22 décembre 2004

Les championnats du monde de sports aquatiques ont obtenu mardi un sursis d'un mois, mais la survie de l'événement censé avoir lieu à Montréal en juillet 2005 est encore loin d'être assurée.

Mario Cloutier et Jean-François Bégin

Réuni mardi matin, le conseil d'administration de Montréal 2005 s'est donné jusqu'au 18 janvier pour se conformer aux demandes formulées par le gouvernement du Québec, qui n'a pas complètement fermé la porte à l'injection d'argent frais dans ces championnats biennaux menacés d'annulation, faute de liquidités.

Le gouvernement Charest lance toutefois un ultimatum au comité organisateur de l'événement, qui réclame une aide d'urgence de 12,2 millions afin d'éviter que ses coffres ne soient à sec dès la fin janvier. Québec n'acceptera de parler d'argent avec le groupe que si, et seulement si, trois conditions sont atteintes, trois préalables qui paraissent presque irréalisables compte tenu des délais très courts auxquels font face les organisateurs.

Québec exige la renégociation de l'entente de télédiffusion de l'événement et réclame aussi non seulement la révision du fonctionnement de la recherche de commandites, mais aussi celui du comité organisateur comme tel.

« S'ils y répondent, on peut avancer, mais pour l'instant, on n'a pas plus d'argent pour l'événement. Faites le ménage et après on pourra discuter », a indiqué le ministre du Sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier, à sa sortie de la réunion du Conseil des ministres à Québec.

M. Fournier a rendu publique une lettre qu'il a fait parvenir au comité organisateur des championnats ainsi que le rapport de la firme comptable Samson Bélair Deloitte & Touche sur la situation du comité FINA 2005.

Le document indique notamment que les commandites sont passées de 12 à 1,5 millions au cours des mois avec seulement 175 000 $ encaissés jusqu'ici. À 5,7 millions, les revenus de billetterie anticipés sont considérés «optimistes». Enfin, le coût total de l'événement devrait atteindre 37,5 millions après des compressions de 6 millions, dont la firme comptable n'a pu juger du réalisme.

Les contributions gouvernementales (incluant les dépenses en infrastructures) sont passées au fil du temps de 24 à 44 millions, soit 19 millions d'Ottawa, 14 millions de Québec et 11 millions de Montréal. Ces fonds publics ne devraient pas être les seuls sur la table, soutient le ministre Fournier, qui estime anormal « qu'on en soit rendu à une situation où le privé ne se soit pas encore associé à cet événement ».

Dans la lettre qu'il a fait parvenir à Richard Pound et à Roger Légaré, le ministre Fournier mentionne qu'il ne souhaite pas l'annulation de l'événement. Mais, ajoute-t-il, « en même temps, nous reconnaissons que nous n'avons pas de lien avec le comité organisateur et nous ne pouvons pas le forcer à rencontrer nos attentes ».

Du côté d'Ottawa, le ministre d'État au Sport amateur, Stephen Owen, n'a pas attendu la fin de la réunion du conseil de Montréal 2005 pour annoncer par voie de communiqué que le gouvernement canadien « ne verserait aucun appui financier additionnel » au comité organisateur.

Le ministre Owen a toutefois rectifié légèrement le tir après avoir appris que Montréal 2005 reportait d'un mois sa décision. «Le comité organisateur va devoir présenter des preuves solides qu'il y aura de nouveaux et importants investissements privés pour que notre gouvernement ou celui de la province de Québec décide de plonger », a-t-il dit en entrevue téléphonique avec La Presse.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, appuie pour sa part les demandes de Québec à l'endroit du comité organisateur. La Ville de Montréal est même prête à fournir un million de dollars de plus pour la tenue de l'événement.

Ce versement supplémentaire est conditionnel à la restructuration du comité organisateur. « J'ai de bonnes raisons de croire que, lorsque le modèle financier sera en place, le secteur privé sera prêt à injecter des sommes additionnelles », a déclaré le maire.

Dans une conférence de presse convoquée à la hâte en fin de journée, les coprésidents du comité organisateur, Dick Pound et Roger Légaré, ont donné l'assurance que le comité donnerait suite aux demandes de Québec.

Ils se sont dits prêts à s'asseoir avec la FINA et le diffuseur hôte, Radio-Canada, afin d'examiner la possibilité de revoir à la baisse la somme de 4,5 millions qu'ils doivent verser à la SRC pour qu'elle s'engage à fournir le signal aux diffuseurs internationaux. Ils se sont aussi engagés à faire affaire avec de nouvelles agences pour sonder le marché de la commandite.

« Nous voulons travailler de concert avec les gouvernements pour convaincre le secteur privé que ces championnats sont un événement important », a dit M. Pound, qui a par ailleurs donné l'assurance que le « ton » des discussions entre le comité organisateur et les gouvernements changerait.

La semaine dernière, le directeur général de Montréal 2005, Yvon DesRochers, s'en était pris violemment aux « miteux » de Québec quand il avait appris que le ministre Fournier avait demandé un rapport sur l'organisation de l'événement à Samson Bélair Deloitte & Touche.


page mise en ligne le 22 décembre 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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