Mais les inquiétudes exprimées par les huit ex-employés de Montréal 2005 qui ont sorti l'artillerie lourde envers leur ancien patron, dans La Presse de dimanche, je ne les ai pas inventées. Je n'ai pas inventé non plus les interrogations de certains membres du conseil d'administration à propos du contrat de M. DesRochers, que la majorité d'entre eux n'ont jamais vu, une situation quand même étonnante qui alimente bien des rumeurs, fondées ou non. Et je n'ai pas inventé le bilan désespérément maigre de Montréal 2005 sur le plan des commandites privées un dossier au centre des préoccupations de M. DesRochers.
Mais tout ça ne doit pas vous surprendre, puisque le maire Gérald Tremblay lui-même reconnaît que votre fédération réclame des « ajustements » à la direction de Montréal 2005.
M. Larfaoui, je crois sincèrement que la ville de Montréal est capable d'organiser des Championnats extraordinaires et de réserver un accueil aussi chaleureux qu'inoubliable aux athlètes, à leurs entraîneurs et à l'ensemble de la grande famille de la FINA, y compris bien entendu ses dirigeants. Et j'ose croire que les garanties financières offertes par le maire Tremblay sauront vous convaincre de redonner à Montréal les Championnats que vous lui avez retirés.
Ça ne m'empêche pas de m'interroger sur le risque que fait courir M. Tremblay aux contribuables montréalais, remarquez. Car l'obtention de 10 ou 12 millions en commandites à cinq mois à peine de l'événement me semble une commande décidément bien optimiste, que du sang neuf soit amené ou non à la tête de Montréal 2005. Mais je ne suis pas dans le secret des dieux, et si M. Tremblay se dit confiant d'y parvenir, je ne demande qu'à le croire.
Bien sûr, il serait souhaitable que M. Tremblay cesse de tourner les coins ronds, comme on dit au Québec. Il pourrait commencer par arrêter de présenter comme une contribution privée les quatre millions supposément promis par le Conseil du patronat du Québec (CPQ).
Car, comme l'a expliqué à La Presse le président du CPQ, Gilles Taillon, ces quatre millions ne sont qu'une partie d'un reliquat de 25 millions que le Fonds jeunesse, un organisme défunt financé par l'État et une taxe spéciale aux entreprises, doit remettre prochainement au gouvernement du Québec. M. Taillon recommande qu'ils soient affectés à Montréal 2005. C'est son droit. Il reste que ce sont bel et bien des deniers publics, pas une contribution privée.
Mais sur le fond, je le répète, la FINA n'a rien à craindre. Puisque Montréal, de manière aussi tardive que surprenante, accepte de vous donner enfin les garanties que vous réclamiez depuis deux ans, il est sûrement préférable de lui redonner les Championnats, me semble-t-il, plutôt que de les confier à une autre ville - Athènes, Berlin ou Moscou - qui devra abattre un boulot colossal pour être prête à temps. Après tout, vous êtes là pour défendre les intérêts de la FINA, pas ceux des contribuables d'ici.
La balle est dans votre camp, M. Larfaoui. Ne nous faites pas languir.
Cordialement,
Jean-François Bégin
page mise en ligne le 2 février 2005 par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive