Et maintenant?

 

Deux jours après le scrutin, le roi a désigné Louis Michel comme informateur au niveau fédéral. Michel a été chargé de dégager des pistes à partir des décombres laissés par la tornade électorale du 13 juin. Son collègue flamand Guy Verhofstadt n'aura pas non plus la tâche facile. Après onze ans de purgatoire dans l'opposition, il doit mettre sur pied un exécutif flamand dont beaucoup prévoient déjà l'éclatement.

Pourquoi avoir choisi Michel comme informateur? Un exécutif wallon composé du PRL-FDF-MCC, du PS et d'Écolo serait exceptionnel. S'appuyer sur les trois partis les plus forts, permettrait d'aller jusqu'au bout de la législature. Le PS glisse toujours plus à droite et Écolo piaffe d'impatience de rentrer au gouvernement. En outre, du côté wallon, il n'existe aujourd'hui aucune revendication communautaire, au contraire. Verhofstadt, de son côté, a abandonné le discours unitariste du PVV pour adopter un ton nettement plus flamand. Le roi, qui veut bien entendu garder son job, a donc désigné Michel comme informateur.

Les facteurs d'instabilité se trouvent cette fois en Flandre et pas en Wallonie. C'est la première fois depuis 1919 qu'une coalition rouge-romane est exclue, même avec le secours des verts. Pendant 60 ans, le CVP a déterminé la composition du gouvernement, à l'exception de quatre années où il avait choisi d'être dans l'opposition. La tripotée électorale du CVP et le déclin continu du PSC menacent la position du CVP en tant que parti bourgeois dominant en Belgique. Une défaite de plus et il perdra son statut de principal instrument politique de la classe dominante.

La peur d'un scénario à la hollandaise s'est installée au CVP. Aux Pays-Bas, le CDA (chrétien-démocrate) a été rejeté dans l'opposition en 1994. Depuis lors la social-démocratie (PvdA), et dans une moindre mesure les libéraux (VVD), ont repris le rôle historique du CDA et celui-ci a perdu sa position clé d'instrument politique principal de la bourgeoisie.

Le CVP n'en est toutefois pas encore là. C'est plus qu'un parti. C'est une société en soi reposant sur des organisations puissantes (ACW, Boerenbond, classes moyennes, organisations ouvrières chrétiennes, mutualités, banque, assurance). En outre, le CVP contrôle 80% de l'enseignement en Flandre et la plus grande partie du secteur hospitalier. Le CVP va ruer dans les brancards afin de tenter de rétablir sa position. La question est de savoir s'il le fera à partir de l'opposition ou à partir du gouvernement flamand.

Les cadres moyens du CVP sont pour une participation à l'exécutif flamand. A partir de là, le CVP se profilerait comme un parti plus flamand, conservateur et défenseur de l'enseignement catholique afin de tenter de récupérer les électeurs perdus. Cela mènerait inévitablement à des heurts avec le gouvernement fédéral et l'unité du pays serait malmenée. Il nous semble cependant peu probable que ce soit la voie suivie. Le CVP choisira sans doute de se ressourcer dans l'opposition à tous les niveaux afin de regagner du terrain électoral d'ici les élections communales d'octobre 2000. En fonction du résultat des communales, le CVP pourrait alors tenter de se repositionner dans les gouvernements fédéral et flamand, le cas échéant au moyen d'élections anticipées.

Le PS et le SP ont donné le feu vert à une participation gouvernementale avec les libéraux à tous les niveaux. Le volet social? Les sociaux-démocrates et les verts veulent coûte que coûte monter à bord. Et dans ce cas-là, on ne fait pas le difficile. On est curieux de savoir quand ce gouvernement hétéroclite verra le jour.

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