[ dimanche 19 janvier ]

Et puis vient l'heure o� je voudrais. Boire dans sa tasse. Replonger dans les draps salis par lui. Et puis vient l'heure o� je. Caresse du bout des doigts le paquet de cigarettes vide, laiss� par lui, fum� par lui. Ca passe. Faudrait pas croire. Ca passe. C'est toujours comme �a. Chaque fois qu'il revient comme un fant�me, pour un soir et une nuit et toujours pour un matin, aussi, toujours un matin brouillon, un matin de fiction. Faire semblant que le jour va se coucher d�j�, le matin, le matin d�j� sortir t�t et rouler vers nulle part, ou vers tous les endroits de la terre, toujours faire �a le matin, lorsque la pluie fine rend � mes cheveux cette lumi�re dor�e que je d�teste parfois oui, que je d�teste, cette lumi�re dans mes cheveux que tous regardent des questions pleins les yeux, l� o� il m'emm�ne, chaque fois, le matin, n'importe o� mais toujours dans des endroits o� les hommes regardent la lumi�re dor�e que rend la pluie � mes cheveux. Il me dit sous la pluie, il me dit C'est parce que tes cheveux sont si clairs, ton visage si p�le tu sais malgr� le rose � tes joues, malgr� le rose � tes joues tes cheveux sont si clairs...ici, ici o� rien n'est plus lumineux que la lumi�re dor�e de tes cheveux.

Mais d�j� vient l'heure o� je. Remarque cette odeur de lui laiss�e sur mon gilet et cette odeur de lui pendue � mon cou. Revois dans l'obscurit� son corps tendu vers la fen�tre, la lumi�re d'une cigarette � sa bouche, l'heure o� je. Ne peux que voir �a encore, l'heure o� je retrouve cette pi�ce en d�sordre vide de lui. Et �a passe. Ainsi, ainsi, c'est ainsi que �a passe. C'est toujours comme �a, faudrait pas croire, non, faudrait pas croire, c'est ainsi que �a passe.

Plus tard bient�t je borderai le lit vide de lui. Laverai la tasse, bient�t presque dans l'instant jeter le journal d'hier. Le journal d'hier apr�s l'heure o�. L'heure o� je d�fais le pli fais par ses mains. Presque dans l'instant d�faire les plis et d�barrasser la pi�ce et l'obscurit� de lui.

C'est toujours ainsi. L'Homme appara�t. Dans sa force, dans ses gestes, il vient toujours si entier, toujours si pr�sent, toujours comme s'il avait toujours �t� l�, comme s'il �tait l� pour rester toujours.
C'est toujours ainsi, faudrait pas croire. Croire que ce n'est pas beau, que ce n'est pas bien. Ca passe, �a passe, faudrait pas croire. Lorsque l'Homme apparait faudrait pas croire qu'il ne faudrait pas, qu'il faudrait pas se laisser aller � ces choses-l�, qu'on n'aille pas croire, non, qu'on n'aille pas croire...que ce n'est pas la peine, de se faire de la peine, parce que �a passe, la peine, parce que �a passe, la vie, le temps, qu'on n'aille pas croire que ce n'est pas assez grand, pas assez loin, l� o� il m'emm�ne lorsqu'il vient, chez moi comme chez lui, dans cette ville que j'avais �lue pour lui.

C'est bien beau, mon amour c'est bien beau tu le sais. Tu me sais l� dans ce monde de toi que j'ai effleur� tant de fois, o� tu voulais me fondre et d'o� tu voulais m'enlever, ces contradictions de toi. C'est bien beau, mon amour c'est bien beau, de s'avoir l�, � la port�e d'une main m�me lorsque cette main ne se tend pas, vers moi, vers nous, mais c'est bien beau, nous le savons mon amour comme personne ne pourrait savoir. Comme personne ne pourrait s'avoir, les amants terribles, dis-moi, qu'est-ce que �a veut dire nous ne le savons pas. Tu ne connais m�me pas tes d�parts, je ne connais pas mes �lans, tu ne sais plus pourquoi nous sommes encore l�, mais nous savons que nous y sommes, et c'est bien beau, pas pour toujours alors c'est bien beau mon amour.

Il dit qu'il nous reste encore des beaux jours quelque chose, toujours quelques choses des beaux jours souviens-toi, et puis non, de quoi te souviens-tu Toi. Je lui dis Il y a... il y a... s�rement de belles choses dans nos m�moires, oui, nous savons qu'elles existent, qu'elles sont toujours l�. Nous oublions la question. Nous savons qu'il reste bien s�r, quelques choses, des beaux jours. Nous oublions la question. De quoi te souviens-tu, Toi.

Et il ne connait pas ses d�parts. Se d�sole. Dans ses d�parts je ne peux �tre sa m�moire, non, je ne peux pas, te dire pourquoi, non, je peux te dire comment, je ne peux pas te dire pourquoi. Pour cel�, de m�moire tu n'as que la tienne. Il dit je ne sais pas. Je souris. Ce n'est pas qu'il n'y avait plus... ce n'est pas qu'il y avait... ce n'est pas �a, non. Je souris. Il fallait juste des d�parts. Comme ces d�parts-l� qui recommencent, apr�s un soir et une nuit, et toujours un matin. Il ne faut que des d�parts. Je peux prendre �a. Je peux prendre �a avant, et apr�s l'heure o�. Ca passe, d�j�.

Bient�t d�j� s'�loignera l'heure o� je. Prends son regard noir pour regarder l'horizon. Prends cet air de lui sans en avoir l'air, cet air de croire que tout s'�claire. Que tout va bien. Panse les plaies de l'absence. Parce que c'est bien beau, mon amour c'est bien beau. Lorsqu'il te reste les remords de l'amour comme on le fait pour plus s'aimer, lorsqu'il reste dans le temps suspendus ces regrets de toi � moi, on aurait pu faire mieux, j'aurais pu faire mieux que �a. Lorsqu'il reste dans le temps suspendus ces mots-l�, lorsque l'on ne les retient pas, lorsqu'� eux on ne revient pas, lorsqu'on laisse couler le tout, que l'on s'en fout, que l'on est l�, lorsqu'on est l� faudrait pas croire, que �a n'en vaut pas la peine. De se faire de la peine. Ca passe. La peine et l'heure o�. Je. Ca passe. Ainsi. Toujours. faudrait pas croire.

La pluie tombait ce matin sur Marseille. Je lui dit c'est � toi quelquefois que je pense lorsque je vois le bateau, ce grand bateau-l� souviens-toi, tu me disais un jour . Un jour nous irions l�-bas. L� o� la pluie ne tombe pas, pas m�me un matin de janvier comme ici sur le port. Nous irions l�-bas, tu verras.... Tu regardais ce grand bateau-l� tu avais l'air d'un enfant, tu sais, tant de fois j'ai craint cette m�lancolie de toi, parce que tu regardais ce grand bateau-l�, et tu avais l'air d'un enfant. Un enfant qui perce le myst�re de la mer, un enfant qui voit si clairement de l'autre c�t� de l'oc�an.

Nous roulions ce matin devant le grand bateau blanc. La maison n'est pas tr�s loin. La maison n'est pas tr�s loin de ce grand bateau-l�, tu vois, on a fait tout ce chemin-l�. Et moi j'ai suivi tes pas. Et puis viens, je te laisse partir encore une fois, ce n'est rien, moquons-nous-en, viens, pars � nouveau, puisque ce sont des d�parts qu'il te faut, qu'il nous faut. Ce n'est rien. Ca passe. Apr�s l'heure o�. Je. Voudrais tout retenir encore tout retenir. Ca passe. Faudrait pas croire. Lorsqu'il pleut sur Marseille, lorsqu'arrive le matin �a vaut la peine, faudrait pas croire, �a vaut la peine. De se faire de la peine.

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