9 décembre 2004


La une du cahier des Sports de La Presse du 9 décembre 2004
photo : Armand Trottier

Le temps du grand ménage

Peu importe comment se terminera le roman feuilleton des Championnats du monde de sports aquatiques, une revision en profondeur de la manière dont Montréal attire et organise les événements sportifs internationaux s'impose. Et vite à part ça.

Le bilan de la Société des internationaux du sport de Montréal (ISM), l'organisme de démarchage qui avait soutenu la candidature de la ville auprès de la Fédération internationale de natation (FINA), n'est guère reluisant.

Sur son site Web, l'organisation se vante d'avoir remporté cinq « grandes candidatures » depuis sa création en 1996 : la Coupe Grey de 2001, le Mondial de football de la presse et des médias de 2003 ; le Festival mondial des jeux et des sports traditionnels de 2004; les Championnats du monde de la FINA; et les jeux gais de 2006.

Voyons voir :

Montréal avait déjà organisé la Coupe Grey à six reprises et, compte tenu de la résurgence des Alouettes au milieu des années 1990, aurait assurément obtenu la chance de tenir l'événement de nouveau, avec ou sans l'aide des ISM.

Les 320 (!) participants attendus au Mondial de football de la presse n'ont pas suscité l'ombre du reflet d'une parcelle d'intérêt dans les médias et la population.

Le Festival mondial des jeux et sports traditionnels, rebaptisé entre-temps jeux mondiaux, est mort de sa belle mort à quelques semaines de la tenue de l'événement, cet été.

Les Jeux gais ont perdu leur affiliation de la Fédération internationale, mais doivent néanmoins avoir lieu à l'été 2006, sous l'appellation « Outgames mondiaux», deux semaines après les Jeux officiels, qui se dérouleront finalement à Chicago.

Et la survie des Championnats de la FINA, prévus pour juillet 2005, est menacée en raison d'un manque à gagner de plus de 12 millions.

C'est pas parce qu'on rit que c'est drôle.

• • • • •

Le nouveau président et chef de la direction des ISM, Jean Perron, est entré en fonction il y a un mois et demi seulement, après le départ du cofondateur Marc Campagna. Solidaire, M. Perron défend son organisme des critiques qui lui sont adressées. « ISM n'est pas responsable du sort du monde. Notre job, c'est d'amener les événements à Montréal, dit-il. Est-ce que l'argent mis dans ISM en vaut la peine ? Ma réponse est oui. Notre score est bon. »

C'est un peu trop facile de se défiler comme ça. Les ISM ne peuvent pas se laver les mains des problèmes actuels du comité organisateur de Montréal 2005. Car enfin, qui, sinon les ISM, établit au départ les projections de revenus sur la base desquelles sont évaluées les différentes candidatures déposées par Montréal auprès des instances internationales ? Qui évalue les besoins en commandite ? Qui procède à l'estimation des ventes de billets potentielles ?

Dans l'affaire de Montréal 2005, il est évident que certaines personnes ont regardé l'avenir avec des lunettes teintées de rose. On prévoit que 250 000 spectateurs assisteront aux épreuves de natation, de plongeon, de nage synchro, de water-polo et de nage en eau libre qui doivent avoir lieu dans l'île Sainte-Hélène en juillet prochain.

Ça semble outrageusement optimiste. Surtout quand on sait qu'une paire de billets de journée pour la natation, par exemple, coûtera entre 145 $ et 225 $. Deux cent cinquante mille spectateurs, c'est en moyenne plus de 17 000 personnes par jour pendant deux semaines. Vous me direz que le tennis attire près de 170 000 personnes en une semaine au parc Jarry. Mais c'est un événement dont la popularité a été bâtie sur une longue période. Montréal 2005 est un événement ponctuel, au creux du cycle olympique, et qui présente des sports dont le pouvoir d'attraction, en Amérique du Nord du moins, est nettement inférieur à celui du tennis.

Même chose en ce qui concerne les commandites. L'écart entre ce qu'on a recueilli - quatre millions - et les 12 millions qu'on devait aller chercher prouve que les études préliminaires péchaient par manque de réalisme.

C'est un peu comme lorsqu'on bâtit une maison : une fissure dans les fondations risque d'avoir des conséquences passablement plus sérieuses qu'une gouttière percée ou une porte mal taillée.

Selon M. Perron, les évaluations ont été faites par des experts, comme toujours. « Ça ne se fait pas au coin d'une table. On prend toutes les précautions nécessaires pour ne pas se tromper. » Le contexte a changé, plaide-t-il. Le scandale des commandites « a créé un malaise avec la commandite » et le retrait forcé des compagnies de tabac a laissé un vide qui n'a pas été comblé.

N'empêche, les visées des ISM et de Montréal 2005 représentaient « une commande importante à l'échelle de l'économie québécoise, à moins que des commanditaires internationaux se mettent de la partie », souligne le professeur Normand Turgeon, spécialiste en marketing aux HEC.

• • • • •

M. Perron a raison sur un point : Montréal ne peut pas se permettre de perdre les Championnats du monde de la FINA. Après les Jeux olympiques et le Mondial de soccer, le rendez-vous bisannuel de la natation et des autres sports aquatiques est l'un des plus grands événements sportifs internationaux, avec les Championnats du monde d'athlétisme. Non seulement annuler à sept mois de l'échéance réduirait-il à néant les chances de Montréal de décrocher d'autres rencontres sportives de grande envergure; cela compromettrait aussi les chances des autres grandes villes canadiennes.

« J'espère que ça va amener une réflexion de fond où les gouvernements vont se parler plus étroitement pour trouver des solutions durables afin que Montréal garde son statut de ville internationale et olympique et ne devienne pas une simple ville régionale. »

Le patron des ISM croit que l'avenir passe par la création d'un fonds dédié aux événements sportifs. un tel fonds - financé par qui, en passant ? - permettrait selon lui de garantir des études préliminaires plus complètes (un must, visiblement), de faciliter la mise en place des comités organisateurs comme celui de Montreai 2005, de fournir aux instances internationales les garanties de paiement qu'elles réclament et de financer la construction de certaines installations.

C'est peut-être la voie à suivre. Une chose est sûre : le statu quo est intenable. Montréal ne peut pas se payer des fiascos comme celui qui menace de se produire en ce moment.


page mise en ligne le 9 décembre 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive

1

Hosted by www.Geocities.ws