Avec Di Rupo à la tête du PS...
Le néolibéralisme à toute vapeur
Le 8 et 9 octobre, 100.000 membres du Parti socialiste éliront leur nouveau président au suffrage universel direct. Jusqu'à présent, le président était élu par un congrès de quelques centaines de délégués. Cette élection est taillée sur mesure pour plébisciter Elio Di Rupo, pratiquement le seul responsable du PS ayant amélioré son nombre de voix lors des élections de juin dernier, alors que le parti a atteint son score électoral le plus bas. Depuis les élections de 1987, le PS a perdu un tiers de ses électeurs (de 961.000 à 631.000 voix).
On s'acheminait au départ vers une élection avec un candidat unique - Di Rupo - soutenu par la direction du PS soucieuse de regagner du terrain aux prochaines élections communales. Di Rupo est populaire, il ne s'inscrit pas dan s le clivage Communauté/Région qui divise habituellement le PS et son charisme lui donne une image "jeune".
Di Rupo projette de cumuler la présidence de la Région wallonne avec le poste de président du PS jusqu'au 1er Mai 2000, date à laquelle Jean-Claude Van Cauwenberghe lui succéderait à la Région wallon ne. D'ici là, Di Rupo veut mettre sur les rails son "contrat d'avenir" pour la Wallonie: développement durable à travers les PME, emplois pour les jeunes, accès à la formation professionnelle dès l'âge de 16 ans, administration au service du citoyen, harmonisation du prix de l'eau, représentation des usagers des TEC auprès des autorités,... le tout dans les normes de stabilité définies par l'Europe. En clair: priorité ; aux secteur privé et surtout aux PME, emplois au rabais, formation des jeunes selon les besoins de l'industrie, démantèlement du statut des agents des services publics, privatisation de l'eau, casser la puissances des syndicats aux TEC,... Pour l'instant, les interlocuteurs sociaux (syndicats, classes moyennes) boudent car Di Rupo veut les court-circuiter en organisant directement des forums de discussion avec le monde associatif, les universités, les artistes, la population.
Le 18 septembre, lors de son allocation à l'occasion des fêtes de Wallonie, Di Rupo a dévoilé le plus son projet néolibéral qui a d'ailleurs ravi les invités du VLD, le premier ministre Guy Verhofstad t et le ministre-président de la Flandre Patrick Dewael. "J'ai noté des accents que je n'avais pas connu dans le passé" s'est écrié Dewael en entendant Di Rupo affirmer qu'entreprendre était "un acte civique essen tiel qui devait être soutenu par les pouvoirs publics" et qu'il fallait "créer un choc culturel pour sortir des années de grisaille". Di Rupo entend ainsi "faire taire le séparatisme: une Wallonie plus prospère garantira un meilleur équilibre de la Belgique toute entière." Bref, avant de savoir si Di Rupo jouira du soutien des membres de son parti, on sait déjà qu'il a le soutien de la direction du VLD!
Jean-Maurice Dehousse, qui vient de démissionner de son poste de bourgmestre de Liège pour aller siéger au parlement européen à la place de Busquin, a annoncé sa candidature à la présidence. I l prétend être un candidat de gauche et déclare vouloir défendre les services publics, s'opposer à la privatisation de l'eau et au néolibéralisme. Son exercice du pouvoir à la ville de Liège a pourtant prouvé ses méthodes musclées: chasse aux mendiants, matraquage des étudiants dans la trémie,... Comment Dehousse ose-t-il se prétendre à gauche après affirmé, il y a quelques ann&eacu te;es "être plus proche d'un patron wallon que d'un ouvrier flamand"? Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qui dispose du soutien de José Happart.
Anne-Marie Lizin, sénatrice et bourgmestre de Huy, a également annoncé sa candidature. Elle déclare vouloir un rapprochement du parti avec la FGTB. Quand au quatrième candidat Michel Villan, un homme de cabinet, il reste un parfait inconnu pour la masse des affiliés.
Il est fort probable que Di Rupo l'emporte. Mais si Dehousse fait un bon score, il pourrait devenir vice-président wallon du PS. Dans ce cas, la coexistence au sommet du PS entre le régionaliste Dehousse et le communautariste Philippe Moureaux, vice-président bruxellois du PS, serait tendue. La fracture entre régionalistes et communautaristes se répercuterait jusqu'au sommet, ce qui donnerait encore plus de marge de manoeuvre à un Di Rupo/Bonaparte pour ava ncer vers un néolibéralisme à toute vapeur.
Guy Van Sinoy