9 décembre 2004

Colère, honte et résignation

« On a perdu notre basebail. Là, il n'y a pas de hockey. Y a-t-il moyen qu'il y ait un peu de sport à Montréal ? »

Normalement, la nageuse synchronisée Marie-Pierre Gagné devait accrocher son maillot de bain après les Jeux olympiques d'Athènes. Mais la tenue des Championnats du monde de sports aquatiques à Montréal, à l'été 2005, a convaincu l'athlète de 21 ans de repousser d'une autre année ses études à l'Université McGill. L'annonce de l'annulation possible de l'événement la déçoit et la choque.

« Ça fait quand même trois ans que je mets mes études de côté pour la synchro, un sport qui demande 40 heures d'entraînement par semaine. Je suis très déçue. Ce ne serait vraiment pas pareil si ça n'avait pas lieu à Montréal », a déclaré Gagné, hier, s'inquiétant des possibles retombées négatives sur un sport qu'elle souhaite revoir à l'avant-scène.

Le nageur Yannick Lupien, lui, se fout pas mal du baseball et des joueurs de hockey « qui braillent pour leurs millions ». Le double olympien partage cependant la déception de Marie-Pierre Gagné. À l'image de cette dernière, le double olympien a repoussé un projet scolaire d'un an en prévision des Mondiaux de 2005.

« Tout était prévu : Montréal 2005 et après, j'entre à l'école des pompiers. Finalement, j'aurais dû rentrer à l'école cette année. Écoutez... c'est le sport amateur. C'est à se demander si tout est amateur autour de nous. C'est décevant. Ça me met vraiment en fusil », a raconté Lupien, 24 ans, qui se désole de la possible occasion ratée d'accueillir des vedettes planétaires telles Michael Phels et lan Thorpe.

Âgée de 21 ans, la nageuse Audrey Lacroix se voit poursuivre sa carrière au moins jusqu'aux Jeux olympiques de Pékin en 2008. Montréal ou pas, la spécialiste du papillon se prépare donc en fonction des Championnats mondiaux de l'été prochain. Elle se demande maintenant quel est le « plan d'urgence » de la Fédération internationale de natation (BNA) si Montréal 2005 se saborde.

Audrey Lacroix partage cependant la même inquiétude que ses collègues des sports aquatiques. « C'est sûr que si ce projet-là ne fonctionne pas, ça diminue pas mal les chances d'obtenir quoi que ce soit d'autre dans l'avenir », a-t-elle souligné.

À ce sujet, Marie-Pierre Gagné constate que le Canadiens se retrouvent dans la même position que les Grecs avant la tenue des Jeux olympiques : le doute est installé quant à leur capacité d'organiser un événement de cette envergure. « Dans le fond, c'est la même histoire qui se répète. C'est à notre tour, nous qui jugions un peu les Grecs. Je ne comprends vraiment pas ce qui s'est passé; je ne peux pas le croire. »

De son côté, Julie Sauvé persiste à croire que les Mondiaux auront lieu. L'entraîneure de nage synchronisée bien connue ne compte plus les heures qu'elle a consacrées bénévolement à Montréal 2005. L'an dernier, elle a passé tous ses après-midi à visiter des écoles primaires dans le cadre d'un programme d'initiation aux sports aquatiques. Encore aujourd'hui, elle continue de recruter des bénévoles pour l'été prochain.

Au bout du fil, Julie Sauvé est optimiste, mais on sent que l'annulation de la compétition la choquerait au plus haut point. « Si on ne l'a pas, je pense que je vais me promener partout dans le monde avec un sac à papier brun sur la tête. Je ne veux pas être identifiée ! » a-t-elle lancé, mi-sérieuse.

« Nous, on ne lâche pas. Pourquoi on les aurait pas, ces Jeux-là ? De quoi a-t-on l'air, même au Canada ? Montréal n'est capable de rien avoir. Il n'y a pas de hockey, plus de baseball, il n'y a plus rien. Qu'ont-ils fait avec le Stade olympique ? Le Vélodrome n'existe plus. Maintenant, c'est le Salon de l'auto, le Salon de la décoration, le Salon de papa-maman. Nous autres, on a quoi là-dedans ? Ça va être honteux si ça se ramasse ailleurs. »


page mise en ligne le 9 décembre 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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