11 février 2005

Incroyable. Il n'y a pas d'autre mot, Gérald Tremblay est incroyable. Enfin, oui, il y a plein d'autres mots comme « effarant », « renversant », « scout » ou « incurvation », qui est l'action de produire une courbe. Comme dans la phrase : « Le dossier des Mondiaux de natation vient de subir une improbable incurvation ».
La courbe est si prononcée que nous voilà revenus à la case départ : les jeux reviennent à Montréal. Ce qui me ramène au départ de cette chronique : l'affaire est incroyable. Et l'homme, oui, l'homme Gérald Tremblay est proprement incroyable.
D'ailleurs, on ne le croyait pas du tout.
Le 21 janvier, j'écrivais qu'il arrivait bien tard avec sa dinde de Noël, alors que tous les invités de la Fédération internationale de natation étaient partis de Montréal, insultés. Trois semaines plus tard, il est allé rechercher chaque invité chez lui. Et les voilà tous revenus à table. De bonne humeur.
C'est quoi, le truc ?
Je rappelle que tout était annulé pour Montréal, que nos meilleurs experts locaux étaient synchronisés pour nous dire d'oublier ça, qu'un appel de candidatures avait été lancé, que trois villes avaient dépensé de l'argent pour présenter un dossier...
C'est vrai qu'il est parti tard, le maire. C'est vrai qu'il aurait fallu se réveiller bien avant. Mais quand même. Sans aucune chance ou presque, à la 25e heure, Géraid Tremblay est parvenu à renverser le courant.
Aurions-nous à Montréal un maire avec du leadership ? On dirait bien que oui. Il y a des moments-clés dans la vie d'un politicien. Celui-ci cristallise un aspect important de Gérald Tremblay : sa capacité de conviction redoutable. Pour gagner, il fallait prendre les choses en main, mobiliser, convaincre.
Ce qui s'appelle du leadership.
Qui l'eût cru il y a trois ans ? Moi, pas tellement. Avant d'être incroyable, Gérald Tremblay était improbable. Pourtant, depuis deux ans, les signes sont là. Les maires des grandes villes canadiennes, qui se sont associés pour défendre certains dossiers auprès d'Ottawa, sont à peu près tous demeurés impressionnés devant Gérald Tremblay. Les échos qui parvenaient de ces rencontres nous faisaient même nous demander.. parlent-ils de Gérald Tremblay ou de Bob Gainey ?
Gérald Tremblay a défendu comme il a pu la nouvelle ville de Montréal face aux défusionnistes; il envoie, depuis plus d'un an, des messages fermes et cohérents au syndicat des cols bleus, il a contribué au sauvetage du Grand Prix. Pas à celui des Expos, mais là, faut pas demander de ressusciter les morts.
Pendant ce temps, où en est Pierre Bourque, qui rêve de revenir à la mairie ? Loin, loin, dans le creux. Sitôt l'annonce du retour des Mondiaux de natation à Montréal, le chef de l'opposition à l'hôtel de ville a diffusé un vibrant communiqué : « Tremblay sauve in extremis l'héritage de Pierre Bourque ». Pauvre Pierre Bourque, personne n'avait pensé à lui dire merci pour son « héritage »...
Enfin, tout ça est fort joli, monsieur le maire, la nouvelle réjouit le coeur urbain, mais ce n'est pas tout. Avant de trop se péter les bretelles trop fort, deux choses.
Premièrement, la garantie de 10 millions avancée par la Ville, on compte sur vous pour qu'elle ne se transforme pas en facture. Sinon, avec les autres millions investis par nos impôts, ça va commencer à faire cher la plonge.
Et deuxièmement, au moment où j'écris cette manière d'éloge, une fois n'est pas coutume, je vois par la fenêtre de la salle de rédaction tomber une neige qui, bien qu'abondante, n'arrive même pas à remplir tous les trous dans les rues. C'est bien beau les fêtes d'été, mais en attendant, chaque tempête est un test, chaque trou un défi.
J'ose espérer, monsieur le maire, que ça aussi, vous le prendrez « personnel », vu qu'il y a de la visite qui s'en vient.
Dans le style libre, vous avez fait merveille. Voyons voir comment vous vous débrouillez aux figures imposées.
page mise en ligne le 11 février 2005 par SVP

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