Sans papiers

Combien faudra-t-il

encore de Sémira?

par Jean Peltier

 

Il y a un an, l'assassinat de Semira Adamu par les gendarmes a commencé à ouvrir les yeux de beaucoup de gens sur la cruauté du traitement réservé dans notre pays aux demandeurs d'asile. Malgré l'émotion de la population et l'occupation des églises par les sans-papiers, le gouvernement précédent s'est contenté de gagner du temps et de faire quelques vagues promesses. Les expulsions musclées ont continué, cette fois par petits avions privés. Un centre fermé supplémentaire à été ouvert à Vottem.

Le gouvernement Verhofstadt vient de prendre de nouvelles mesures en matière de droit d'asile (voir notre analyse détaillé en page 7). Certains sans-papiers séjournant dans notre pays depuis longtemps pourront être régularisés pendant un cours de laps de temps. Mais ensuite, la politique de refoulement sera la même, sinon pire.

Le ministre de l'Intérieur Duquesne veut "accélérer la procédure": c'est-à-dire moderniser la machine à expulser. Et si les charters et les avions privés ne suffisent pas, on emploiera des avions militaires. Même si le gouvernement parvient à "améliorer" la technique, sur le fond, il ne tient pas compte de l'élément essentiel: pourquoi ces gens fuient-ils leur pays?

Selon la loi Vande Lanotte (toujours d'application), il faut pratiquement être un opposant politique "officiel" persécuté par la dictature de son pays pour bénéficier de l'asile. La masse des Kosovars qui fuient la guerre, la misère et l'hiver proche n'entrent pas dans cette catégorie. Ni les Tsiganes d'Europe centrale qui fuient les pogroms. Ni les Algériens broyés par une guerre civile horrible. Ni les Congolais qui fuient un pays exsangue, pillé hier par Mobutu et déchiré aujourd'hui par les combats.

La grande masse des sans-papiers fuient la misère, la faim, l'oppression, la répression, la guerre. La plus grande partie l'Afrique vit dans le dénuement car elle est pillée par les multinationales occidentales qui financent les dictateurs locaux. La grande majorité de l'ancien bloc de l'Est vit dans un océan de pauvreté provoqué la restauration du capitalisme sauvage.

Tant qu'on ne prendra pas le problème à la racine en luttant contre les causes qui poussent ces gens à fuir, de nombreux candidats réfugiés continueront à tenter de franchir les frontières et de nouveaux drames comme celui de Sémira se produiront.

La seule solution, c'est d'accueillir tous ceux et celles qui en ont besoin et de lutter avec eux pour une société où la production des richesses sert au bien-être de toute la population et pas à enrichir quelques-uns. Ici et là-bas.

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