Julie et Mélissa
Comment débloquer l'enquête?
«On va bientôt nous dire que Marc Dutroux était un gentleman... puisque son seul but dans cette affaire était d'agrandir sa famille». C'est Arthur Haulot qui parle ainsi en cette fin d'après-midi d'août 1999, à l'occasion du 3e anniversaire de la découverte du corps de Julie et de Mélissa.
Après trois ans d'enquête, l'enquête patauge. Qui les a kidnappées? Pour quel mobile? Les rares certitudes du début sont à présent remises en cause. Une nouvelle expertise sur base de photos des fillettes a été demandée à un expert français qui en a déduit qu'elles n'avaient (peut-être) pas été violées. Pourquoi cette seconde expertise sur base de photos, alors que les trois experts belges avaient conclu de façon unanime au viol après l'examen des corps des deux fillettes?
Assisté d'un expert psychiatrique, le juge d'instruction Langlois avance l'argument suivant: si les fillettes n'ont pas été violées, c'est simplement que Dutroux n'a pas la "structure mentale" d'un pédophile. Il avait déjà à son actif le viol de (très) jeunes filles pubères. Pourquoi n'aurait-il pas pu aussi violer des enfants?
A grand renfort d'experts on tente maintenant d'accréditer les thèses les plus invraisemblables. Oubliés les indices matériels sans équivoque retrouvés chez Dutroux (ex: le speculum). Oubliées les constats lors de l'autopsie des fillettes. Oubliées les cassettes vidéo dont on attendait tant d'indices.
Pourquoi cette enquête à reculons? Pour quel motifs? Judiciaires? Politiques? Ou autres? La réforme de la justice et de la police promettaient plus de transparence.
Au début, la thèse du réseau pédophile n'avait que des partisans dans la presse et même parmi les enquêteurs. Le contexte de polycriminalité dans lequel évoluait Dutroux plaidait largement en ce sens, tout comme les "dysfonctionnements" hautement suspects de la police et de la gendarmerie après l'enlèvement des victimes. Aujourd'hui, cette thèse est écartée par le juge Langlois. Dutroux serait un "prédateur isolé". A-t-on peur que Dutroux, accablé par tous, ne parle trop lors de son procès prévu en 2001?
Il s'agit d'une véritable révision de l'enquête. L'indignation est intense dans les comités blancs et dans l'entourage de tous les parents des enfants disparus ou assassinés. D'autant plus qu'on vient d'apprendre que quelques jours avant la formation du gouvernement, Tony Van Parijs (CVP), ministre de la Justice sortant, a reconduit en douce pour 5 ans le mandat du juge d'instruction Langlois sans en avertir Marc Verwilghen, le nouveau ministre de la justice.
Pour l'instant, beaucoup de membres des comités blancs du côté francophone font encore confiance à Marc Verwilghen car il a présidé la commission d'enquête et ses conclusions ont été cinglantes pour la machine judiciaire. Nous faisons le pronostic que Verwilghen ne fera rien pour persévérer dans cette direction: le gouvernement Verhofstadt a déjà assez de chats à fouetter comme cela (dioxine, gouvernement hétérogène) pour s'encombrer en plus d'une guérilla avec le pouvoir judiciaire. Vincent Decroly (Écolo) appelle la mise sur pied d'une seconde commission d'enquête pour corriger les dérives actuelles de l'enquête. Sera-t-il suivi par ses amis politiques au gouvernement?
Ce n'est pas la commission Dutroux qui a fait bouger les autorités politiques et judiciaires, mais la Marche blanche de 300.000 personnes. L'enquête Dutroux est actuellement enlisée, il n'y a qu'un mouvement d'en bas qui pourra la sortir de l'ornière.
Pierre Stone