[ mercredi 7 aout 2002 ] [ 23:55 ] [ des signes ]
Milieu d'un apr�s-midi nuageux � temp�r�. Derri�re la vitre du caf� les inconnus d�filent, et se ressemblent peut-�tre, je ne sais pas, je suis de moins en moins observatrice pour ces choses-l�. Je donne des conseils -faute d'avoir � en recevoir-, des impressions, de longues longues phrases � une amie, m'efforce d'�clairer sa ligne de vie pour �viter de regarder la mienne, faute de me sentir capable d'am�liorer la mienne.
Et les inconnus se bousculent, des gens dont nous avons l'impression d'aucun ne nous ressemblent, mais peut-�tre nous nous trompons, peut-�tre sommes-nous juste but�es et d�sabus�es. Et des regards se croisent, par la force des choses, obligatoirement. Encore un passe, marche tout droit et s'�loigne. Et fait demi-tour. Un papier oubli�. Une derni�re course � faire. Un ami � appeler. Une femme � aimer. Que sais-je? S'il fallait trouver chaque fois une raison � tous les demi-tours... Il fait demi-tour, il semblait pourtant bien lanc�. Il fait demi-tour et entre, passe de cet autre c�t� de la vitre. Il semble s'approcher, mais encore je me figure peut-�tre pas. Je cesse de parler, puisque tout va forc�ment aller tr�s vite, chaque situation de chaque jour passe toujours tr�s vite puisque le monde et les gens sont superficiels au point qu'ils en deviendraient presque superflus. Le jeune homme semble propre et sain d'esprit. Le jeune homme porte une tenue de ville � peine dans la tendance mais tout de m�me. Le jeune homme n'a l'air ni d�s�quilibr�, ni dangereux, ni repoussant. Il est maintenant devant nous et c'est � moi qu'il s'appr�te � s'adresser. Du feu. Une cigarette. De la monnaie. Que sais-je? Il est de nos jours assez facile de deviner la bonne raison qui pousse un inconnu � vous aborder. Mais. Il me regarde en souriant et dit Excusez-moi mais vous avez de tr�s, tr�s beaux yeux. Et moi je reste immobile, je ne bouge ni un pouce ni un cil, je pourrai r�pondre merci, il en serait de convenance je suppose, mais je ne peux pas, je ne peux absolument ni bouger ni parler, et en moins de temps qu'il ne faut pour le r�aliser, il a d�j� fait demi-tour, est sorti et marche � ce moment d�j� hors de notre vue.
Je n'ai pas dit merci, et je ne m'en veux pas pour cel�, ou alors juste un peu, juste de n'avoir rendu pas m�me un sourire, pas m�me le son d'une voix, juste mon air stup�fait. Je n'ai pas dit merci, mais de toute fa�on je ne le pouvais pas. Il ne m'a pas laiss� le temps, il n'avait qu'� revenir sur ses pas.
Tranche d'une journ�e comme toutes les autres, mais d'une chose qui ne m'�tait jamais arriv�e. Je suis une fille discr�te. Lorsque l'on m'aborde, il y a toujours une raison bien ficel�e, une raison bien cach�e, ou pas, une raison tout b�te ou une raison toute d�raisonn�e. Mais cel�, aujourd'hui, dans l'art et la mani�re, dans l'art du spontan� et la mati�re � parler, m'a fait l'effet d'une d�claration sans pr�tention, venant d'un gar�on qui vu de l'ext�rieur ne semblait pas � m�me de faire cel�, non, jamais...l'effet an�sth�siant d'une d�claration, m�me pour cinq minutes, m�me pour cinq secondes, apaiser mes maux avec quelques mots.
La fatigue m'assomme, mais demain s�rement je dirai � quel point je crois avoir trop march� t�te baiss�e. A mon insu je me suis pi�g�e, enferm�e sur la vision de mes pieds au lieu de regarder devant moi comme je l'ai fait, sans m'en apercevoir aujourd'hui. Il est temps que cel� change. Il est temps de redresser la t�te. C'est un peu ce que ces mots m'ont dit aujourd'hui. Ces mots si je les transforme en signes, et si ces signes je les �coute. Ces mots si j'y ajoute un sourire, et la gratuit� de quelques secondes.
Peut-�tre quelque part m'attend quelque chose de pas si mal finalement.