1er août 2005

photo : Robyn Beck, Agence France Presse
Les Championnats du monde FINA 2005 ont été riches en performances épatantes. Et cette fois, les athlètes canadiens ne sont pas restés bredouilles, déjouant même les experts en remportant cinq médailles en natation. Petit bilan des prestations qui ont fait des vagues pendant la dernière quinzaine...
Le moment fort des XIe Championnats du monde FINA est un silence presque total.
Quatre mille cinq cents personnes ont retenu leur souffle avant le 450e et dernier plongeon de l'épreuve du trois mètres masculin. Seule un goéland a osé se faire entendre à ce moment critique.
Alexandre Despatie ne s'est pas laissé déconcentrer. Il s'est avancé, a fait plier le tremplin, a ouvert grand la bouche, fidèle à son habitude, avant d'exécuter un double saut périlleux et demi avec deux vrilles.
En sortant de l'eau, il savait déjà que le titre mondial lui était acquis... et la foule aussi.
Malgré une année postolympique passablement rock'n'roll et des attentes immenses, Despatie, 20 ans seulement, a sans doute réussi l'une des plus grandes performances de l'histoire sportive canadienne.
Deux jours plus tard, le plongeur lavallois, toujours sur un nuage, en a remis avec une médaille d'or au tremplin d'un mètre, ce qui complétait un tour du chapeau historique dans les épreuves individuelles de plongeon. Le public montréalais a été chanceux d'assister aux exploits d'un athlète d'exception.
Les darlings
Les jeunes Roseline Filion, 18 ans, et Meaghan Benfeito, 16 ans, ont donné un sérieux élan aux Mondiaux en montant sur la troisième marche du podium au terme de l'épreuve synchronisée de 10 mètres. Elles sont instantanément devenues les darlings du public.
La chicane
Émilie Heymans, tenante du titre mondial, a pris le quatrième rang à la tour aux Jeux olympiques d'Athènes. Elle n'a pu faire mieux à Montréal. Beaucoup plus sereine ici que dans la capitale grecque, Heymans était sincèrement déçue de sa prestation devant les siens. Les nerfs en boule, son entraîneur Michel Larouche n'a pas manqué de la savonner par l'entremise des médias. Il s'est excusé le lendemain, mais c'était un peu tard. Froissée, Heymans a décidé de réfléchir de son côté. À suivre.
Les Chinois
Malgré une équipe en mutation, les Chinois ont dominé les compétitions de plongeon. Ils ont enlevé cinq des huit épreuves olympiques, soit une de moins qu'à Athènes. Seuls Despatie, l'Américaine Laura Ann Wilkinson et les Russes Dmitri Dobroskok et Gleb Galperin en synchro ont brisé l'hégémonie.
Les Chinois bis ?
On s'attendait à l'émergence de jeunes nageurs chinois, ça n'a pas été le cas. On a su pourquoi hier : ils n'étaient pas là. Les soupçons planent déjà dans la communauté des entraîneurs.
Renouveau en synchro
Les nouvelles chorégraphies ont plu aux juges. N'eût été un pied qui atouché malencontreusement le fond de la piscine, les Canadiennes auraient fini quatrième en équipe, soit une progression d'un rang par rapport à Athènes. En synchro, c'est énorme. L'ovation que les 8000 spectateurs ont offerte aux jeunes nageuses avant leur dernier numéro s'est fait entendre dans toute l'île Sainte-Hélène.
Coup de coeur
Ça ne fait pas de doute, le water-polo a été le grand coup de coeur des Montréalais pendant ces championnats. Coup de coeur pour Ann Dow, Johanne Bégin, Rachel Riddell, Krystina Alogbo et Cie, qui ont surmonté leur déception face aux Hongroises pour mettre la main sur le bronze. Coup de coeur pour les duels épiques que se sont livré les Serbes, les Hongrois, les Grecs et les Croates dans les matchs de médailles. La fédération canadienne saura-t-elle surfer sur la vague pour remettre à flot un programme masculin moribond ?
Vague canadienne
Oui, c'est une année post-olympique. Non, les meilleurs n'étaient pas tous là. Les Canadiens ont néanmoins vraiment, vraiment bien nagé. Avec deux médailles en relais et deux finales individuelles, Brent Hayden, 21 ans, a été tout simplement extraordinaire. Idem pour Brittany Reimer, qui a confirmé son immense talent avec deux médailles. Mike Brown a joué son rôle de leader à merveille avec une médaille d'argent au 200 m brasse. Cinq médailles au total, c'est inespéré. Effet Pierre Lafontaine ? Mettez-en.
Relais argentés
La médaille au relais 4 X 100 m libre, elle était attendue. C'est la couleur - argent - qui étonne. Ce podium a galvanisé toute l'équipe canadienne. La surprise, elle vient du 4 X 200 m libre. Plus que la médaille d'argent, c'est le chrono qui impressionne : 7:09.73. Seuls l'Australie et les États-Unis étaient déjà passés sous les 7:10. Le grand Grant Hackett a d'ailleurs souligné l'exploit, tous comme les nageurs américains, qui ont donné une poignée de main à leurs rivaux canadiens après la course. Ça voulait dire bienvenue parmi les grands.
Le nageur des Championnats
L'Australien Grant Hackett. Cinq courses, cinq médailles, dont trois d'or. À 25 ans, il a déjà amassé 17 médailles aux Championnats du monde, un record. L'Américain Michael Phelps a gagné six médailles, presque un échec selon ses propres critères. Son élimination au 400 m libre a été la plus grande déception. Sinon, les États-Unis ont été impériaux dans la piscine, avec un record de médailles. Aaron Peirsol (dos) et Ian Crocker (papillon) se sont moqués de la déprime postolympique en abaissant leurs propres marques mondiales.
La nageuse des Championnats
L'Australienne Leisel Jones avec ses deux titres à la brasse et un record du monde ? Kirsty Coventry, ses deux titres au dos et ses deux médailles d'argent en quatre nages, qui permenttent au Zimbabwe de figurer au troisième rang du classement en natation ? L'Américaine Katie Hoff, 16 ans, double championne en quatre nages ? Faites votre choix.
La blague des Championnats
Hier matin, pendant les préliminaires du relais 4 X 100 m quatre nages, un oiseau mort est tombé dans le couloir de la France. Il avait sans doute frappé un fil soutenant la caméra aérienne. Hugues Duboscq l'a ramassé après avoir nagé sa portion à la brasse. « Je suis habitué aux animaux morts... mon père les empaille », a expliqué ce fils de taxidermiste en sortant de l'eau.
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