Kosovo

 

Après la guerre de l'OTAN ...

encore plus de misère!

 

La guerre est finie. Reste la misère. Y a-t-il une solution? Est-ce une victoire de l'OTAN qui justifie les bombardements? Ce qui est sûr, c'est que la région est à plat. Après toutes les promesses non tenues lors d'autres conflits il faut mettre des points d'interrogation sur les promesses de "pacte de stabilisation" et "d'aide humanitaire". On a prétendu que c'était une guerre pour les réfugiés: quelle est leur situation aujourd'hui? Exécrable! C'était une guerre pour plus de stabilité dans la région. Celle-ci est-elle plus stable? Pas du tout!

 

Anja Deschoemacker

 

Les conséquences des bombardements

L'appareil militaire du régime serbe n'a pas été détruit. L'armée serbe a annoncé que les frappes de l'OTAN avait détruit 13 chars d'assaut sur 300 au Kosovo. A ce jour, les troupes de l'OTAN n'ont retrouvé que 3 chars détruits. L'OTAN prétendait avoir détruit ou endommagé 60% de l'artillerie serbe et 40% des chars. Les assauts contre les civils serbes ont décidément mieux réussi que sur les militaires!

Les dommages économiques sont incalculables. D'abord en Serbie où le taux de chômage était déjà de 27% en 1997. Les bombardements ont privé un demi million de travailleurs supplémentaires de leur emploi. Dans certaines régions le chômage oscille dorénavant entre 70% et 90%. Les secteurs du transport et de l'énergie sont fondamentalement détruits.

De plus, la guerre a provoqué une catastrophe écologique. Le Danube, qui alimente en eau potable 10 millions de personnes, est gravement pollué. Selon un rapport du Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE), les experts craignent "que la prochaine génération de Yougoslaves, de Kosovars, de Bulgares, de Roumains et des autres peuples voisins risque une explosion du nombre de cancers (surtout la leucémie), des atteintes du système nerveux, des affections hépatiques, des fausses couches et des malformations congénitales" (De Morgen, 25/6/99).

 

 

Motifs de réjouissance au Kosovo?

Près de 200.000 réfugiés kosovars sont rentrés. L'ONU leur a fourni un peu de matériel, notamment une tente car la plupart de leurs maisons sont détruites. Il est quasi impossible de reconstruire avant l'hiver. Dans quelles conditions vont tenter de survivre un million et demi de réfugiés? Les Albanais et les Kosovars accueillent toujours les troupes de l'OTAN comme des libérateurs, mais ils se rendront vite compte que ces troupes ne servent pas leurs intérêts. Les décennies de pauvreté qui attendent le Kosovo provoqueront des luttes. Alors qu'auparavant les aspirations nationales et les revendications économiques et sociales étaient étouffées par l'armée serbe, elles le seront désormais par les troupes de la "la communauté internationale".

Restent quelques questions. Dans quelle mesure le Kosovo va-t-il vraiment faire partie de la Yougoslavie? Plus ce sera le cas, moins de réfugiés albanais vont y retourner pour y rester. Le droit à l'autodétermination leur est refusé Alors que 90% des Kosovars sont pour l'indépendance. Cette guerre n'était donc pas menée dans leur intérêt.

Et l'UÇK? L'OTAN, sous la direction des États-Unis, va probablement utiliser l'UÇK comme force de police, de la même manière que l'État israélien utilise la police palestinienne. En échange les dirigeants de l'UÇK auront la possibilité de s'enrichir en dilapidant une partie de l'aide à la région. Il est très probable que certaines ailes de l'UÇK, à la suite de la population, ne vont pas accepter cela. Les troupes de l'OTAN pourraient assez vite se retrouver assez vite dans la même situation des troupes britanniques en Irlande du Nord. Les troupes britanniques y avaient été envoyées en principe pour protéger les catholiques: elles ont été haïes par la population qu'elles étaient censées "défendre".

En Bosnie, depuis les accords de Dayton, toutes les décisions économiques et sociales sont pris dans l'intérêt de l'impérialisme. Le FMI et la Banque mondiale ont plus à dire que la population locale. Le chômage est de 40% et une grande partie de la population vit dans la pauvreté absolue, ce qui décourage le retour des réfugiés. Et les tensions ethniques sont loin d'être résolues: 23.600 casques bleus restent sur place afin d'éviter de nouvelles explosions.

 

Plus de stabilité?

Les pays occidentaux vont d'abord un peu se quereller pour savoir qui va financer la reconstruction. Et finalement, ils donneront moins que le nécessaire. De toute manière, la Serbie restera sur la touche. Les sanctions restent en vigueur "tant que Milosevic n'est pas parti" affirme Clinton. Comme si c'était une déclaration en faveur des droits démocratiques! En Irak, l'embargo a tué plus de personnes, surtout des enfants et des pauvres, que les bombardements.

Aujourd'hui, on manifeste à nouveau en Serbie: les réfugiés serbes du Kosovo parce que le gouvernement de Belgrade les oblige à y retourner, les soldats parce que leur solde n'a pas été payée, l'opposition car elle veut se débarrasser de Milosevic par des élections.

Mais que représente opposition? Ce qu'il faut en Serbie c'est reconstruire le mouvement ouvrier pour qu'il puisse à nouveau défendre ses intérêts contre l'impérialisme américain, russe et contre le capitalisme maffieux de Milosevic. A ce jour, aucune groupe d'opposition ne s'appuie sur la classe ouvrière ou va dans cette direction. Mais à terme la lutte des opprimés est inévitable. Et lors de ces luttes, des leçons seront tirées.

Au Kosovo, il n'y a aucun espoir de stabilité. La perspective la plus probable est qu'une grande partie des réfugiés n'y retourneront pas. Qui voudrait vivre dans un no man's land ravagé où la seule perspective est la pauvreté? Malgré les appels de l'OTAN et de la Serbie à rester sur place, la population serbe fuit le Kosovo (la moitié serait déjà partie selon l'Union européenne). Les tensions et en fin de compte les affrontements entre Serbes et Kosovars sont inévitables ceux qui restent au Kosovo. Il est vraisemblable que la population serbe sera regroupée - de gré ou de force - dans le secteur italien, à la frontière serbe. N'oublions pas que pour une partie de cette population serbe, c'est le deuxième exil massif en quelques années. Les Serbes chassés de la Krajina par l'épuration ethnique menée par les troupes croates ont été placés au Kosovo par Milosevic.

La Macédoine est gravement déstabilisée par l'arrivée soudaine des réfugiés kosovars qui ont gonflé la minorité albanaise. Si la majeure partie des réfugiés décide de rester, l'équilibre instable mènera inévitablement à une crise. La guerre a appauvri tant l'Albanie que la Macédoine.

Le gouvernement du Monténégro hausse le ton: "Des réformes démocratiques, ou nous devrons commencer à réfléchir de l'indépendance". Mais la minorité serbe de la "province" du Monténégro est maintenant gonflée par l'arrivée des réfugiés serbes du Kosovo, ce qui peut provoquer de nouvelles tensions. Entre-temps, le gouvernement Hongrois pose à nouveau la question de l'indépendance de la Voïvodine, une partie du nord de la Yougoslavie comportant avec une importante minorité hongroise opprimée.

Nous n'avons pas encore évoqué la dégradation des relations entre l'OTAN et la Russie ni les tensions entre les États-Unis et l'Union européenne au sein de l'OTAN. La Russie à permis à l'OTAN d'éviter une guerre terrestre et veut être payée en retour: un réaménagement partiel de la dette et le maintien de son influence dans les Balkans. Les Balkans resteront donc le champ de manoeuvre des pouvoirs impérialistes qui y défendront leurs intérêts au détriment des peuples.

 

Une solution?

Ni du point de vue des réfugiés, ni du point de vu de plus de stabilité, ni du point de vue de la démocratie une solution n'a été trouvée. La guerre est finie mais toutes les conditions pour l'extension de nouvelles guerres sont en germe. Militant, la section en Belgique du Comité pour une Internationale ouvrière (CIO) a défendu dans ce conflit une position principielle. Toutes les organisations engagées dans le petit mouvement antiguerre avaient ou bien des illusions sur l'Union européenne (et cela après l'expérience de la Bosnie), ou bien soutenaient soit la Serbie soit l'UÇK. Aucune n'a parlé du problème fondamental: l'absence total d'un mouvement ouvrier organisé. Le capitalisme signifie la guerre. Les chiffres le montrent en abondance: ce siècle a été le plus violent de toute l'histoire de l'humanité, avec un total d'au moins 109 millions de tués pendant les guerres, soit 44,4 tués par 1.000 habitants (contre 16,2 au 19e siècle). Il n'existe pas de raccourci vers la paix et le bien-être pour la grande majorité de la population mondiale. La seule solution réside dans l'organisation des opprimés. Il est désolant de devoir, dans beaucoup de pays, repartir de zéro à cause de la trahison dans le passé des directions du mouvement ouvrier, tant sociales-démocrates que staliniennes.

Pour en connaître plus sur le point de vue du CIO et de Militant, n'hésitez pas à nous contacter. Cet été, les sections de Militant se rencontreront pour discuter de la situation politique mondiale. Vous êtes les bienvenus. Pour plus d'informations, appelez ou faxez au 09/232.13.94, ou écrivez-nous: Militant, BP 2, 9000 Gand 21.

 

 

Nous revendiquons:

* Halte aux épurations ethniques!

* OTAN et ONU hors des Balkans!

* Pour le droit au retour volontaire pour tous les réfugiés! Défendons le droit d'asile!

* Halte à l'embargo contre le Serbie! Soutien à toute action de la classe ouvrière visant à mettre fin au régime corrompu de Milosevic

* Droit à l'autodétermination pour les Kosovars. Pour un Kosovo indépendant et socialiste!

* Pour une Fédération socialiste des Balkans qui garantisse les droits de tous les peuples et de toutes les minorités!

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