1er mars 2004


photo : Pierre Côté

Inquiète de la situation financière des Championnats mondiaux aquatiques qui auront lieu à Montréal en 2005, la Fédération internationale de natation (FINA) vient de demander au gouvernement canadien de sengager à couvrir tout déficit.

Sophie Allard

C'est qu'à 16 mois de la première épreuve, la rentabilité de l'événement est loin d'être assurée. Pendant des mois, le comité organisateur a fonctionné avec des coffres vides, car les sommes promises par Patrimoine Canada se faisaient attendre. De l'aveu même des organisateurs, la recherche de commandites s'avère « difficile » et les prévisions pour la vente de billets sont « optimistes ».

D'où les inquiétudes de la FINA : qui sera responsable en cas de déficit ?

« Si personne ne se porte garant, nous devrons en discuter sérieusement et prendre les dispositions qui s'imposent », indique Cornel Marculescu, directeur de la FINA, qui refuse toutefois de s'avancer sur la nature des ces mesures.

Le gouvernement fédéral, qui contribue déjà pour plus de la moitié du budget total de 36,5 millions, a fait savoir à la FINA qu'il n'était pas question de ramasser la note. « Nous sommes déterminés à aider à la réalisation de cet événement extraordinaire, mais nous ne sommes tenus d'aucune façon d'offrir des garanties en cas de déficit », indique Caroline Jacques, attachée de presse du ministre d'État au Sport, Stan Keyes.

Le gouvernement du Québec, qui s'occupe de la modernisation des infrastructures (piscines, tremplins, etc.), n'est pas prêt de son côté à hausser sa contribution. « Pas question, lance Stéphane Gosselin, attaché de presse du ministre des Affaires municipales, du sport et du Loisir, Jean-Marc Fournier. Nous respecterons les ententes signées, mais c'est clair : nous ne mettrons pas un sou de plus. »

Alors qui sera tenu responsable en cas de déficit ? Le directeur général de Montréal 2005, Yvon DesRochers, ne comprend pas les craintes de la FINA et des gouvernements. « Nous assumons cette responsabilité, dit-il. Allons-nous nous battre avec autant d'énergie si l'on se sait à l'abri d'un déficit ? Je ne crois pas. C'est sans compter que la FINA n'hésitera pas à se faire plus gourmande et à nous inciter à dépenser plus. On ne veut pas ça, c'est un couteau à double tranchant. »

Sauf que pour la FINA, la parole des gens de Montréal 2005 ne suffit pas. C'est pourquoi elle a récemment envoyé une lettre au gouvernement fédéral l'enjoignant de garantir la tenue de l'événement dans les termes convenus, c'est-à-dire sans manque à gagner. Les dirigeants de la Fédération doivent se rencontrer à Dubaï en mars pour faire le point sur les Mondiaux 2005.

Travail colossal
À moins d'un an et demi de l'événement, le temps presse. « Nous sommes confiants, mais il est vrai que c'est une tâche colossale, reconnaît Yvon DesRochers. Une équipe de bénévoles vient d'être mise en place afin de dénicher de nouveaux partenaires. »

Jusqu'à tout récemment, la caisse était à zéro. Depuis peu, trois commanditaires ont accepté de faire partie de l'aventure. Un partenaire principal pourrait bientôt signer, assure-t-on. En tout, le comité doit trouver quelque 18 millions en commandites et fonds privés afin de respecter le budget voté et analysé par la FINA.

Puis il y a les retards dans les paiements du gouvernement fédéral qui nuisent à la bonne marche de l'organisation. « Chaque fois, il faut recommencer la bataille avec Patrimoine Canada afin de recevoir les montants attendus. Sur les cinq ou six versements déjà faits, tous nous sont parvenus en retard. Même notre banquier commence à paniquer », indique Yvon DesRochers.

Ces retards ont d'ailleurs failli entraîner l'annulation de l'événement, soutient-il. Lorsqu'il a été nommé à la tête du comité organisateur en octobre 2002, à la suite de la démission de la présidente Lyn Heward qui en avait marre des problèmes financiers, le gouvernement n'avait encore rien versé dans les coffres de Montréal 2005 !

« Nous avons donné 6,7 millions jusqu'à aujourd'hui », rétorque Mme Jacques, sans nier les retards dont se plaignent les organisateurs.

Quant aux Internationaux du sport de Montréal, le groupe de démarchage qui a obtenu l'organisation des Mondiaux aquatiques, on n'écarte pas la possibilité d'un déficit. « Il faudra peut-être modifier des activités, revoir certaines dépenses à la baisse, mais nous sommes confiants de respecter le budget, affirme Marc Campagna, président et directeur des ISM. Nous avons une réputation internationale à sauvegarder parce que nous voulons faire de Montréal l'hôte de nombreux événements internationaux qui, nous l'espérons, seront avant tout financés par des fonds privés. C'est trop compliqué, les fonds publics... »


page mise en ligne le 1er mars 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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