Agression raciste à Liège

 

Les skinheads sortent des égouts

 

Dans la nuit du 13 au 14 août, quatre skinheads s'en sont violemment pris à Elie Farez, un jeune métis, et à deux de ses amis. C'est vers 3h40 que les crânes rasés ont croisé les trois jeunes gens, rue Saint-Gilles. Ils ont commencé par cracher au visage d'Elie et à l'insulter. Mais les choses n'en sont pas restées là puisqu'un skinhead a sorti une matraque pendant qu'un autre exhibait un couteau. Les trois amis ont été violemment agressés et l'un d'entre eux a été sérieusement blessé à coups de couteau, mais ses jours ne sont pas en danger. Pour Elie, il en va tout autrement puisqu'il a été très grièvement touché par des coups de matraque portés à la tête. Résultat: une fracture du crâne et une sévère hémorragie cérébrale. A l' heure où nous mettions sous presse, Elie était toujours entre la vie et la mort.

Le 25 août, quelque 150 manifestants se sont rendus sur les lieux de l'agression pour crier leur indignation face à cette crapuleuse ratonnade. Mais 15 jours après l'agression, les enquêteurs ne semblaient toujours pas détenir de piste sérieuse. Hormis un portrait-robot de mauvaise qualité, les indices sont rares et les témoins inexistants, hormis les victimes. Pourtant, le milieu d'extrême-droite est plutôt restreint en région liégeoise, et c'est là qu'il faut chercher en priorité. Car il n'est pas difficile d'imaginer qu'après s'être retenus pendant de longs mois, avant les élections, les nervis de l'extrême-droite ont eu envie de "se défouler". Une envie d'autant plus irrésistible après la débâcle électorale que les fascistes ont connue du côté francophone.

Ces dernières années, Militant a été impliqué dans plusieurs campagnes contre la violence fasciste. En 1995-96, à Bruges, les cafés de gauche étaient systématiquement visités par des groupes de néo-nazis en uniforme, une action contre Shell (la multinationale qui soutient la dictature au Nigéria) y avait été attaquée par eux,... La gauche à Bruges était vraiment terrorisée par les fascistes. Avec le Comité national contre la Violence fasciste, nous sommes descendus chaque semaine dans la rue avec un groupe important et nous avons réussi à mobiliser 600 antifascistes. Un des leaders des fascistes, Jeroen Mol, n'a pa supporté la pression de cette forte campagne et a complètement perdu les pédales. Il a fait exploser une grenade dans son appartement en prétendant que c'était là l'oeuvre de Militant, mais il a dû vite avouer en être l'auteur.

En 1998, on a dû à nouveau mener une campagne de masse contre la violence fasciste, à l'université de Gand cette fois. Les meetings de gauche y étaient attaqués, les militants intimidés et même agressés. Cette campagne a permis d'isoler les fascistes et de montrer leur véritable nature auprès d'un large public. Nous avons mobilisé 1.000 antifascistes lors d'une contre-manifestation destinée à protester contre un défilé de l'organisation de jeunesse du Vlaams Blok, le NSV. Le NSV n'a pu alors mobiliser qu'une centaine de fascistes, alors que ses manifestations en rassemblaient habituellement 400 il y a quelques années.

A Liège, la situation est différente. Il n'y a pas de parti fasciste électoralement crédible qui puisse contrôler le milieu d'extrême-droite, ce qui y laisse le champ libre à des groupes de fascistes isolés tournés vers l'action directe violente. Il faut combattre et stopper ces groupuscules avec tous les moyens possibles, d'autant plus que personne n'ose encore réagir.

On ne peut stopper la violence fasciste que par une campagne unitaire où la population est informée et mobilisée. La manifestation du 25 août n'est qu'une première étape dans ce sens. Il ne faut pas attendre un nouvel acte de violence pour réagir à nouveau contre la violence des néo-nazis. Le quartier où les skinheads ont commis leur agression doit être informé de ce qui s'y est passé, les skinheads connus doivent en être chassés comme on le ferait pour n'importe quelle racaille violente. En démarrant maintenant une campagne, on peut éviter que les fascistes osent encore y remettre les pieds.

Pierre Stone

 

 


Le Militant
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