Coup d'état militaire au Pakistan

 

Le 12 octobre, les militaires se sont subitement emparé du pouvoir au Pakistan. Les réactions de l'étranger sont prudentes. Avec l'arrivée des militaires pakistanais au pouvoir, les tensions avec l'Inde risquent de croître. Les deux pays détiennent l'arme nucléaire. Au Pakistan les réactions ont été rares. Même le parti du Premier ministre Nawaz Sharif n'a pas protesté, ce qui montre son isolement complet. En certains endroits ont même éclaté des scènes de joie à l'annonce du coup d'état. Une joie qui risque cependant de rapidement tourner court.

 

Le Pakistan traverse une profonde crise économique et sociale. Les institutions de l'état ne fonctionnent pas, les fonctionnaires et les ministres sont totalement corrompus, le pot-de-vin est la façon d'obtenir quelque chose, l'élite dirigeante est divisée et il y a de plus en plus de conflits entre communautés religieuses. Un effondrement économique menace le pays et c'est la classe ouvrière et les paysans pauvres qui en paieraient le prix. Le coup d'état servira à accroître l'exploitation des travailleurs et de la population pauvre.

Que s'est-il passé? Nawaz Sharif, le Premier ministre, avait annoncé à la télévision le renvoi du général Moucharraf, chef des forces armées. Les militaires ont alors pris le contrôle des médias, et des aéroports. Les bâtiments gouvernementaux et le domicile des principales personnalités politiques ont été cernés par l'armée. Le général Moucharraf a annoncé la dissolution du gouvernement.

Le gouvernement de droite de Sharif, dirigé par le PML-N (Ligue Islamique pakistanaise - Nawaz), a été élu en janvier 1997. Depuis lors plus de 100.000 travailleurs ont été licenciés, le coût de la vie s'est envolé et les subventions alimentaires ont été coupées sans merci. On prévoit encore plus de licenciement dans les entreprises publiques.

En même temps Sharif et sa clique se sont enrichis. Les grèves et les manifestations étaient pratiquement interdites et quelques syndicats du secteur public avaient été mis hors-la-loi. "La démocratie" était une farce. La haine contre Sharif était donc profonde au sein de plusieurs couches de la société.

Les tensions entre les militaires et le pouvoir ont atteint leur paroxysme lorsque Sharif, sous la pression de l'impérialisme américain, a voulu sabrer dans le budget de l'armée et a voulu entamer des négociations avec l'Inde sur l'avenir du Cachemire. C'était une menace sérieuse pour le prestige et le pouvoir des militaires.

Les généraux étaient publiquement divisés sur le coup d'état. Fallait-il un régime militaire ou une façade démocratique? Un régime militaire pouvait provoquer des mouvements de masse de protestation. Une façade démocratique pouvait faire naître à nouveau l'instabilité. Seuls trois des sept commandants de corps ont soutenu Moucharraf. Les autres ont entre-temps été arrêtés et doivent comparaître en Cour martiale.

La raison de ces hésitations est la marge de manoeuvres étroite des militaires. Ils sont confrontés à une aspiration croissante à l'autonomie de la part de certaines provinces et de minorités nationales. Les tensions sont redoublées en raison de la situation économique et sociale. L'élite dirigeante et l'armée même sont vues comme une élite chauvine pro Pendjab. L'armée a été longtemps divisée entre une aile pro américaine et une aile pro islamiste.

Une fois l'option d'un gouvernement civil écartée, les généraux devaient agir rapidement. Ne rien faire aurait mené à l'ouverture d'un dangereux vide du pouvoir. Le Conseil national devait se réunir le 15 octobre. Les militaire craignaient qu'il n'agisse indépendamment de ceux-ci et constitue donc une menace pour le coup d'état.

Ils ont donc annoncé l'état d'urgence le 12. La constitution, le Sénat, le Conseil national, les Conseils régionaux,... ont tous été suspendus. Les ministres ont été renvoyés. Malgré leurs dénégations, les militaire appliquent l'état de siège. Ils ont goûté au pouvoir et peuvent se montrer récalcitrants pour le rendre à des civils. L'état de siège représente une menace sérieuse pour tous les socialistes et pour tous les militants ouvriers et même pour les libéraux. Des groupes islamistes peuvent être encouragés à les attaquer.

Le nouveau régime est cependant très instable. Sa politique va zigzaguer entre des actions contre les éléments les plus corrompus du régime de Sharif et, si nécessaire, contre les masses et les minorités nationales. Les militaires ont commencé par geler les comptes bancaires de Sharif et de sa famille. C'est évidemment une mesure populaire.

La transition vers un gouvernement civil n'est pas prévue dans l'immédiat. Sous la pression, les généraux peuvent à la longue être forcés de consentir à une sorte d'administration "civile". Le président Rafik Tarar n'est pas renversé afin de laisser la porte ouverte à une telle option. Mais étant donné l'instabilité extrême régnant dans le pays et au sein même de la caste militaire, la situation peut changer de jour en jour.

Les États-Unis et les autres puissances impérialistes ont manifesté leur désapprobation de l'état de siège principalement pour tenir compte de l'opinion publique internationale. Mais le cauchemar le plus terrible de l'impérialisme est de voir naître des états "brigands" incontrôlés et dotés d'armes nucléaires. Les États-Unis imposent difficilement leur politique dans la région. L'agacement des grandes puissances face au refus de Sharif d'essayer de maîtriser la corruption et d'appliquer les programmes d'austérité du FMI à mené la Banque mondiale et le FMI à refuser un prêt de 280 millions de dollars.

Une grande partie de la population pakistanaise a des illusions envers les militaires. La moitié de la population a moins de 25 ans et n'a presque aucun souvenir de la dernière dictature militaire. Beaucoup de jeunes espèrent que le coup d'état va mener un peu de stabilité et de meilleures conditions de vie. Cet espoir va cependant être brutalement écrasé.

Quelques militants reconnaissent que le retour d'une régime militaire est un pas en arrière et parmi les éléments les plus combatifs il y a une réelle volonté de lutte. Les organisations ouvrières sont cependant relativement faibles. Aucun des dirigeants syndicaux n'a réagi aux attaques brutales du gouvernement Sharif et beaucoup de travailleurs sont donc démoralisés.

Le féodalisme et le capitalisme n'ont apporté aux travailleurs et paysans du Pakistan que la pauvreté, la souffrance et la guerre. Seules les masses pakistanaises, dirigées par la classe ouvrière, peuvent garantir une régime vraiment démocratique et mettre fin aux situations intolérables sur le plan social. C'est d'une importance vitale pour les marxistes et les militants pakistanais d'organiser la lutte contre la junte militaire.

Le passage à l'action immédiate préparera les meilleurs militants à un changement dans la conscience des masses, une fois que les illusions de stabilité sociale seront ruinées par la réalité du régime des militaires.

Cela provoquera des explosions sociales. On a déjà vu en Indonésie qu'un dictateur aussi brutal que Suharto ne peut maintenir son pouvoir une fois que les masses se mettent en mouvement. Si les meilleurs militants sont bien préparés, ces mouvements peuvent mettre fin au féodalisme et capitalisme et mettre en avant une alternative socialiste, pas seulement en Pakistan même, mais dans tout le sous-continent indien.

Cet article a été écrit à partir de la déclaration du CIO du 15 octobre. Disponible en anglais sur internet à l'adresse suivante: [email protected]

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