3 février 2005

Le d.g. de Montréal 2005 retrouvé mort

Yvon DesRochers était au centre de la crise qui secoue l'organisation

Antoine Robitaille, Guillaume Bourgault-Côté

De fiasco, les Championnats du monde de sports aquatiques ont tourné au tragique hier matin alors que le directeur général du comité organisateur, Yvon DesRochers, a été retrouvé mort dans sa voiture. Il se serait enlevé la vie au moyen d'une arme à feu, à l'angle des rues Notre-Dame et Panet. La nouvelle a créé une véritable onde de choc dans les milieux impliqués dans l'organisation de l'événement.

Yvon DesRochers était au centre de la tempête qui secoue le comité Montréal 2005 depuis le 19 janvier, date à laquelle la Fédération internationale de natation (FINA) a décidé de retirer l'organisation de l'événement à Montréal. La FINA avait pris cette décision devant l'incapacité du comité organisateur de recueillir dans le secteur privé les 12 millions de dollars en commandites prévus au budget initial approuvé par la FINA lors de l'octroi des Championnats, en 2001.

Le comité organisateur des XIes Championnats du monde FINA - Montréal 2005 a diffusé un communiqué laconique en fin d'après-midi pour confirmer la mort de M. DesRochers, soulignant que ce dernier laisse dans le deuil son épouse et ses deux enfants. Il indiquait aussi «tout le dévouement dont M. DesRochers a fait preuve à la direction des Championnats».

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a aussi fait savoir par communiqué qu'il avait «appris avec consternation» ce décès. Du côté de Québec, le ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, qui avait eu des rapports difficiles avec M. DesRochers, a également publié un court communiqué, hier soir. Le ministre a dit qu'il avait «appris avec regret» le décès de M. DesRochers et a transmis «ses plus profondes sympathies» et «ses meilleures pensées» aux proches de la famille.

Le président du Comité international olympique, Jacques Rogge, en visite à Vancouver, s'est aussi dit attristé, mais il a mentionné à la télévision qu'il n'était pas «correct» de relier nécessairement cette mort aux difficultés d'organisation des Championnats. Ces propos ont aussi été relevés par l'Association québécoise de prévention du suicide, qui entame sa semaine de prévention dans les prochains jours.

Beaucoup de critiques
Depuis la perte de l'événement, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, multiplie les efforts pour inciter la FINA à renverser sa décision et laisser à la ville le soin d'organiser les compétitions.

Si l'ensemble du comité organisateur a été blâmé pour cet échec, c'est M. DesRochers qui a reçu les critiques les plus sévères. Dans les derniers jours, une enquête réalisée par le journal La Presse a démontré la profonde insatisfaction éprouvée envers Yvon DesRochers par plusieurs personnes ayant travaillé dans l'organisation des Championnats. Des ex-employés parlaient alors des relations tendues entre M. DesRochers et plusieurs intervenants au dossier et faisaient état de méthodes de gestion autoritaires et opaques. Plusieurs ont aussi fait état de mauvaises relations entre le directeur général et le secrétaire général de la FINA, Cornel Marculescu.

M. DesRochers avait dit trouver ces commentaires «grossiers» et «mesquins». Il avait aussi nié que ses relations avec le secrétaire général de la FINA, Cornel Marculescu, aient contribué à la perte de l'événement. «Un jour, vous allez savoir qui a bousillé les Championnats et vous allez voir que ce n'est pas Yvon DesRochers», déclarait-il.

Après sa rencontre avec le président de la FINA, le maire Tremblay avait déclaré lundi, lors d'une entrevue à la radio de Radio-Canada, que la FINA avait effectivement souhaité que des «ajustements» soient apportés au sein du comité organisateur des Championnats mondiaux de sports aquatiques, sans préciser lesquels. «Dans l'organisation, il y a de très bonnes personnes, avait-il dit, mais c'est vrai qu'il y a eu certaines décisions plus difficiles. Partant de là, j'ai l'intention de faire les ajustements nécessaires dans le meilleur intérêt de l'organisation.»

M. DesRochers faisait l'objet de questions et de critiques à l'intérieur même du conseil d'administration de Montréal 2005, coprésidé par son ami Roger Légaré et l'avocat Richard Pound. L'un des trois représentants de la Fédération aquatique du Canada au conseil, Gordon Peterson, a notamment demandé par écrit, le 14 janvier denier, de voir le contrat d'embauche de M. DesRochers, entouré selon lui d'un «voile de secret».

À Ottawa, des députés fédéraux avaient demandé quelques jours après la perte des Championnats que les principaux dirigeants de l'événement, notamment Serge Savard, Marc Campagna, Yvon DesRochers et Roger Légaré, viennent rendre des comptes devant le comité des Comptes publics de la Chambre des communes.

M. DesRochers se faisait discret dans les médias dernièrement, mais il avait téléphoné au Devoir la semaine dernière pour répliquer à un éditorial du journal. Apparaissant tour à tour abattu, impuissant et agressif, il s'était dit en colère contre le ministre des Affaires municipales et des Sports, Jean-Marc Fournier. M. DesRochers soutenait qu'à son arrivée en poste à Montréal 2005, en novembre 2002, il s'était retrouvé devant une situation financière catastrophique et qu'il avait réussi à la redresser. Bref, c'était Québec et non lui qui était responsable pour la perte des Championnats du monde. Il niait toutefois avoir traité les gens du gouvernement du Québec de «miteux», comme l'ont rapporté plusieurs médias.

Proche du Parti libéral du Canada, M. DesRochers a été nommé en 2002 à la tête de Montréal 2005. Entre autres activités, M. DesRochers a précédemment dirigé le Centre national des arts d'Ottawa pendant six ans, puis participé à la relance du théâtre Corona, à Montréal.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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