Cet article a été écrit en collaboration avec Scott Saunders ([email protected]).
De Montréal à New York en 4½ jours (27 juin 1er juillet 1995)
Le plan
J'ai rencontré
Scott Saunders, un NewYorkais sympathique, lors d'un voyage de plongée
à Roatán, Honduras, en janvier 1995. En mai, je l'ai invité
à venir passer quelques jours à Montréal. Un soir,
Scott me téléphone et me dit qu'il aimerait bien faire le
chemin à bicyclette et retourner sur l'avion. Alors, à la
blague ou par pure fanfaronnade, je lui dis : « Écoute :
amènetoi plutôt avec ton vélo sur l'avion et je
te raccompagne à New York ». Scott trouva l'idée
intéressante et il commença les préparatifs. Quand
je me suis rendu compte que c'était sérieux et qu'il s'en
venait, j'ai eu peur : il faut dire que je suis un cycliste du dimanche,
et pis encore, j'allais certainement me crever si je partais avec mon gros
vélo de montagne, solide et lourd comme un tracteur. Par chance,
une semaine avant l'arrivée de Scott, j'ai acheté un 10 vitesses
classique dans une vente de garage (pour la modique somme de 20 $). Puis,
je suis allé voir Philip, mon réparateur de vélo,
qui me l'a complètement revampé (mise au point complète,
nouveaux freins, nouveaux pneus et quelques accessoires comme un pied,
un support à bagages arrière, des nouvelles poignées,
etc.). Donc, pour moins de 200 $, j'avais une bécane à peu
près correcte pour le voyage (que Scott allait baptiser « the
clunker » le tacot).
La
route
La
route la plus facile et la plus courte pour New York, (à 650 kilomètres
400 milles franc sud de Montréal) suit la vallée du
Richelieu de Chambly (à 30 km au sudest de Montréal)
jusqu'au lac Champlain, puis elle longe le lac Champlain jusqu'au lac George,
et elle suit ensuite la vallée de l'Hudson jusqu'à New York.
C'est une très belle route, variée et panoramique à
souhait, qui passe à côté (quand ce n'est pas au beau
milieu) d'un grand nombre de sites d'anciens forts ou de champs de bataille
du temps où les Français, les Anglais et les Américains
voyageaient surtout pour se tabasser les uns les autres. Nous avons décidé
de passer par la rive est du lac Champlain parce que Scott voulait voir
de plus près les vertes collines du Vermont. (Ce faisant, nous nous
sommes compliqué un peu la vie, parce que la rive ouest du lac Champlain,
dans l'État de New York, est beaucoup plus plane et accueillante
pour les cyclistes). Puis, passé la « côte Ouest
du Vermont », nous devions traverser la pointe sud du lac Champlain
pour suivre la vallée de l'Hudson, dans l'État de New York,
jusqu'à New York.
Scott devant le pont de Port Henry
L'équipement
Nous avons emporté
un matériel complet de camping et de cuisine en plein air, et chacun
avait sa tente parce que je ronfle comme un régiment d'infanterie
lourde (c'est ce que ma femme prétend, en tous cas). Nous avons
aussi emporté quelques Power Bars, qui n'étaient alors disponibles
qu'en deux saveurs, « chocolat fonddecasserole »
et « banane chimique » (beuark!). Même si on
les avalait le plus vite possible pour ne pas les avoir sur le coeur, elles
ont été bien utiles quand nous avions besoin d'un surplus
instantané d'énergie pour nous taper une grosse colline.
Autres articles utiles :
Itinéraire
Lorsque j'ai cueilli
Scott et ses bagages à l'Aéroport international de Mirabel,
l'été était déjà bien engagé;
en fait, la température de Montréal dépassait déjà
les limites du confort. J'ai fait le grand tour de Montréal avec
mon visiteur. Bien entendu, nous avons grimpé le mont Royal, pour
le joli coup d'oeil sur le SaintLaurent et le centreville. Ce
parc, soit dit en passant, a été conçu il y a plus
d'un siècle par l'architecte Olmstead, le même qui a tracé
les plans de Central Park, à New York. Cela n'est qu'un des nombreux
point communs de nos deux villes. Entre autres choses, Scott tenait à
goûter à la fameuse « poutine » du Québec,
de réputation internationale, comme chacun sait. La vraie poutine
québecoise, un mélange gluant, riche en matières grasses
et en cholestérol, est faite de frites et de fromage en grains frais
noyés dans un char de sauce « hot chicken »;
tous les gastronomes conviennent que ce mets l'emporte haut la main sur
le « fast food » ordinaire de l'Amérique du
Nord. Le lendemain, Philip avait fini d'assembler le vélo high tech
de Scott, et nous étions prêts. Toutefois, avant notre départ,
Scott tenait à faire quelques courses dans le meilleur magasin de
vélos en ville, alors nous sommes passés à La Cordée,
sur la rue NotreDame. Une fois sur place, je me suis rendu compte
que la plupart des choses qui manquaient, selon Scott, étaient du
matériel que je devais acheter. Il ne m'a pas laissé
le choix. Alors, en bougonnant un peu, j'ai acheté, entre autres
choses, deux sacs latéraux arrière et un deuxième
portebouteille; je n'ai pas eu à le regretter par la suite.
Enfin, la veille du départ, nous avons fait nos bagages. Mon vélo,
d'un poids sec de 37,5 lb (17 kg), pesait 62,5 lb à pleine
charge, sans votre humble serviteur, bien entendu (174 lb 79 kg).
PREMIER JOUR (mardi le 27 juin)
De Montréal
au camping de Keeler Bay, Grand Isle, Vermont (70 milles 112 km)
Nous sommes partis
de chez moi à 10 heures du matin. La journée s'annonçait
déjà chaude, et la température devait rester au beau
fixe (c'estàdire torride) pendant toute la randonnée.
Nous sommes descendus au centreville pour traverser le SaintLaurent
sur la très agréable piste cyclable qui passe par les îles
SainteHélène et NotreDame. Puis, nous avons attaqué
sans joie l'asphalte brûlante de la banlieue anonyme de la Rive Sud.
Le beau voyage a vraiment commencé passé Chambly, quand nous
avons mis le cap vers le sud sur la piste cyclable qui longe le Richelieu.
Le Québec s'est doté d'un réseau très étendu
de pistes cyclables, dont la plupart longent des voies navigables ou empruntent
le trajet d'anciennes voies ferrées. La piste du Richelieu, qui
va de Chambly à SaintJean, longe le canal Richelieu, qui ne
sert maintenant qu'aux bateaux de plaisance, qui vont et viennent entre
le lac Champlain et le Saint-Laurent; c'est une belle randonnée
tranquille en rase campagne. Nous nous sommes tapé un double expresso
à SaintJean et nous avons ensuite emprunté la route
223. Nous n'arrêtions que pour acheter des jus de fruits ou de l'eau
dans les dépanneurs, histoire de survivre à la chaleur de
l'aprèsmidi. Près de Lacolle, nous avons obliqué
vers l'est pour traverser le Richelieu puis, près de Noyan, nous
avons filé vers le sud pour passer la frontière QuébecVermont
juste avant Alburg, Vermont (l'une de ces nouvelles douanes binationales
qui aurait cru ça?). Le douanier, qui avait déjà
vu d'autres cyclistes de grande randonnée, n'a pas fait d'histoires
et il nous a souhaité bon voyage. Nous sommes restés sur
la route 2, qui passe au beau milieu du lac Champlain en sautant d'île
en île. Vers 8 heures, nous étions rendus au camping de Keeler
Bay, sur Grand Isle. Avec des tomates italiennes en boîte, de l'ail,
du cari et de l'huile d'olive, Scott a mitonné un spag mémorable
et tout ce que je peux dire, c'est que nous nous sommes bourrés
et que nous avons très bien dormi cette nuitlà. Soixantedix
milles, ce n'est pas si mal pour une première journée. Bien
entendu, nous n'avions fait que du plat, mais c'était parfait pour
se familiariser avec des vélos en charge et pour se dérouiller
un peu avant la partie difficile du voyage, juste devant nous.
DEUXIÈME JOUR (mercredi le 28 juin)
De Grand Isle,
Vermont, au camping de DAR State Park (60 milles 100 km)
Le matin suivant,
quittant les îles, nous avons attaqué les collines du Vermont
juste au nord de Burlington. Le Vermont est synonyme de « collines » :
voilà ce que j'ai appris cette journée. Pis encore, je m'habituais
mal à ma selle; au fil des kilomètres, j'avais de plus en
plus l'impression qu'elle me sciait littéralement le postérieur.
Scott, qui était mon mentor ès cyclisme (il prétend
qu'il l'est encore), m'assura qu'avec le temps, je m'y ferais. C'est bien
ce qui arriva, mais pas avant le troisième jour. Il m'a aussi enseigné
la façon la plus ergonomique de monter les côtes, qui consiste
à « patiner dans le beurre en montée »,
c.àd. en maintenant une cadence élevée en
petite vitesse. Pour ne rien vous cacher, je dois admettre que j'ai parfois
dû passer en « tite tite vitesse », c.àd.
mettre pied à terre. Scott, qui était alors un cycliste en
excellente forme (il
dit qu'il l'est encore), m'attendait plus haut dans la côte. Pour
lui, il était impensable d'avoir à utiliser la petite vitesse
d'avant, qu'il appelait la « vitesse pépère »
(the granny gear). Cela ne me concernait pas car, comme chacun sait , les
vélos à 10 vitesses n'ont tout simplement pas de « vitesse
pépère »! Audelà de Burlington, nous
sommes restés sur la route 7 jusqu'à Vergennes. C'en était
une collante! À quelques kilomètres de Vergennes, alors que
je montais de peine et de misère une côte sans fin, je vis,
comme dans un rêve, une canette d'eau gazeuse suivie d'une traînée
de gouttelettes passer juste sous mon nez, pendant qu'une camionnette me
doublait. Quelle choc! Avant ce moment fatidique, je croyais que tous les
habitants des vertes collines du Vermont étaient de doux écolos
paisibles et sympas. Mon bras fit tout seul un salut à un doigt
bien senti à ces abominables hommes des collines, qui ont poussé
des cris de mort 500 mètres plus loin quand ils ont doublé
Scott (ils devaient être à court de canettes). Peu importe,
grâce au sens de l'humour douteux de ces pauvres types, qui avait
haussé de quelques crans mon taux d'adrénaline, je ne sentais
plus ma fatigue et j'ai gravi le reste de la côte en quatrième
vitesse. C'est ainsi que nous sommes arrivés à Vergennes.
Ensuite, plutôt crevés, nous avons obliqué vers l'ouest
sur la route 22A jusqu'au camping du DAR State Park, sur la rive sud-est
du lac Champlain. Nous avons pris une saucette bien méritée
dans l'eau tiède tapissée d'algues et nous nous sommes couchés
tôt (après un autres spaghetti extravagant il faut croire
que les pâtes sont l'aliment de prédilection des cyclistes)
Nous n'avions franchi que 60 milles ce jourlà, mais quant à
moi, j'étais drôlement content d'être encore en vie.
Michel, très heureux d'être à Vergennes
TROISIÈME JOUR (jeudi le 29 juin)
De Addison, Vermont,
au camping de Lake George State Park, New York (60 milles 100 km)
Vers 11 heures
du matin, nous avons traversé le lac Champlain sur le pont qui mène
à Port Henry, dans l'État de New York, puis nous avons pris
la direction du sud sur la route 9N, un pays de creux et de bosses légèrement
différent du Vermont. Cette fois, c'était moi qui menait;
après quelque temps, je remarquai que Scott ne suivait pas. J'ai
décidé de continuer en me disant qu'il saurait bien me rattraper.
Quand il m'a finalement rejoint, il n'était pas du tout heureux,
car il avait eu peur que je prenne une mauvaise direction. Nous avons donc
convenu de quelques règles élémentaires en cas de
séparation, car rien ne serait plus bête que d'avoir à
nous courir l'un l'autre. Puis, près du lac George, nous avons attaqué
le mont Tounge, qui domine la ligne nordsud de partage des eaux entre
le bassin du lac Champlain (qui se déverse au nord dans le Saint-Laurent)
et le bassin du fleuve Hudson, qui coule vers le sud. Alors que nous montions
péniblement sous la chaleur intense, je souffrais de toutes les
fibres de mes muscles, je cherchais mon souffle (c'est à ce moment
que j'ai renoncé définitivement (pour quelques jours, en
tous cas) à mon seul vice, les petits cigarillos); j'avais des visions
d'enfer, c'était l'agonie et l'extase. Bien entendu, l'extase, c'était
les haltes haletantes et arrosées de grandes lampées d'eau
tiédasse, ou mieux encore, la griserie absolue des folles descentes
à tombeau ouvert. À un point de la descente, Scott décida
d'arrêter pour refaire ses provisions d'eau; nous nous sommes donc
donnés rendezvous sur la plage de Bolton Landing. Comble de
malchance, il y avait deux plages dans ce bled, et c'est ainsi que
nous avons bêtement perdu deux heures à nous courir, comme
dans un film de Charlie Chaplin. Mais, comme les bonnes choses n'arrivent
jamais seules, nos retrouvailles animées ont été ponctuées
d'inquiétants « glousglous » dans mes
entrailles. En l'espace de quelques minutes, j'étais si malade que
j'ai bien cru que mon voyage s'arrêtait là . Nous avons décidé
de piquer nos tentes au camping de Hearthstone State Park, près
de Lake George, et de remettre toute décision au lendemain. Scott
m'a prescrit un régime d'aliments fadasses et gluants pour me boucher,
avec un succès remarquable d'ailleurs. Le lendemain matin, j'étais
sur mon vélo, frais comme une rose.
QUATRIÈME JOUR (vendredi 30 juin)
De Lake George,
New York, à un hôtel cheap de Hudson, NY (90 milles
160 km)
Après trois
jours sur la route, c'était le terrain plat à perte de vue
et je commençais à me sentir drôlement bien, d'autant
plus que le pire était maintenant dernière nous. Il nous
semblait maintenant que nous pouvions rouler indéfiniment, et c'est
dans la joie que nous égrenions les kilomètres. Nous sommes
passés par Glens Falls, puis nous avons pris la route 32 jusqu'à
l'Hudson, juste avant Schuylerville. À Stillwater, nous avons vu
des jeunes qui plongeaient d'un pont dans l'Hudson; c'est un spectacle
que nous ne reverrions plus, car nous arrivions déjà à
Troy et à Albany. Troy est une ville industrielle plutôt vétuste
et poussiéreuse. Par contre, Albany, de l'autre côté
du pont, est un croisement bizarre entre une belle petite ville de province
et un minicauchemar urbain postmoderne, avec son corset de béton
aérien encerclant une grappe de tours pompeuses, plantées
au beau milieu d'une vaste espace vide; on dirait une toile de De Chirico
ou, plus prosaïquement, une talle de gros champignons au milieu d'une
pelouse hallucinant! En descendant la vallée de l'Hudson,
nous passions d'une rive à l'autre, tant pour varier que pour gagner
du temps. Cette journée, nous avons franchi 90 milles presque sans
peine, maintenant que nous roulions sur notre second souffle. Toutefois,
aussi près de New York, il n'y avait plus rien qui ressemblait à
un camping. À Hudson, nous avons loué une chambre dans un
hôtel minable à 40 $. Ce n'était pas le grand luxe,
mais nous préférions mettre notre argent là où
ça comptait. Ce soirlà, nous nous sommes tapé
un petit festin dans le meilleur (et seul) restaurant italien de la place
(pasta alla putanesca, bistecci ai ferri, avec une procession de salades
et de fromages assortis, du prosciutto et du bon pain italien frais du
jour). Ce fut notre première « grosse bouffe ».
Scott, un fana des glucides, est le genre qui arrêtait à toutes
les deux boulangeries pour acheter des trucs comme des muffins, des carrés
aux dates et du pain de blé entier. J'ai fini par admettre que,
pour une grande randonnée, cette stratégie n'est pas bête
du tout, surtout après la pizza de Mechanics Falls. À cet
endroit fatidique, nous avons triché et nous avons dévoré
à belles dents une hénorme pizza dégoulinante
de mozzarella et garnie pas rien qu'à peu près, et avec,
bien entendu, des petits piments forts. Comme de raison, j'ai été
puni : pendant les six heures qui ont suivi, j'ai eu toute une brique
sur l'estomac.
CINQUIÈME JOUR (vendredi, 1er juillet)
De Hudson, NY,
à Manhattan, NYC (130 milles 203 km)
Parce que nous
n'aimions pas beaucoup l'idée de camper au beau milieu du Yankee
Stadium dans le Bronx, nous avons décidé de rouler à
fond train jusqu'à New York. Sur la carte, ça faisant une
étape monstre de 130 milles, d'abord sur la rive est, puis sur la
rive ouest de l'Hudson. Vers midi, à moitié cuits par la
route ardente, nous sommes passés par un enfer de routes en réparation
appelé Poughkeepsie. Plus tard, complètement abrutis, nous
avons fait une halte pour un sandwich et un café à Cold Spring,
un joli port riverain. Puis, les nuages ont commencé à s'accumuler,
et le temps s'est refroidi : à la bonne heure! Sitôt
passés sur la rive ouest par le pont Bear Mountain State Park, nous
avons attaqué les collines en montagnes russes de ce vaste parc
d'une beauté étonnante, dernier espace vert avant la grande
ville. À ce point du voyage, après neuf heures de route,
nous ne ressentions plus la fatigue : nous avancions comme des bêtes,
par monts et par vaux, grisés par les kilomètres et la joie
du sprint final, dans la fraîcheur de la nuit tombante. Rien ne pouvait
plus nous arrêter maintenant, sauf, peutêtre, du pain
frais aux raisins et aux noix avec un bon café à Nyark. Nous
étions maintenant au New Jersey. Vers 9 heures, nous avons passé
le pont George Washington et nous sommes entrés triomphalement dans
Manhattan. Cependant, nous n'avons guère eu le temps de célébrer
l'événement : dans les cinq minutes qui ont suivi notre
arrivée, nous avons essuyé un véritable petit déluge,
avec tonnerre et éclairs. Tu parles d'un comité de réception!
Ce fut la seule et unique pluie de tout le voyage, mais elle était
de taille. Nous étions trempés à l'os, mais nous nous
en fichions éperdument. Il était 10 heures du soir quand
nous sommes arrivés chez Scott, sur la 10e
rue.
Conclusion
Donc, Scott m'a
fait faire le grand tour de Manhattan et de quelques endroits intéressants
près de la Grosse Pomme. L'orage passé, la temps s'était
refroidi et New York était inhabituellement confortable pour un
début de juillet. Nous nous sommes promenés à gauche
et à droite dans Manhattan, à bicyclette bien entendu; le
vélo est certainement le meilleur mode de transport dans cette ville,
si l'on prend garde aux taxis (les fameux Yellow cabs) et aux patineurs.
J'ai même fait quelques courses : j'ai rapporté des fruits
secs de chez Balducci's pour ma femme et un Tshirt des Grateful Dead
pour ma fille ado. Le 4 juillet, j'ai été invité à
une petite fête au sommet d'une tour au bord de l'East River, d'où
j'ai pu admirer le feu d'artifice audessus de l'eau. Le lendemain
matin, j'ai hélé un taxi pour la gare d'autobus. Mon fidèle
vélo était bien ficelé dans une grande boîte
de carton, gracieuseté d'un marchand de vélo du coin. Rendu
à la gare, j'ai eu bien du mal à obtenir l'information nécessaire;
il semble que certains préposés prenaient un malin plaisir
à me voir tourner en rond en traînant mon énorme colis.
Finalement, une bonne âme m'a dirigé vers le bon guichet et
j'ai sauté juste à temps dans l'autobus de Montréal.
Sur le chemin du retour (le voyage dure 8 heures), j'ai eu tout le temps
voulu pour dormir et pour trier mes souvenirs de voyage, abondants et bigarrés.
Je conclus donc qu'à l'exception des préposés de la
gare d'autobus, les NewYorkais sont des gens aimables et spirituels. Ils
n'ont pas de complexes : ils croient sincèrement que New York
est le seul endroit de toute la galaxie où l'on peut vivre décemment
même s'ils sont trop polis pour le dire. À New York,
chaque coin de la ville a son propre code vestimentaire et il est très
important d'avoir le bon « look ». Vous pouvez l'aimer
ou non, mais il ne laisse pas indifférent. Et cela vaut aussi bien
pour le troispièces gris sur Wall Street que pour les Nike
Aeros sur Canal Street. En conclusion, on peut dire que les NewYorkais
sont un bien curieux mélange de gens qui ont appris à travailler
et à s'amuser ensemble malgré leurs différences et
le manque d'intimité de la mégapole, ou peutêtre,
à bien y penser, pour cette même raison : ontils
vraiment un autre choix?
Scott et Michel sur la 51e rue