"Cette firme ne produit pas de voitures, mais du profit"
Les malversations dans l'industrie agro-alimentaire dépassent l'imagination. Les porcs sont bourrés d'antibiotiques et de calmants. Les vaches doivent manger des hormones et des cadavres infectés de moutons morts de maladies. Les poulets, les oeufs, les porcs et les boeufs contiennent de la dioxine... Et ceux qui croient que les végétariens peuvent échapper à ces fléaux feraient mieux de réfléchir aux pesticides pulvérisés sur les fruits et les légumes. De nos jours, il ne faut même plus de s'empiffrer, comme dans le film La Grande Bouffe, pour crever d'avoir mal mangé.
On ne pourra mettre un terme à cette situation intolérable qu'en réorganisant de fond en comble toute l'industrie agro-alimentaire. Dans la société capitaliste, la nourriture est produite avant tout pour faire du profit et non pas pour nourrir l'humanité.
Le directeur du trust automobile Général Motors a un jour déclaré: "Cette firme ne produit pas de voitures, mais de l'argent". C'est aussi valable pour Unilever, Nestlé, Gervais-Danone, Verkest ou De Brabander. Il suffit de remplacer "voitures" par "poulets, oeufs, nourriture pour bébés ou pizzas".
La soif de profit des capitalistes de l'industrie agro-alimentaire a mené à une industrialisation massive et déshumanisée du secteur au détriment de l'homme, de l'animal et de la nature.
L'empoisonnement de toute la population n'est que la conséquence de la logique du profit. Les connaissances scientifiques et technologiques actuelles permettraient de nourrir sainement toute la population du globe. Le problème n'est pas technique mais politique. Qui décide et en fonction de quel critère? Voilà la question! En 1995, la Communauté européenne a fait détruire deux millions et demi de tonnes de fruits et de légumes afin de soutenir les prix. Les États-Unis détruisent annuellement des tonnes de grain. Alors que chaque année 40 millions de personnes meurent de sous-alimentation et de misère. Grâce à la complicité des dirigeants locaux, les multinationales pillent les matières premières -y compris alimentaires - des pays les plus pauvres.
Le contrôle de la production alimentaire est aujourd'hui entre les mains d'un petit nombre de puissantes multinationales. Elles font la pluie et le beau temps sans rendre de compte à personne. Dans ces conditions, il n'est donc pas étonnant que, à court terme, les intérêts d'une petite minorité (qui veut accroître sa fortune le plus rapidement possible) entrent en conflit avec les intérêts et la santé de toute la population. La seule manière d'éliminer la dioxine, la vache folle et la peste porcine de notre assiette est de placer la chaîne alimentaire sous un contrôle démocratique. Et pour cela, il faut l'arracher des mains des grands groupes et la placer au service de la collectivité.
Fondeurs de graisses ou empoisonneurs?
"Nous découvrons un secteur complètement incontrôlé qui, sans beaucoup s'y connaître et à l'improviste, récolte des déchets dans les parcs à conteneurs et qui mélange le tout sans la moindre analyse, pour ensuite le vendre à l'industrie d'aliments pour bétail". On parle même "d'un empoisonnement rampant et continu de la chaîne alimentaire".
Roland Moureaux, militant de Greenpeace et ancien travailleur de Watco - une entreprise de traitements de déchets de Flandre occidentale(*) - déclare: "le secteur de recyclage, qui est à peine contrôlé, est le lieu idéal pour faire disparaître les produits contaminés. La destruction d'une tonne de déchets contaminés par le PCB coûte 20.000F. C'est illégal, mais profitable, de faire disparaître cette saleté ailleurs".
Patrick Sandra, professeur à l'université de Gand, établit le lien avec les centaines de décès en Espagne, au début des années 80, à cause du mélange d'huiles de déchets contaminées par le PCB et d'huile d'olive. Il prouve noir sur blanc que Verkest a acheté 20 tonnes de graisses à risque aux Pays-Bas. Mais comme le "parrain" de la contamination est différent du "parrain" des aliments pour le bétail contaminés, la procédure judiciaire n'a abouti à rien. Manifestement, personne ne pose la question de savoir où est passée cette graisse contaminée.
Comme Verkest a été pris la main dans le sac pour fraude de livraison et fausses factures, il est incompréhensible que cet empoisonneur s'en tire impunément.
Concentration
Le secteur connaît une concentration croissante entre les mains d'un petit de grandes sociétés richissimes. Partout dans le monde, elles font la concurrence aux petites entreprises qui font faillite et sont ensuite rachetées à vil prix par les grands monopoles.
Une autre méthode appliquée partout dans le monde est l'agriculture contractuelle où de pseudo contrats garantissent les prix. Les grandes société ont ainsi la garantie que leurs fournitures seront achetées: les risques liés à la baisse des prix, aux mauvaises récoltes ou aux épidémies reposent sur les épaules des petits paysans qui doivent s'endetter de plus en plus pour investir.
On devine qui dicte la politique agricole si on sait que la production de 95% des poulets, 100% des veaux et 90% des porcs est contrôlée par les grand fabricants d'aliments pour bétail. Le Boerenbond, lié au CVP en est un.
Il n'est donc pas étonnant que le ministre Van Rompuy dirige la plupart des subsides européens pour l'agriculture vers ces géants. Les pseudo petites entreprises familiales si chères au Boerenbond et au CVP sont pour la plupart des entreprises contractuelles.
Agriculture "rentable" dans le Tiers-monde
Outre les conséquences destructrices pour la santé publique, l'agriculture capitaliste est un fléau pour les peuples pauvres du tiers-monde. Le masque "civilisé" des grands producteurs cache la barbarie brutale exercée dans le monde anciennement colonisé. Les petits paysans sont chassés, armes à la main, de leurs terres pour faire place aux grandes plantations "rentables". Ces paysans sont ensuite engagés pour y accomplir un travail d'esclave avec un salaire de famine.
Les plantes cultivées sur ces domaines sont génétiquement sélectionnées, manipulées et traitées de façon intensive avec des pesticides et des engrais chimiques. Les grandes multinationales telles que Monsanto ont un brevet sur la production des semences, des bouillies et des engrais adaptés. On greffe sur les plantes un gène stérile afin de maintenir la population locale sous la dépendance des livraisons de Monsanto.
Les effets de l'application des pesticides et des engrais chimiques sur la santé des travailleurs agricoles est épouvantable: dermatose, fausses couches, cancers du poumon. Et tout cela, bien entendu, sans assurance maladie. Les militants syndicaux tentent de s'y opposer sont emprisonnés ou kidnappés et assassinés. Dans des pays comme le Costa Rica, des milliers d'hectares de terre ont été transformés en désert après cinq ans de culture intensive, puis abandonnés. Les profits empochés, tout est abandonné. Les familles paysannes affamées et misérables croupissent dans les bidonvilles sous la férule de la dictature militaire soutenue par les États-Unis, Clinton et la CIA.
Nestlé, tueur de nourrissons
Connaissez-vous les agissements de Nestlé en Afrique? Il s'agit d'un des exemples les plus scandaleux de la manière dont les multinationales de l'alimentation s'enrichissent sans scrupules. Au début des années 80, Nestlé a mené en Afrique une campagne publicitaire agressive en faveur des aliments pour bébés. Au moyen d'affiches, de spots à la radio et de haut parleurs, Nestlé a encouragé les mères africaines à remplacer l'allaitement maternel par le lait Formula. Des vendeuses, habillées comme des infirmières, ont fait de la promotion pour le lait Formula dans les maternités.
Bien que ce lait était trop cher par rapport au revenu moyen en Afrique, la campagne était un succès financier pour Nestlé. A cause des conditions de vie, la poudre formula a souvent été mélangée dans des bouteilles impures avec de l'eau non bouillie. Des centaines d'enfants sont morts de déshydratation à la suite de diarrhées. Retourner à l'allaitement au sein était impossible car les mères avaient arrêté leur propre production de lait.
Après un boycott des consommateurs la campagne publicitaire a provisoirement cessé, mais elle a ensuite repris dans d'autres pays du tiers-monde.
Industrialisation
Comme dans tous les secteurs, les investisseurs veulent accumuler un maximum de profit en un temps record. Afin de réduire les coûts de main-d'oeuvre et de matières premières, ils placent les animaux en batteries dans des cages exiguës où la production de viande et d'oeufs est poussée à l'extrême.
Antibiotiques
Pour maîtriser le stress et l'agressivité des animaux confinés dans un espace exigu, on leur administre des calmants et des antibiotiques en grande quantité. Cette overdose d'antibiotiques aboutit dans notre dans notre chaîne alimentaire et contribue au développement de bactéries résistantes chez l'animal et chez l'homme. Ainsi, chaque année des centaines de gens meurent d'infections comme la salmonellose ou la tuberculose sur lesquelles les antibiotiques n'ont plus d'effet.
Dioxines
Avec le scandale des incinérateurs et la contamination des poulets, les dioxines sont devenues notre fleuron national. La Belgique est un des pays les plus pollués par les dioxines. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS)a trouvé dans le lait maternel une grande quantité de ces matières cancérigènes.
Ils ont surtout libéré comme sous-produit de la combustion, surtout des déchets.
En plus du cancer, les dioxines occasionnent la diminution de la résistance de l'organisme aux maladies, les malformations de foetus, les fausses couches et la diminution de la fertilité. Les dioxines sont surtout stockées dans les tissus graisseux et il faut 7 ans avant que le taux de dioxines dans l'organisme soit réduit de moitié.
Hormones
Afin d'accélérer le processus de croissance et la productivité (et donc les profits) diverses types d'hormones sont administrés aux animaux. Ce qui augmente de façon dramatique la probabilité de cancer chez l'être humain.
A coté des hormones autorisés prospère un commerce illégal d'hormones organisé par une maffia internationale de trafiquants. Lorsque le profit prime avant tout, la santé publique et le respect de la vie ne valent pas lourd. A ce jour, les commanditaires de l'assassinat de l'inspecteur vétérinaire Karel Van Noppen courent toujours.
Animaux gavés de déchets
Les aliments pour animaux ressemblent de moins en mois à de la nourriture naturelle. Un poulet de grains coûte presque deux fois plus cher qu'un poulet élevé en batterie nourri par un mélange douteux de céréales et de la farine provenant de carcasses d'animaux malades, ce qui apporte un surplus de protéines, de calmants et d'antibiotiques qui en fin de compte passeront dans la chaîne alimentaire.
En Grande-Bretagne, la maladie des moutons - l'ESB - a été ainsi transmise aux bovins, puis à l'homme sous la forme de la terrible maladie de Creuzfeldt-Jacob. En Belgique encore, en 1998, une vache folle a encore été transformée en aliment pour bétail. Généralement les conséquences ne se manifestent qu'après 15 ans. Mais pour les rapaces de l'industrie agro-alimentaire, il n'y a que l'argent qui compte.
Le même phénomène se produit dans l'agriculture avec l'emploi massif de pesticides. Cette année, les poires de Belgique ont été retirées de la vente. Une enquête britannique montre que 50% des pommes de terre, 40% du pain et 35% de la viande contiennent de dangereux résidus de pesticides.
Nous revendiquons:
* Pas d'indemnisation à la charge des consommateurs. Les grosses sociétés doivent un terme à leur soif de profit.
* Indemnisation des petits fermiers avec les bénéfices de l'industrie agro-alimentaire.
* Halte à la politique de subsides qui dopent les bénéfices des grosses entreprises.
* Cet argent doit être utilisé pour développer un secteur public de production en fonction des besoins de la population et non pour le profit.
* Élection démocratique et révocabilité à tout moment des responsables par les travailleurs et les consommateurs. Ces responsables doivent garantir des produits écologiques, sains et de qualité.
* La recherche scientifique et technologique doit être mises, sous le contrôle de conseils démocratiquement élus, au service de la population.
Lutter conter les empoisonneurs et les prédateurs
Où se trouve la solution dans cet écheveau de scandales et de déprédation? La lutte pour une nourriture saine, écologique et socialement juste devra partir des victimes.
En premier lieu des gens exploités et empoisonnés en tant que travailleurs et consommateurs. La solidarité internationale et la liaison entre les travailleurs et les syndicats dans la lutte contre la chasse aux profits démesurés des multinationales peut jeter les bases d'un nouveau système.
Prenons l'exemple des dockers d'Amsterdam qui, après avoir été informés par leurs camarades brésiliens, ont bloqué un transport gravement intoxiqué. En Angleterre, le syndicat national des mariniers a refusé de décharger des déchets contaminés par le PCB. De telles actions peuvent être soutenues par un boycott des consommateurs, à l'exemple des campagnes contre Shell qui soutient la dictature sanglante au Nigéria.
Mais une solution durable doit être recherchée dans l'organisation de la production démocratiquement planifiée et contrôlée par la population. L'usage rationnel, et donc durable, des richesses naturelles et l'emploi du travail pour la satisfaction des besoins, et non des profits d'une petite minorité.
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(*) C'est la firme Watco qui construit l'incinérateur de Drogenbos.