11 février 2005

La solvabilité

Le maire Gérald Tremblay a remporté hier une bataille importante en convainquant les dirigeants de la Fédération internationale de natation (FINA) de renverser une décision que plusieurs croyaient irréversible.

Mais le nerf de la guerre, c'est l'argent. Et de l'argent, M. Tremblay devra en dénicher une quantité impressionnante dans les poches de l'entreprise privée s'il veut éviter que son moment - mérité - de gloire ne soit rapidement occulté dans l'esprit des Montréalais, qui devront éponger tout déficit éventuel de Montréal 2005.

Impossible de sous-estimer la lourdeur de la commande qui attend le comité organisateur. Montréal 2005 a réclamé en novembre une aide financière de 12,2 millions aux trois ordres de gouvernement. Il a aussi demandé une garantie de prêt de six millions, soit grosso modo le total anticipé des ventes de billets, très faibles jusqu'ici.

Par ailleurs, seulement 175 000 $ auraient été réellement encaissés en commandites, alors que les prévisions initiales étaient de 12 millions.

Les Championnats commencent dans à peine plus de cinq mois. Aussi bien dire demain. Et Gérald Tremblay promet un budget équilibré. Franchement, à moins que le maire n'ait caché quatre ou cinq as dans sa manche, on voit mal comment il va y parvenir.

Il est encore possible de minimiser les dommages, et même de faire un bon bout de chemin vers la solvabilité. Mais pour ça, il faut que l'entreprise privée lance une bouée de sauvetage aux Championnats afin d'éviter qu'ils se transforment en bain d'encre rouge pour Montréal.

Selon le spécialiste du marketing sportif Jean Gosselin, de la firme de relations publiques National, c'est possible. « À toute chose malheur est bon, dit-il. Les derniers épisodes ont à tout le moins eu l'avantage de faire connaître les championnats. Ce gain en notoriété va faire en sorte que lorsque le comité organisateur va cogner à la porte des entreprises, les gens d'affaires vont savoir de quoi il est question. On va gagner du temps. »

De plus, les soubresauts des derniers mois ont permis aux Championnats, selon M. Gosselin, de transcender leur statut de simple événement sportif et de devenir en quelque sorte attachés à l'identité même de Montréal. Cela, croit-il, pourrait attirer des entreprises.

Selon le secrétaire général de la FINA, Comel Marculescu, M. Tremblay a fait état à Francfort de l'appui de plusieurs sociétés montréalaises, dont le Cirque du Soleil. Vérification faite, il s'agissait d'une simple lettre d'appui moral de Guy Laliberté. Le Cirque, qui lance en avril un nouveau spectacle à Montréal, n'a pas l'intention d'apporter un appui financier à Montréal 2005.

Mais si le Cirque préfère passer son tour, d'autres entreprises d'ici peuvent apporter une contribution. Déjà, le dirigeant d'une grande société montréalaise a confirmé à La Presse son intention de pousser à la roue, mais il faut que d'autres fassent de même. Et il y a plusieurs façons de s'y prendre.

« La décision de la FINA est une bonne nouvelle », constate le vice-président du Comité olympique canadien, Walter Sieber, qui a conseillé le maire Tremblay au cours des dernières semaines ; il se trouvait parmi la foule qui attendait le maire à l'aéroport Trudeau, hier soir. « Mais maintenant, il faut remplir les stades, ajoute-t-il. Le maire doit s'entourer de gens d'affaires. Des entreprises pourraient acheter des billets et les distribuer aux jeunes et à la population, par exemple. »

Le maire, publiquement du moins, affiche une foi inébranlable. « Avec la couverture médiatique des 15 derniers jours, les citoyens comprennent maintenant l'importance de cet événement. Je crois qu'ils vont acheter des billets pour les Championnats - et c'est pourquoi je crois que nous pouvons réussir à avoir un budget équilibré. »

On l'espère. Sinon, la victoire pour Montréal remportée hier par le maire Tremblay pourrait bien se transformer en défaite pour les contribuables montréalais. Et les contribuables malheureux sont rarement d'humeur miséricordieuse. Surtout en année électorale.


page mise en ligne le 11 février 2005 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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