Marche
internationale des femmes contre la pauvreté et la violence
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14 octobre -
Bruxelles
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Marche internationale des femmes contre la pauvreté et la violence
Le 8 mars la campagne pour les marches internationales des femmes a commencé, une initiative soutenue dans le monde par plus de 2.000 organisations, dont Militant. Des centaines de milliers de femmes ont manifesté ce jour-là principalement dans des pays comme l’Inde, le Maroc,... En Europe, le point culminant sera une grande manifestation à Bruxelles le 14 octobre, précédé par toute sorte d’activités locales dans les villes sur le tracé de la marche.
Les femmes ont raison de mettre en avant une série de revendications. Sous le capitalisme, plus on est riche, plus on a de droits. En général les femmes sont plus pauvres.
Bien que les filles obtiennent en moyenne de meilleurs résultats scolaires et que des études indiquent que les femmes ont toutes les qualités nécessaires "pour arriver" dans la vie économique et politique, nous voyons que la réalité est toute autre. La majorité d’entre-elles n’obtiennent que des boulots mal payés, temporaires ou partiels. Des emplois avec un salaire ne permettant pas d’être indépendante du salaire du chef de famille.
Cela ne s’améliore pas. Le salaire des femmes (en Europe de l’Ouest) ne représente en moyenne que 73% de celui des hommes. Les dernières 20 années les femmes ont été utilisées pour faire baisser les salaires en général. Les offensives contre les allocations sociales des femmes ont été consciemment destinées à les contraindre d’accepter un emploi mal payé.
La violence contre les femmes, dans et en dehors de la famille, est très répandue dans le monde. En plus cela croît avec l’approfondissement de la crise économique.
Prenons tout simplement l’industrie du sexe où il y a une détérioration in-ouïe. La crise en Asie du Sud-Est (1997) et puis en Russie, combinée avec les conditions de vie abomina-bles dans beaucoup de pays de l’ex-bloc de l’Est, ont accéléré la prostitution et la traite des femmes qui étaient déjà très répandues auparavant.
Plusieurs sources indiquent que la traite des femmes est en train de devenir un secteur plus important que le trafic de drogues. Une femme rapporterait de 5.000 à 10.000 dollars. Dans des pays comme le Népal, où la pauvreté est extrême, des gamines de 7 ans sont insérées dans l’industrie du sexe.
La violence dans la famille bat aussi des records. En Russie 12.000 fem-mes meurent annuellement des vio-lences subies de leur partenaire. Au Pakistan, 80% des femmes sont con-frontées à la violence au sein de la fa-mille. Mais pas seulement dans ces pays! Aux États-Unis, chaque année au moins 1,8 million de femmes sont agressées par leur partenaire.
Dans pratiquement toutes les guer-res, le viol et la maltraitance sont utili-sés comme "arme de guerre". La majo-rité des réfugiés dans le monde sont des femmes - ce qui n’est pas éton-nant puisque les femmes sont partout dans le monde traitées comme des êtres de deuxième ou de troisième ordre.
Souvent on dit qu’on peut mesurer le degré de civilisation au statut des femmes dans la société. Malgré tout les cris de joie parce que les femmes auraient enfin obtenu "l’égalité" - et cela sur base de plus de possibilités de promotion dans la vie économique et politique pour un minimum de femmes - nous devons constater aujourd’hui que notre civilisation à l’air barbare.
Probablement dans le ca-dre d’une opération de char-me des partis traditionnels envers les électrices, aucun parti n’offre un programme qui peut effectivement chan-ger la vie de la majorité des femmes.
Oui, la majorité des orga-nisations de femmes des partis politiques ont souscrit la plate-forme de la Marche des Femmes, mais on peut douter que les femmes du PRL, des FPS,... et d’autres se battent pour faire appli–quer ce qu’elles ont sig-né, notamment la revendication du droit individuel à la sécurité sociale (ce qui veut dire suppression des exclusions du chômage).
Aucune confiance dans les partis politiques tradition-nels! Qua faire alors? Se battre contre les bas salai-res, contre les mauvaises conditions de travail, contre le manque de droits con-cernant les allocations, con-tre la violence au sein de la famille et ailleurs, contre le sexisme dans la publicité et les médias,... mais comment et avec qui?
Comme l’émancipation de la classe ouvrière ne peut être que le travail de la clas-se ouvrière elle-même, les travailleuses ne pourront s’émanciper des charges que le système leur impose en luttant elles-mêmes, avec leurs collègues masculin, pour une meilleure vie.
L’état social actif et les femmes
Les femmes de la classe ouvrière connaissent déjà l’état social actif. Depuis des années des femmes sont exclues de toutes sortes d’allocations afin de les pousser à accepter les pires conditions de salaire et de travail. Les suspensions du droit aux allocations de chômage et la création du statut de cohabitant ont contraint beaucoup de femmes à accepter des emplois de 15 à 16.000FB par mois pour 20 heures de travail par semaine.
Bien que le chômage reste plus élevé pour les femmes que pour les hommes, la majorité des "nou-veaux" emplois sont pour les fem-mes. Ce sont des emplois avec des bas salaires. Les contrats sont gé-néralement temporaires. De plus beaucoup de femmes sont enfermées dans le système des ALE.
C’est une évolution en cours de-puis 20 ans. Ce n’est pas une réponse à la demande des femmes pour un emploi, mais une tentative consciente des patrons pour utiliser (avec la complicité de l’État qui a privé de plus en plus les groupes faibles de leur droit aux allocations) les groupes les plus faibles du mar-ché du travail pour imposer des bas salaires, des contrats adaptés aux besoins des patrons et de mauvai-ses conditions de travail qui seront ensuite imposés graduellement à tous les travailleurs.
Ils y sont déjà arrivés en grande partie: la division de la classe ou-vrière sur base du racisme et du sexisme a donc clairement un but économique.
L’état social actif n’est rien d’autre que la continuation de cette poli-tique, malgré le bel emballage. Après les élections communales nous pouvons nous attendre à ce que se poursuive le démantèlement de la sécurité sociale et des services publics pour lesquelles nos parents et grands-parents se sont battus avec acharnement. Pour forcer réellement les femmes à être productives au travail et à assumer simultanément les tâches ménagères, il faut encore leur faire avaler un certain nombre de mesures. Chaque fois que ce gouvernement démantèle un acquis social, c’est présenté comme quelque chose de progressiste. Ainsi, la proposition de Mieke Vogels (ministre Agalev dans le gouvernement flamand) concernant l’augmentation du nombre de places dans les garderies d’enfant à domicile. Avec ce gouvernement il ne faut pas chercher les vipères dans l’herbe, mais l’herbe parmi les vipères!
10.000 places de garderies en plus, ça sonne bien - bien que Kind en Gezin (l’équivalent en Flandre de l’Oeuvre Nationale de l’Enfance) estime que c’est trop peu.
La vraie question est: à qui ces garderies serviront-elles? Claire-ment pas pour les femmes qui oc-cupent les nouveaux emplois car leurs salaires sont trop bas.
Pour Mieke Vogels il ne s’agit pas de garderies subsidiées dans le domaine public, mais de subsides à des gardiennes à domicile. Il y a même une touche de cynisme: les mères qui aujourd’hui sont obligées d’être femmes au foyer seront en-couragées par Vogels à devenir gardienne à domicile avec une pri-me.
Comble du cynisme. Des mères ne peuvent pas travailler à l’exté-rieur sans perdre de l’argent étant donné les bas salaires et les prix de la garderie. La solution de Vo-gels: les obliger à devenir indépen-dantes (elles sortent ainsi du circuit des salariés en matière de sécurité sociale) et organiser une garderie pour leurs propres enfants et ceux des autres. Nous sommes encore loin de la notion que toute la société a une tâche à remplir envers les enfants.
L’état social actif nous poussera encore plus loin. Beaucoup de gens sont encore aveuglé par la propagande du "nouveau" gouver-nement sans comprendre qu’il est en train de miner notre système de sécurité sociale.
Une fois que les conséquences deviendront claires les travailleurs demanderont des comptes à Ver-hofstadt, Onkelinx, Vogels et Compagnie. Et parmi ces travail-leurs, il y aura pas mal de travail-leuses!
Militant, le CIO et la marche des femmes
Militant est bien entendu d’accord avec la plupart des revendications de la marche des femmes. Le problème est que ces revendications apparaissent plutôt comme des voeux pieux, comme une supplication adressée aux états et aux institutions internationales. En adoptant cette attitude aucune de ces revendications ne pourra être arrachée.
Ainsi, on demande aux sept pays les plus riches de partager leurs ri-chesses avec le monde entier. Bill Gates fera parfois la charité de quelques millions, mais partager ses richesses... jamais!
Pour réaliser un nombre de ces revendications - et toute revendication coûte de l’argent, de l’argent qu’on peut seulement aller prendre là où il est - nous devrons au con-traire exproprier la petite minorité qui possède et contrôle les richesses et transformer les secteurs clé en propriété publique sous le contrôle et la gestion de la majorité de la population.
Ceux qui prennent aujourd’hui au sérieux la revendication d’une vie décente pour chacun doivent recon-naître que le système capitaliste n’est pas capable de garantir cela. Une entreprise qui offre à ses ou-vriers des conditions de travail et des salaires décents, qui ne distri-bue pas de dividendes à ses action-naires et qui investit en fonction des besoins de la majorité de la population va tout simplement en faillite. Il nous faut une base sociale et écono-mique différente si nous voulons ob-tenir les revendications de la marche des femmes.
Il ne suffit donc pas de participer aux marches et d’apporter un sou-tien aux "campagnes des femmes". Les femmes au travail obtiendront leurs revendications surtout par la lutte sur le lieu de travail, une lutte dans et avec les syndicats.
Aujourd’hui les syndicats n’ont au-cune stratégie pour organiser les tra-vailleurs qui occupent les "nouveaux emplois" (heures flexibles, statuts précaires...) dans la lutte pour amé-liorer leurs conditions.
Les structures des syndicats vi-sent toujours quasi exclusivement les gens avec un emploi stable. De plus, les directions syndicales ne veulent pas mener la lutte contre la flexibilité en utilisant les moyens qui sont à leur disposition. Les femmes devront donc lutter à coté des jeunes et des immigrés pour un changement au sein des syndicats même.
Mais il faut aussi une lutte poli-tique. Les organisations des femmes ont régressé et sont devenues des organisations qui s’occupent premiè-rement à obtenir plus de postes pour les femmes dans les cercles de managers et de politiciens. C’est-à-dire un problème qui n’intéresse qu’une petite minorité de femmes alors que la majorité des femmes doivent me-ner la lutte contre les patrons… qu’ils soient hommes où femmes.
Il faut lutter au coude à coude avec les hommes pour que chacun ait une vie correcte. Un parti du mon-de du travail, qui défendrait concrè-tement les intérêts des travailleurs, des chômeurs, des pensionnés, des jeunes, des femmes, des immigrés... est impossible sans la participation active des femmes et l’insertion dans le programme des revendications des femmes qui représentent la moitié de la classe des travailleurs.
En outre, les femmes doivent avoir la possibilité - si elles en voient la nécessité - de s’organiser séparé–ment dans des organisations et des cam-pagnes qui mènent une lutte spécifique sur un certain nombre de sujets les concernant les femmes et sur lesquels il faut aussi lutter au sein de la classe ouvrière.
Ces organisations devront être re-construites: elles ne tomberont pas du ciel, mais seront le résultat de luttes d’envergure.
Entre-temps nous ne devons pas baisser les bras: tous à la manifestation du 14 octobre à Bruxelles! Et surtout: orga-nisez-vous pour mener la lutte dès maintenant!
Militant n’est pas une grande organisation, mais elle est com-posée de membres ac-tifs qui veulent et peu-vent mener une lutte réelle. Nous sommes engagés dans des mouvements sur dif–férents terrains, dans la lutte contre le sexisme, contre les normes ou critères de beauté qui poussent les adolescentes à cesser de s’ali-menter pour rester mince, mais aus-si contre les bas salaires et les mau-vaises conditions de travail, etc.
Intéressée? N’hésite pas et con-tacte nous - nous serons heureux de t’inviter à une réunion ou activité de la Commission femmes et/où à une de nos sections locales.
"Si elle te plaît
tu peux la garder"
Non, il ne s’agit pas ici d’une annonce érotique ou matrimoniale ... c’est le slogan de T-Intérim, le bureau intérim de l’ONEM en Flandre. Les responsables de T-Intérim n’ont jamais entendu parler du harcèlement sexuel au travail? En plus sommes nous d’accord qu’une entreprise puisse licencier les travailleurs "qui ne lui conviennent pas"? Bien sûr que non. Mais ce n’est pas à première vue l’avis de T-Intérim.
Dans la publicité, il n’est plus aujourd’hui nécessaire de représenter la femme à moitié nue, on essaye de représenter le sexe de façon plus suggestive, plus subtile.
Mais la question n’est pas posée: quelle est la relation entre le travail intérim et la sexualité? Entre la limonade et la sexualité? Ou avec une voiture?
Selon l’idéologie dominan-te, les femmes ne feraient plus l’objet de discriminations Alors pourquoi devraient-elles s’en faire si le corps de la femme est utilisé ou sug–géré dans un but commercial? De toute façon, elles aiment le sexe.
Il ne s’agit pas ici - comme les sexistes le prétendent - de pruderie si on réagit contre des remarques sexistes ou des avances suggestives, mais tout simplement du droit de choisir son ou sa partenaire au moment souhaité.
Au travail, si mon chef suggère quelque chose, je le trouve dégoû-tant. S’il suggère régulièrement, il est coupable de harcèlement sexuel, quelque chose qui peut rendre la vie au travail très pénible.
Est-il normal que les femmes sont automatiquement considérées com-me objets sexuels? Est-ce qu’elles sont si irrésistibles? Pas du tout. Il s’agit ici d’une industrie qui représen-te les femmes de telle façon et cela non seulement dans l’industrie por-nographique mais aussi dans les campagnes publicitaires qui essa-yent de vendre leur camelote en faisant référence au corps de la femme.
Il n’y a pas d’automatisme qui fait que les femmes doivent se sentir mal à l’aise dès qu’elles sont regardées et traitées comme des objets sexuels, cette atmosphère a été créée. Cela ne se limite pas à se faire siffler en rue, ni au pelotage, ni aux remarques salées - bien que tout cela ait un aspect profondément humiliant. Essayez de vous sentir à l’aise à l’école où au travail si vous chuchote sans cesse des insanités. Les pressions pour avoir des relations sexuelles augmentent. Ainsi, aux États-Unis plus de la moitié des filles ayant eu une expérience sexuelle avant 17 ans avouent l’avoir fait sous pression de leur entourage. Dans certains cas, il s’agissait d’un viol pur et simple. Dans la majorité des cas, c’était sous pression de leur milieu ("Il ne faut pas être trop prude n’est ce pas?")
Au cours de ces dernières années, le date-rape (il s’agit d’un viol prémédité en eni–vrant sa partenaire) n’a fait qu’augmenter. Une pratique de plus en plus courante est de verser du Rohypnol dans les boissons alcoolisées des femmes pour avoir une partenaire sexuelle "consen–tante".
Malgré cela il y en aura encore prétendre, du coté des cercles scientifiques, que le viol est "un processus de reproduction normale". "C’est biologique, il n’y a rien à faire!"
Tout le progrès dans la recherche sur les causes culturelles de l’oppression des femmes - afin de pouvoir la combattre - est aujourd’hui annulée. Pas parce que les hommes sont mauvais mais parce que le système capitaliste a besoin de l’oppression des femmes - et donc du sexisme - pour se perpétuer.
Luttons ensemble pour un système qui veut vraiment mettre fin à toute discrimination!