Élections
Les partis gouvernementaux au tapis...
Tout le monde s'attendait à un revers électoral des partis de coalition gouvernementale. Mais la déroute dépasse toutes les prévisions. Adieu Dehaene, Maystadt et Tobback, personne ne vous regrette ra! Après 11 ans d'opposition, Louis Michel et Guy Verhofstadt deviennent les meneurs de jeu.
Bureaux de parti, journalistes et commentateurs politiques tentent de trouver une explication à la vague verte (verte et noire en Flandre). Il y a eu, bien sûr, l'effet dioxine. Comme les problèmes d'environnemen t focalisent l'attention, les verts ont été propulsés. Écolo et Écolo progressent ensemble de 9 sièges à la Chambre.
Mais la crise de la dioxine n'est pas le premier scandale en Belgique. Dans les années 80, les scandales se sont succédés sans avoir de retombées électorales. A l'étranger, chaque scandale & eacute;tait inévitablement sanctionné par les électeurs. La Belgique donnait l'image d'un pays où les politiciens pouvaient tout se permettre.
Dans les années 90, cela a commencé à changer. Afin de casser l'hégémonie du PS en Wallonie, de nombreux scandales ont été étalés dans la presse et ont éclabouss& eacute; la famille socialiste. Le PS et le SP l'ont payé cher. Mais cela a aussi aiguisé la vigilance de la population.
Aux élections de 1995, Tobback a réussi à repousser à l'arrière-plan les scandales en se profilant comme un défenseur acharné de la sécurité sociale. Mais après l 'affaire Dutroux, Agusta et la mort de Sémira, la coupe était pleine. Le scandale de la dioxine l'a faite déborder.
En Flandre, malgré la progression des verts, le Vlaams Blok sort le grand gagnant de l'affaire. Il est le seul parti impliqué dans des scandales qui parvient à se donner une image respectable. Il donne l'illusio n de n'être pas prêt à se vendre pour aller au gouvernement. En fait, jusqu'à un certain point, le Vlaams Blok n'a pas besoin de participer au gouvernement pour faire appliquer certains points de son programme. La fermeté apparente du Blok - mieux grandir dans l'opposition - est sans doute son meilleur argument de marketing électoral.
Les scandales n'expliquent pas tout. Ils sont plutôt le symptôme d'un capitalisme en crise qui s'en prend aux plus démunis: les travailleurs et les allocataires sociaux. La course effrénée au profit, l'argent fou, les fraudes et la complaisance des politiciens ont provoqué dans une large frange de la population une aversion pour tout qui est politique. D'autant plus que le monde du travail doit de plus en plus se serrer la ceinture.
Le fossé entre riches et pauvres se creuse chaque jour.
A travers le pays, et surtout dans les agglomérations, les îlots de pauvreté grandissent. En l'absence d'un parti capable d'organiser une riposte collective des plus démunis, beaucoup de gens cherchent une sol ution individuelle. Le chômage massif et durable, les emplois précaires et flexibles, la pauvreté, l'absence de perspectives pour beaucoup de jeunes rendent la vie beaucoup plus dure et accroissent les tensions entre les communaut&eacu te;s.
Les grands partis ne prennent pas la mesure de la colère qui bouillonne dans la société car une partie importante de leur clientèle électorale habite les beaux quartiers. De plus, comme ils refusen t de libérer les moyens financiers pour couvrir les besoins sociaux, ils les minimisent à dessein.
Ces élections ont en tout cas montré la nécessité d'un parti ouvrier de gauche qui organise la lutte dans les quartiers et les entreprises, un parti dont l'unique but n'est pas de participer au pouvoir, m ais de réaliser de façon conséquente son programme.
Éric Byl