[ dimanche 8 septembre ][ 23:55 ][ sans rancune ][ ou presque ]
Dans cinq heures je me l�ve.
C'est pourtant en cette derni�re nuit ici que je voudrais veiller tard, �crire chaque seconde.
Mais je n'en ai pas le temps. D�j� je m'�loigne.
Je n'ai pas revu l'ami dont je dis de lui qu'il est le meilleur sans plus y croire, et pour les regrets qu'il aura je ne le regrette pas.
Je n'ai pas revu la tourmente aux yeux bleus, et pour les larmes qui ne couleront pas je ne le regrette pas.
Je pourrai alors m'en aller ailleurs comme on s'avance doucement vers la mort, en paix.
Mais faut pas se gourer[ ! ]
C'est [ soit-disant ] pour une vie meilleure, que demain je m'en vais.
[ 23:22 ][ fant�me ]
Ca ne devait �tre qu'un autre d�part. Comme tous les autres. J'en ai connu des tas, je n'ai jamais eu peur. Ce n'est finalement qu'un autre d�part. Du moins �a y ressemble. Vu de l'ext�rieur.
Je dois sans doute oublier des choses, mais mes bagages sont pr�ts. Je me demande presque encore pourquoi. Que font mes affaires, mes v�tements, mes parfums, mes musiques dans ces sacs-l�. Pourquoi la voiture a l'air de m'attendre, l�, comme une espionne solitaire sous ma fen�tre. Mes bagages sont pr�ts. Emmenez-moi donc maintenant, si c'est ce que vous attendez. Emmenez-moi donc, si c'est pour cel� que vous �tes l�... Mes bagages sont pr�ts. Et c'est dr�le comme je peux laisser ici des objets, des marques mat�rielles de ma vie quotidienne, et emporter avec moi des futilit�s ridicules, comme ces deux trois cartes postales qui tra�naient sur le mur de mon premier appartement, loin d'ici et il y a longtemps. Futilit�s qui vont me suivre encore longtemps, tel que je les laisse m'appartenir, telle que je les laisse prendre plus de place dans l'histoire que l'histoire elle-m�me. Oui, des objets stupides sans aucun int�r�t partent avec moi dans mes valises, et je laisse ici l'�lectrique, l'�lectronique, l'informatique (patience, celle-ci me retrouvera), je laisse ici l'utile, et vogue avec l'inutile...je trouve �a tellement dr�le, tellement optimiste...
Je dois sans doute oublier des choses.
Peut-�tre m�me consciemment.
O� est pass�e celle qui s'en allait tout le temps? Celle qui prenait tous les trains pour toutes les destinations, juste pour le plaisir, juste pour le d�sir de se sentir partir? Celle qui se voyait sur les quais, ne vivait que pour cel�, s'en aller, s'en aller pour toute la libert� qu'il y avait en-dessous de tous ces mots-l�, tous les mots des d�parts?
Qui est donc celle qui l'a remplac�e, celle qui ce soir, � quelques heures du d�part, tremble � l'id�e de quitter un endroit qu'elle n'a pourtant jamais aim�, tremble de solitude et ressens en un soir un seul, plus vifs que jamais tous les abandons de son existence.
Pourquoi reviennent en sa m�moire des visages tellement, tellement Oubli�s? Pourquoi a-t-elle mal, pour un oui, pour un non, des souvenirs qui appartenaient pourtant d�j� � un lointain pass�? Pourquoi encore lui reviennent en t�te tous les mariages, toutes les naissances et les enterrements, tous les amours d'une vie et toutes les amiti�s aussi, toutes les frictions, toutes les passions, tous les tableaux et toutes les chansons, pourquoi tout cel� se met-il � d�filer, ce soir, � la veille du d�part, ce soir comme s'il n'y avait pas de lendemain? Comme si demain n'�tait pas la vie encore.
Ces jours-ci elle n'�tait plus qu'un fant�me, se sentait devenir transparente sous les regards. D�j� plus d'ici, pour eux d�j� plus d'ici, jusqu'� le croire elle-m�me finalement.
Ce soir encore elle demeure un fant�me, parce que pas encore d'ailleurs. Mais demain, demain d�j�. A contre-coeur, peut-�tre. A contre-courant, certainement. Demain d�j� d'ailleurs. Probablement.
Crise existencielle?
Tous ignorent...continuent...d'ignorer...tout ce que ce jour, demain, va changer. C'est tellement plus facile de faire semblant que rien ne change, o� que l'on aille, maintenant que nous sommes grands, mais encore de grands enfants.
Moi-m�me je ne pourrais dire tr�s exactement de quoi ce changement sera fait, moi je ne sais lire l'avenir, moi je ne sais qu'improviser, mais le pr�sentiment (honte � moi! comment peut-on oser parler d'une pens�e abstraite comme d'une certitude! rien ne prouve, rien ne prouve...) est l� - dans mes tripes, bordel! - ce pr�sentiment que le vrai passage entre deux p�riodes bien distinctes de la vie est celui que je m'appr�te � traverser. Ca commence demain. Et je sais que j'en ressortirai indemne, mais je ne suis pas press�e. Ca commence demain. Et si un jour il me sera facile de vous dire ce qu'il y avait de l'autre c�t�, de l'autre c�t� de cette fronti�re entre l'enfance et l'�ge adulte, entre le nord et le sud, entre ma vie ici et celle qui m'attend l�-bas, s'il me sera d'une simplicit� enfantine de faire �tat de ce que j'aurais trouv� de l'autre c�t�, ce soir je l'ignore, et cette ignorance me laisse au plus haut point D�sarm�e. L'aventuri�re, que j'�tais il me semble � des millions d'ann�es, ce soir est (grave) paum�e. Et cr�ve de trouille. Cr�ve de trouille de tout changer.