Timor-Oriental
Enfin libre?
Début septembre, 78% de la population est-timoraise a voté pour l'indépendance malgré les actes sanglants d'intimidation. La population a campé devant les bureaux de vote, marché pendant des heures pour aller voter et fait la fête sous un soleil de plomb après avoir voté. Après le référendum, des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir devant les bandes de pillards et d'assassins qui tiraient sur tout ce qui bougeait. Les milices ont pu massacrer impunément puisque l'armée indonésienne laissait faire. Le chef de la plus importante milice s'est envolé début septembre pour Djakarta pour se concerter avec les officiers supérieurs de l'armée, si pas avec le gouvernement.
Entre-temps, il ne faut pas attendre à ce que les Est-Timorais se laissent massacrer sans défense. Une force d'autodéfense armée, contrôlée et dirigée par des représentants des travailleurs, des paysans pauvres et des étudiants peut protéger la population et chasser les milices. Le Comité pour une Internationale ouvrière (CIO) et sa section belge, Militant, soutiennent l'exigence des Est-Timorais à l'indépendance et le droit à l'autodétermination. Le retrait immédiat de toutes les troupes indonésiennes, le désarmement et la neutralisation de toutes les milices n'est donc qu'une première étape certes, mais non négligeable.
Le gros des troupes de l'ONU (de 7.000 à 8.000 hommes dont 4.500 Australiens) a entre-temps débarqué au Timor-Oriental. Des clameurs de protestation se sont élevées dans plusieurs villes pour dénoncer l'intervention étrangère et plusieurs organisations incitent la population à se battre contre les troupes de l'ONU. Cette intervention de l'ONU sera une opération de longue haleine. On parle déjà de 5 ans.
Militant est opposé à l'intervention de l'ONU, qui n'intervient pas pour sauver la population mais pour stabiliser la situation en Indonésie et les pays voisins. Les grandes puissances capitalistes veulent à tout prix éviter que l'Asie du Sud-Est ne plonge dans le chaos. En outre, le bilan des interventions armées de l'ONU, ces dernières années, est plutôt négatif (Rwanda, Bosnie, Somalie). Les Nations-Unies expliquaient auparavant que l'armée indonésienne devait être chargée de la protection des Est-Timorais. Autant demander au renard de surveiller le poulailler.
L'Indonésie ne pourra pas se permettre d'aller trop loin. L'économie indonésienne est fortement dépendante des prêts du FMI contrôlé par les grandes puissances capitalistes. N'oublions pas que la crise économique en Asie est très récente et que l'Indonésie est une des économies les plus importantes et les plus lourdement touchées de la région.
Dans la presse bourgeoise, on "oublie" de mentionner que le dictateur Suharto, qui a pris le pouvoir en 1965 par un coup d'état sanglant (1 million de morts) a été soutenu par les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Australie, au nom de la lutte contre le communisme. C'est sous Suharto que le Timor-Oriental a été violemment annexé. Depuis 1975, 200.000 Est-Timorais sont morts sous une répression féroce. En outre, les grandes puissances impérialistes ont armé le régime des années durant (comme pour d'autres conflits: Yougoslavie, Irak,...). Fin septembre, le gouvernement britannique a décidé de vendre des avions de combat à l'Indonésie. Le dictateur Suharto n'a été chassé que l'an dernier, après un soulèvement de masse. Peu de choses ont changé sous Habibie, le nouveau président, qui ne peut rien entreprendre sans le soutien de l'armée qui n'avait de toute évidence aucune intention de céder le Timor-Oriental. Un général a déclaré: "S'ils gagnent dans les urnes, nous gagnerons par les armes". Un retrait complet de l'armée indonésienne semble toutefois le scénario le plus probable. Certaines régions de l'Indonésie en proie aux troubles depuis plusieurs mois vont y puiser de la force.
Xanana Gusmao, le principal représentant du mouvement indépendantiste CNRT, récemment libéré d'une prison indonésienne, approuve une intervention onusienne de longue durée. Il est probablement l'une des rares personnes acceptée par la population comme chef d'un gouvernement est-timorais en exil. Il est suivi de très près par les gouvernements occidentaux et les hommes d'affaires. D'importantes compagnies pétrolières veulent exploiter l'or noir du Timor-Oriental. Gusmao donne déjà des signes de vouloir rester en bons termes avec le régime indonésien et avec les principaux pays capitalistes. Lorsqu'il a été libéré le 7 septembre, Gusmao a appelé le mouvement de guérilla à ne pas commencer une guerre civile, alors que le massacre de la population par les milices avait déjà commencé. Gusmao ne réussira pas à satisfaire les aspirations de la population dans une économie basée sur le modèle capitaliste.
Des contacts étroits sont établis entre des représentants du CIO et du PST, le Parti socialiste timorais, pour organiser la solidarité sur les plans pratique et politique. Bien que le PST, fortement impliqué dans la lutte pour l'indépendance, ait argumenté pour la formation d'un gouvernement de coalition de transition, il se prononce pour un Timor-Oriental socialiste.
L'indépendance en soi n'est pas suffisante pour libérer les Est-Timorais de la pauvreté, de la faim et de la violence. C'est pourquoi l'indépendance doit être directement couplée avec un État socialiste, librement choisi, qui lutte contre toute forme d'oppression ethnique ou religieuse et qui aide en outre les travailleurs des pays environnants à mener la même lutte.