Carnoy / Gand
Quatrième semaine de grève contre
le licenciement du délégué Raf Verbeke
En rentrant de congé le 4 août, Raf Verbeke a reçu un exploit d'huissier lui annonçant qu'il était licencié pour faute grave. Raf est délégué FGTB (CMB) chez Carnoy, une entreprise de fabrication de tubes métalliques. Dès que la nouvelle du licenciement s'est ébruitée, l'équipe de l'après-midi a cessé le travail et la grève a commencé, soutenue par les trois syndicats ouvriers (FGTB, CSC, Libéraux). Les employés ne soutiennent pas la grève.
Le motif officiel du licenciement est que Raf aurait pris en juillet ses jours compensatoires de réduction de travail de septembre et d'octobre. Mais le service du personnel avait approuvé sa feuille de congés. La véritable raison, c'est que Carnoy veut se débarrasser d'un délégué combatif qui a jouit du soutien de ses camarades de travail en pleine période de restructuration.
En mars de cette année, Carnoy a été racheté à Mannesman par NACAP, une filiale du groupe hollandais Koop. Le nouveau propriétaire voudrait bien faire le grand nettoyage dans le personnel. Un travailleur qui a 30 ans d'ancienneté a reçu à la moindre occasion une lettre recommandée de «dernier avertissement». Un autre a reçu la même lettre parce qu'il ne portait pas ses lunettes de sécurité. Le licenciement de Raf a donc mis le feu aux poudres.
La direction utilise tous les moyens pour tenter de briser la grève. Tout travailleur qui déclare vouloir travailler reçoit son salaire... sans avoir travaillé puisqu'un piquet de grève veille à l'entrée. Elle a ensuite diffusé une lettre dénonçant le prétendu absentéisme de Raf. Elle a ensuite saisi le tribunal des référés pour menacer les travailleurs du piquet de lourdes astreintes (200.000F par jour et par travailleur). Après deux semaines de grève, 76% des travailleurs ont voté pour la poursuite du mouvement; la direction a contesté le résultat du vote et a menacé de fermer définitivement l'entreprise. Depuis lors, elle téléphone tous les jours à chaque travailleur afin de convaincre d'éventuels jaunes à se déclarer prêt à travailler. Le 30 août, elle a acheminé quelques brigadiers et quelques employés dans la cour de l'usine... par hélicoptère.
Il s'agit d'un conflit test pour le mouvement ouvrier. Si la direction réussit son mauvais coup, ce sera un signal pour les autres patrons à quelque six mois des élections sociales.
L'intervention de Militant dans la lutte
Chaque jour, des membres de la section de Gand de Militant participent quotidiennement aux piquets de grève. Certains jours, nous avons même envoyé une vingtaine de membres. Nous donnons un coup de main pour renforcer l'équipe de nuit, l'équipe du matin et le piquet volant. Nous avons récolté de l'argent pour la caisse de grève et avons diffusé les tracts d'appel à la manifestation du 26/8. Nous nous efforçons aussi de susciter des motions de solidarité d'autres entreprises, de centrales syndicales y compris sur le plan international. Nous avons fait des tas de propositions pour aider la grève. Nous avons diffusé deux tracts de Militant: le premier lors de l'assemblée du 13/8 et l'autre à la manifestation du 26. Le soutien que nous apportons est beaucoup apprécié par les travailleurs en grève. A la manifestation du 26 août, nous avons d'ailleurs vendu 150 exemplaires de notre bulletin régional.
Comment progresser dans la lutte?
La direction campe fermement sur ses positions et menace de fermer. Elle utilise tous les moyens pour briser la grève. Résister à une telle pression dans une entreprise de taille moyenne n'est pas évident. C'est pourquoi Militant appelle à élargir la grève sur le plan régional.
Lors de l'assemblée du 13 août, nous avons proposé que soit déterminée une date, un lieu pour une manifestation de solidarité à Gand. En préparation de la manifestation, nous avons proposé que l'on fasse une courte interruption de travail avec assemblée d'information dans les entreprises.
Il est clair qu'une manifestation réussie comme celle du 26/8 (voir encadré) ne peut être le point de chute de la lutte mais qu'il s'agit d'un nouvel élan. Le pas suivant doit être la préparation d'une grève générale régionale de tout le secteur du métal. Un certain nombre de patrons souhaitent que le conflit de Carnoy cesse avant que la riposte des travailleurs ne s'étende à tous le secteur; ils n'ont pas envie de faire les frais de la manière brutale avec laquelle Carnoy traite ses travailleurs. A la manifestation du 26/8, nous avons diffusé un tract l'extension de grève, en commençant par le métal sur le plan régional. Beaucoup de travailleurs d'autres entreprises estimaient que c'était la seule façon réaliste d'obliger le patron à reculer. Notre proposition a été défendue par quelques travailleurs de C arnoy lors de l'assemblée du lendemain.
A la fin de la manifestation du 26, des secrétaires syndicaux ont pris la parole pour plaider en faveur d'une proposition de loi obligeant de réintégrer un délégué abusivement licencié. Nous n'avons opposé à une telle loi. La question essentielle est de savoir aujourd'hui quel parti est prêt à la défendre au parlement.
Le PS et le SP promettent depuis 11 ans qu'ils sont au pouvoir d'améliorer la protection des délégués. Mais ils n'ont pris aucune initiative concrète en la matière. Par contre le manager de Carnoy est une relation de l'échevin SP Termont. A votre avis, quel camp Termont va-t-il choisir?
Même dans le cas où il existerait une majorité parlementaire pour adopter une loi protégeant mieux les délégués, il faudrait encore le délai nécessaire pour la faire appliquer et cela ne sauverait donc pas Raf Verbeke. Dans l'immédiat, une grève régionale de tout le secteur est le prochain pas à faire. Afin de pouvoir aller plus loin par la suite, il faut faire connaître à l'échelle du pays ce qui se passe chez Carnoy.
C'est ce que nous nous efforçons de faire avec ce journal.
Encadré
Une lutte exemplaire...
Quatre semaines de grève de solidarité contre le licenciement d'un délégué, ce n'est pas rien! D'autant plus que Carnoy n'est pas ce qu'on peut appeler une grande entreprise: 178 ouvriers et une quarantaine d'employés. En outre il n'y a que 72 ouvriers qui travaillent au siège de Gand, les autres travaillent sur chantiers. Il n'est donc pas évident d'organiser la lutte dans de telles conditions.
Malgré cela, la lutte est une réussite grâce à plusieurs facteurs. D'abord une atmosphère de camaraderie ouvrière. Ensuite un principe de solidarité ouvrière: si l'on touche à un cheveu de l'un de nous, on s'en prend à tout le monde. Enfin, le travail syndical accompli depuis des années: bonne connaissance des dossiers, journal d'entreprise, délégation syndicale attentive à tisser des liens avec les délégations d'autres entreprises. Afin de montrer à tous la détermination des grévistes, les assemblées ont été ouvertes à tous ceux qui soutiennent la lutte.
...qui mérite votre solidarité!
Jeudi 26 août, une manifestation de solidarité appelée par les trois syndicats a rassemblé 1.500 personnes dans les rues de Gand. Il y avait des délégations de travailleurs du métal de Flandre (Volvo, Sidmar, Vynckier, Bombardier,...) et de Bruxelles. Des militants du MRS étaient également venus soutenir Raf Verbeke.
Vous aussi, manifestez votre soutien!. Venez en délégation rendre une visite au piquet. Envoyez un message de solidarité!
Après un mois de grèves beaucoup de famille de travailleurs doivent maintenant faire face à la rentrée scolaire. Tous ceux qui ont des enfants savent ce que cela coûte. Et ce n'est pas avec une indemnité de grève que l'on peut couvrir ces frais. Versez votre soutien financier au compte suivant de la délégation ouvrière: 961-1813762-51 avec la mention "Soutien à la grève".
Message de solidarité:
Raf Verbeke
Spitaelspoortstraat 84
9000 Gent
Tél/fax: 09/229.32.13
Adresse pour se rendre au piquet:
Carnoy
Industrieweg 74
9032 Gent (Wondelgem)