1er août 2005
La fête est finie, mais quelle fête !
Il serait facile ce matin de ronchonner et d'accuser le maire Gérald Tremblay d'irresponsabilité financière en raison du déficit annoncé de 4 millions de dollars de Montréal 2005.
Il serait facile de clamer « on vous l'avait bien dit ». Facile de jouer au « gérant d'estrades ». Facile de crier au scandale pour se faire du capital politique, comme certains tenteront peut-être de le faire en cette année d'élections municipales.
Mais il serait beaucoup plus honnête de reconnaître que l'objectif de déficit zéro fixé par le maire Tremblay au comité organisateur des Championnats du monde FINA était une mission quasi impossible. D'admettre que ces Championnats, au cours desquels huit records du monde ont été battus, ont été un succès sportif. Et de concéder qu'ils ont été une réussite sur le plan de l'organisation et ont permis à Montréal de se faire voir sous son meilleur jour, devant un auditoire planétaire et 160 000 spectateurs payants. Ce qui, en passant, est probablement autant qu'à Barcelone il y a deux ans, si on enlève tous les billets qui avaient alors été offerts gratuitement.
Il faut se souvenir du désordre qui régnait à Montréal 2005 en février dennier, quand le maire a installé Normand Legault et René Guimond à la barre de l'entreprise, peu après avoir convaincu la FINA de redonner les Championnats à Montréal.
Ces deux honnnes et leur équipe ont relevé un défi colossal. Les piscines temporaires, les gradins, le centre de presse, alouette - tout a été construit à temps. Les 2500 bénévoles qu'il fallait trouver ont été recrutés. Une kyrielle d'entreprises d'ici ont accepté de jouer les mécènes, malgré la très faible visibilité qu'elles en retiraient. Même le Cirque du Soleil a plongé dans l'aventure pour la cérémonie d'ouverture.
Plus important, les athlètes qui ont brillé au cours des deux dernières semaines repartent de Montréal satisfaits. Les navettes étaient à l'heure, les repas étaient bons. Et, ce qui ne gâte rien, ils ont été impressionnés par le site enchanteur de l'île Sainte-Hélène et la chaleur de l'accueil qu'on leur a réservé. On a pu le mesurer quand les nageuses australiennes ont fait le tour de la piscine hier soir avec un panneau disant : Thank you, Montreal. Le public montréalais est un public généreux, qui ne ménage pas ses encouragements. Même hier, alors qu'aucun Canadien n'était en lice, les spectateurs ont fait sentir bruyamment leur appui aux nageurs qui participaient aux sept dernières épreuves des Championnats.
Dans l'ensemble du budget de la Ville de Montréal, le déficit de 4 millions est minuscule, a souligné avec raison le maire Tremblay. (Il aurait peut-être été moindre, car on aurait vendu plus de billets si les tarifs avaient été moins élevés pour la natation. Mais René Guimond et Normand Legault devaient composer avec la structure tarifaire établie par leurs prédécesseurs.)
Certains noteront qu'Ottawa, Québec et Montréal avaient déjà englouti une quarantaine de millions dans ce dossier. Mais la plus grande partie de cet argent avait déjà été dépensé quand la FINA a retiré les Championnats à Montréal en janvier. Si le maire n'était pas intervenu pour sauver l'événement, cet argent aurait été dépensé en pure perte. La visibilité extraordinaire dont a joui Montréal aux quatre coins du monde depuis 15 jours ? Envolée. Les retombées économiques du passage de 1784 athlètes et de leur entourage, des représentants des médias et de tout le reste de la « grande famille de la FINA » ? Disparues.
Et puis 4 millions, franchement, c'est de la petite bière en regard des découvertes que les Montréalais ont faites grâce aux Championnats. Grant Hackett, Michael Phelps, Brittany Reimer, Alexandre Despatie, Virginie Dedieu - on pourrait énumérer pendant des heures la liste des champions que nous avons eu le privilège de découvrir. Et qui savait que le water-polo était un sport aussi excitant ?
Parti travailler en Australie il y a 14 ans, l'ancien nageur canadien Alex Baumann, double médaillé aux Jeux olympiques de Los Angeles, disait plus tôt cette semaine sa joie de vivre dans un pays où le sport est considéré comme un investissement et non comme une simple dépense. Il serait temps que plus de gens pensent comme lui au Canada. On perdrait peut-être moins d'Alex Baumann. On formerait peut-être plus de doubles médaillés olympiques. Et on aurait sûrement une jeunesse qui goûte le sport pour ce qu'il est : une manière de se dépasser dans l'effort.
Si la grande fête des 15 derniers jours a pu contribuer un peu à établir cette nouvelle culture, ça valait bien 4 millions. Et c'est beaucoup moins cher que des Jeux olympiques...
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