22 décembre 2004

Mondiaux de sports aquatiques
Les championnats du monde de sports aquatiques sont branchés sur un respirateur artificiel et seule l'arrivée pour le moins incertaine d'un ou plusieurs commanditaires majeurs parviendra à sauver cet événement d'une mort prématurée.

En conférence de presse, mardi, les coprésidents de Montréal 2005, Dick Pound et Roger Légaré, ont multiplié les courbettes envers Québec, qui a eu la gentillesse de ne pas leur claquer la porte au nez et de laisser planer un mince espoir d'une contribution additionnelle de la part du gouvernement provincial.
Mais il se fait tard. Très tard. Si rien ne change, Montréal 2005 n'aura plus d'argent dès la fin janvier, soit quelques jours après la nouvelle date butoir que s'est donnée mardi le comité organisateur de l'événement. Aussi bien dire demain, car la période des Fêtes ne sera certes pas idéale pour mettre en branle la relance des activités de recherche de commandites que réclame notamment Québec.
Malgré l'ampleur des difficultés financières de Montréal 2005 et son incapacité presque totale jusqu'ici à décrocher des commandites en argent comptant (par opposition aux commandites de services comme celles conclues avec des fournisseurs de piscines ou de gradins temporaires), M. Pound reste optimiste. Mais il est clair, à l'entendre, que les ténors des gouvernements fédéral et provincial devront l'épauler.
« Si des gens, Jean Charest et Jean Lapierre, prennent publiquement la parole, soulignent l'importance des championnats pour Montréal et le Québec et lancent un appel à un investissement de la part du secteur privé, je pense que c'est faisable », dit-il. Il est clair en tout cas que des commanditaires qui arriveraient en sauveurs avec quelques millions pourraient s'attirer les sympathies de bien des gens, à commencer par les milliers de jeunes nageurs, plongeurs et poloïstes québécois qui rêvent d'assister aux championnats (à condition de pouvoir se payer les billets, mais c'est une autre histoire).

Mais contrairement à ce que semble penser son coprésident, M. Légaré, il ne suffira pas qu'une nouvelle agence de marketing fasse miroiter des engagements potentiels du secteur privé pour que Québec accepte de délier les cordons de sa bourse. Seuls des engagements concrets pourront convaincre le gouvernement Charest- avec raison, d'ailleurs- d'allonger de nouvelles sommes en sus des 14 millions déjà consentis au chapitre des infrastructures.
Autre question épineuse : celle des 4,5 millions que le comité organisateur doit verser à Radio-Canada pour éponger les frais de production de la SRC à titre de diffuseur hôte. Québec aimerait bien que cette somme soit revue à la baisse, mais cela impliquerait des négociations avec la FINA, qui a évidemment des exigences très précises sur une foule de détails tels que le nombre et l'emplacement des caméras aux abords des piscines. Moins de caméras, moins de coûts, mais il est loin d'être clair que la FINA aimerait amputer la couverture télévisuelle de son grand happening biennal.
Le gouvernement québécois espère aussi que la FINA pourra mettre l'épaule à la roue et fournir quelques millions- une commande peut-être pas impossible si la Fédération internationale n'a bel et bien pas de solution de rechange en cas d'annulation à Montréal.
Québec a par ailleurs passé un message très clair à Montréal 2005 : le gouvernement ne tolérera plus les fanfaronnades du premier vice-président et directeur général de l'événement, Yvon DesRochers, qui aurait pu choisir un meilleur moment pour partir en vacances, c'est le moins qu'on puisse dire. M. DesRochers a manqué une belle occasion de se taire, la semaine dernière, quand il s'en est pris publiquement, et violemment, à la décision du ministre du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, d'envoyer une équipe de la firme Samson Bélair Deloitte & Touche inspecter les livres de Montréal 2005.
Le rapport, souligne le ministre dans sa lettre de mardi au comité organisateur, « recommande la mise en place de voies de communications répondant aux exigences des gouvernements et les mécanismes de contrôle et de transmission qui les satisferont ». Et le ministre d'ajouter : « À la lumière de la collaboration obtenue de la part du directeur général au cours des derniers jours, cette recommandation nous semble des plus pertinentes. »
Traduction libre : M. DesRochers est un empêcheur de tourner en rond, il a délibérément caché de l'information au gouvernement et il ferait mieux de se tenir à carreau si vous espérez nous convaincre d'investir un cent de plus dans votre patente.
Il serait pourtant souhaitable qu'un montage financier quelconque, dont les contours restent franchement difficiles à cerner, puisse être assemblé pour assurer la survie de l'événement. En dehors des Jeux olympiques, les championnats du monde de sports aquatiques sont la troisième compétition sportive en importance, après le Mondial de soccer et les championnats du monde d'athlétisme. Ils offrent à la ville hôtesse une visibilité incomparable, comme peuvent en témoigner tous ceux qui ont vu les images inoubliables d'Alexandre Despatie plongeant de la tour de 10 mètres avec Barcelone en arrière-plan, lors des championnats de 2003.
Quand tout sera terminé, il faudra s'attendre à plusieurs remises en question. Québec a d'ailleurs déjà commencé à agir. Il a annoncé mardi, comme le prédisait La Presse plus tôt cette semaine, la fin de la subvention annuelle de 300 000 $ remise aux Internationaux du sport de Montréal, l'organisme de démarchage qui a monté le dossier de candidature de Montréal 2005 et dont les prévisions exagérément optimistes comptent pour beaucoup dans les difficultés actuelles des organisateurs des championnats du monde.
page mise en ligne le 22 décembre 2004 par SVP

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