1er mars 2004

Les internationaux du sport de Montréal (ISM), l'organisme de démarchage privé à l'origine de la venue dans la métropole des Championnats mondiaux aquatiques de 2005, jouent présentement leur crédibilité et, par extension, celle de Montréal en tant que ville hôtesse d'événements sportifs de haut niveau.
Comme l'explique ma collègue Sophie Allard dans le dossier qu'elle présente aujourd'hui sur Montréal 2005, les organisateurs sont confrontés à un double défi : trouver des commditaires et vendre suffisamment de billets pour boucler leur budget de 36,5 millions, dont 18 millions doivent provenir de fonds privés.
La recherche de commandites s'avère « difficile », reconnaissent les organisateurs. Il n'y a là rien de surprenant. Le retrait forcé des commandites des compagnies de tabac et les difficultés financières de certaines grandes entreprises ont créé un vide que les promoteurs d'événements sportifs et culturels n'ont pas encore réussi à combler.
Sous la gouverne de son ancien PDG, Léon Méthot, le Grand Prix de Trois-Rivières a tenté par tous les moyens et pendant trois ans de remplacer Player's. Sans succès. Méthot a finalement rendu les armes l'automne dernier, laissant à d'autres le soin de tenter de maintenir en vie une version plus modeste du GP trifluvien.
Le Grand Prix du Canada a été sauvé in extremis par Normand Legault, mais on attend toujours l'annonce d'un nouveau commanditaire majeur en remplacement d'Air Canada, à moins de quatre mois de l'arrivée des monoplaces dans l'île Notre-Dame. Les Internationaux de tennis du Canada se cherchent toujours un partenaire d'envergure, eux aussi.
C'est dans ce marché déjà surpeuplé que Montréal 2005 tente de se démarquer, ce qui est plus facile à dire qu'à faire. Mais l'organisation a quand même des cartes dans son jeu. « La conjoncture n'est pas très favorable sur le plan économique, mais elle l'est sur le plan sportif. Des athlètes comme Alexandre Despatie et Émilie Heymans vont attirer les annonceurs. Il y a là un véhicule qui est porteur », pense Normand Turgeon, professeur de marketing à HEC Montréal.
Cela dit, les prévisions de ventes de billets sont teintées d'un optimisme pour le moins surprenant. Deux cent cinquante mille spectateurs en deux semaines, vous y croyez, vous ? Certes, la natation traverse un nouvel âge d'or, avec des athlètes extraordinaires tels Michael Phelps et lan Thorpe, dont la renommée déjà énorme sera encore magnifiée par les Jeux d'Athènes. Le plongeon n'aura aucun mal lui non plus à attirer les foules grâce à Despatie, Heymans et compagnie.
Mais le water-polo, la nage synchronisée, la nage en eau libre ? On peut douter que ces disciplines fassent salle comble. Au total, les organisateurs tablent sur une assistance quotidienne moyenne de près de 20 000 personnes pendant deux semaines. C'est beaucoup pour un événement qui ne jouit pas de la tradition du Grand Prix ou des Internationaux de tennis.
Outre Montréal 2005, les ISM, fondés par Serge Savard et Marc Campagna, actuel président et chef de la direction de l'organisme, ont décroché quatre événements pour Montréal depuis leur création en 1996 : la Coupe Grey 2001; le Mondial de football de la presse et des médias 2003 ; le Festival mondial des jeux et sports traditionnels, qui aura lieu cet été au parc Jean- Drapeau; et les Jeux gais de 2006.
C'est bien, mais ce n'est pas la mer à boire. Montréal aurait fini par obtenir la Coupe Grey, avec ou sans les ISM. Le Mondial de football de la presse s'est déroulé dans l'anonymat le plus complet. Et les Jeux de 2006, qui se sont retirés du giron de la Fédération des Jeux gais l'automne dernier, demeurent surmontés d'un point d'interrogation, même si les organisateurs annonçaient récemment avoir réuni 40 % de leur financement.
Si le grand patron de Montréal 2005, Yvon DesRochers, échoue et s'achemine vers un déficit, c'est toute la mission des ISM qui sera remise en question. On peut douter que les différents paliers de gouvernement, qui n'ont aucune intention d'ouvrir leurs goussets plus qu'ils ne l'ont déjà fait, accepteraient de se lancer de nouveau dans des aventures échafaudées par le groupe de M. Campagna.
Par ailleurs, pour que Montréal demeure une candidate crédible à l'organisation d'événements sportifs futurs, y compris les Jeux du Commonwealth, que les ISM aimeraient attirer en 2014, il importe que les championnats de la FINA soient un succès.
La tâche ne sera pas facile. Mais elle semble entre de bonnes mains avec M. DesRochers, qui a mis de l'ordre dans la maison depuis son arrivée aux commandes. Cet avocat de 60 ans, qui dirigeait le programme arts et culture des Jeux olympiques de Montréal, n'a pas fait l'unanimité, loin de là, quand il a dirigé le Centre national des arts d'Ottawa, entre 1988 et 1994. Mais il était de l'équipe qui a ressuscité le théâtre Corona, dans le quartier Saint-Henri, à la fin des années 1990, et on sent la passion qu'il éprouve pour sa ville.
Il en aura bien besoin. Surtout si le gouvernement fédéral, qu'on a pourtant connu si empressé d'ouvrir les robinets quand venait le temps de déverser les dollars dans les poches d'agences de publicité montréalaises, il n'y a pas si longtemps, continue de se traîner les pieds quand vient le temps d'envoyer un chèque à Montréal 2005.
Il serait temps que Patrimoine Canada sorte de sa torpeur.
page mise en ligne le 1er mars 2004 par SVP