Les contradictions s'aggravent
Aliments manipulés génétiquement, poulet à la dioxine, viande aux hormones, bananes,... Les guerres commerciales se succèdent les unes aux autres. Les scandales dans l'industrie alimentaire ont mis à nu le cynisme des patrons dont la «morale» se résume à: «tant que ça rapporte, rien d'autre ne m'importe». Et tant pis si des gens tombent raides morts après avoir avalé leurs salades.. . au propre comme au figuré.
Pourquoi ces conflits entre les blocs commerciaux? Parce qu'il est de plus en plus difficile de faire du profit dans un monde qui s'enfonce dans la crise provoquée par la surproduction et une baisse de la demande. La presse belge ne donne que parcimonieusement et très sélectivement des commentaires sur la situation économique mondiale. Les analystes internationaux ne sont pas rassurés.
Paul Volcker, ex-président de la Réserve fédérale américaine, résume bien la situation: «Le monde entier dépend de l'Amérique, l'économie américaine dépend du consommateur, celui-ci dépend de Wall Street et Wall Street dépend de 50 entreprises dont la moitié n'a jamais fait de profit».
La croissance ininterrompue de l'économie américaine a jusqu'à présent évité que la crise asiatique, qui sévit depuis 1997, n'entraîne l'Europe et l'Amérique dans la récession. L'effondrement économique asiatique et la fuite des capitaux (218 milliards en 1998, principalement vers les États-Unis) qui en a résulté ont donné à l'économie US la marge qui lui a permis d'échapper pour un temps à ses problèmes.
La croissance de l'économie américaine est basée sur une forte augmentation de la consommation grâce au crédit à bon marché et aux dividendes élevés de la Bourse, tous deux financés par les investisseurs étrangers qui voient les Etats-Unis comme un "havre de paix". L'afflux de capitaux étrangers commence à ralentir, les prévisions de croissance pour les États-Unis sont passées de 4,3% à 1,8%, une pression inflatoire subsiste sur le dollar.
En même temps, plus de la moitié de la planète est plongée dans une crise profonde. La reprise modérée au Japon et la faible croissance européenne dépendent en grande partie des exportations vers les États-Unis. L'éclatement de la bulle financière US réduira tout cela à néant.
La seule "issue" trouvée par la bourgeoisie pour échapper à cette spirale est la destruction "créative" de capital. Les restructurations, le cloisonnement de "leur" marché par des guerres commerciales en sont le prélude. On voit les conséquences de la destruction de capital chez Daewoo, le géant industriel coréen. De ses 21 départements il n'en reste plus que 6. Tous les investissements étrangers sont reportés. L'emploi de 2.500.000 de travailleurs coréens est menacé. On parle de 110.000 licenciements immédiats.
La population laborieuse n'a pratiquement pas bénéficié du "boom" économique de cette décennie. Un milliard et demi de personnes vivent plus mal aujourd'hui qu'il y a dix ans. Il y a plus de 100 millions de pauvres en Occident. Aux États-Unis, le revenu des 60% les plus pauvres a continué de baisser lors de cette décennie. Il y a dix ans, lors de la chute du Mur, la bourgeoisie proclamait "la fin de l'histoire". Ce triomphalisme a aujourd'hui disparu.