Sans Papiers
Van den Bossche, la lutte continue!
Avec un cynisme bovin, le ministre de l'Intérieur a déclaré face aux caméras que la déportation des déboutés du droit d'asile par avions privés «coûtait moins cher» que les laisser e n Belgique. Des réfugiés ont été ainsi expulsés vers le Cameroun et vers le Nigéria à la mi-mars. Dans l'opposition, le VLD et les fascistes du Vlaams Blok applaudissent. Mais la lutte continue envers et co ntre tout. Nous avons rencontré des porte-parole des sans papiers de plusieurs villes.
Bruxelles
- Le Militant: Quelle est la situation à Bruxelles?
- Mohamed Chouitari: Nous sommes présents à l'ULB pour informer les étudiants de notre lutte. Mais notre base principale reste l'occupation de l'Église du Béguinage. Nous savons que la couche d'étudiants qui peuvent se solidariser avec notre lutte restera assez limitée. Nous comptons avant tout sur les sans papiers eux-mêmes.
L'occupation des lieux publics vise à vaincre la peur des sans papiers qui restent dans la clandestinité. Et notre présence à l'ULB a pour but de dépasser l'isolement dans lequel tentent de nous confiner les parti s politiques traditionnels qui ne disent plus un seul mot sur les sans papiers. Les associations de soutien telles que le Mouvement national pour la Régularisation des Sans Papiers (MNRSPR) ont lancé le mot d'ordre d'arrêter les occupa tions d'églises. Elle agissent avec un paternalisme étouffant en disant aux sans papiers «Allez dormir, nous on s'occupe du reste.» Elles mènent un travail de lobbying depuis des années. Le résultat, c'est que rien n'ava nce et que la xénophobie progresse. C'est aux sans papiers eux-mêmes de prendre leur sort en mains car la régularisation est inévitable.
LM: - Comment se déroule la grève de la faim à l'ULB?
MC: - C'est une grève de la faim de quatre jours menée par des sans papiers et par des étudiants afin de sensibiliser la masse des étudiants, non seulement au problème des sans papiers, mais aussi au fait que nous all ons vers une société économiquement néolibérale et de plus en plus répressive sur le plan social. C'est à la fois pour la régularisation de tous les sans papiers et en solidarité avec tous ceu x qui ont été arrêtés.
Plusieurs de nos camarades qui occupaient l'église du Béguinage sont emprisonnés. L'un, Chérif, d'entre eux a été arrêté par la BSR à l'issue de la manifestation devant l'ambassade am&ea cute;ricaine organisée pour protester contre les bombardements en Irak. Cela fait 15 ans qu'il vit en Belgique: les cinq premières années de façon légale et les dix autres années sans papiers. Nous avons fait une manifestation de solidarité avec lui devant l'Office des Étrangers.
Liège
- L.M.: Quel bilan fais-tu du mouvement des sans papiers aujourd'hui?
- Mohamed: Le mouvement continue mais il est divisé à la fois dans la Coordination nationale et dans les collectifs locaux. Jusqu'ici, les sans papiers ne se sont pas organisés de façon réellement autonome. Le MNRSPR freine toute radicalisation. Ses responsables veulent limiter les actions jusqu'aux élections. Au sein du mouvement des sans papiers, une majorité accepte encore le paternalisme du MNRSPR. Mais les collectifs de Bruxelles, de Liège et de Charleroi défendent une position plus radicale et veulent la régularisation de tous les sans papiers. Ce qui a été obtenu l'a été par la lutte, c'est pourquoi nous voulons mettre la pression pendant la campagn e électorale.
- L.M.: Que proposez-vous?
- M: Il faut mener des actions bien pensées en dehors des lieux qu'on occupe afin de mobiliser largement les sans papiers. IL faut refuser les "critères" (ceux qui sont ici depuis plus de 5 ans, ceux dont la procédure est en attent e depuis plus de 3 ans) qui divisent. Il faut revendiquer des papiers pour tous ceux qui en ont besoin.
Certaines actions doivent permettre d'étendre le soutien en direction des Belges, en développant les contacts avec toutes les associations. Ce sera une lutte longue et difficile, mais il faudra la mener jusqu'au bout.
- L.M.: D'autres rendez-vous?
- M: Le 18 de chaque mois a été choisi par le mouvement pour évaluer la politique du gouvernement. Nous mettrons à profit ces journées pour développer nos actions.
Nous souhaitons aussi rencontrer un maximum d'organisations au cours des prochaines semaines pour obtenir leur soutien. Nous serons présents le 1er Mai, notamment à Liège à la fête syndicale. Nous discutons de la p roposition lancée par Charleroi d'organiser une grève de la faim.
Charleroi
Une manifestation a rassemblé plusieurs centaines de personnes le mardi 23 mars. Elle regroupait des sans papiers, des sans emplois et dans sans abris. Les "sans" étaient soutenus par des délégations d'él&egra ve;ves du secondaire et du supérieur de 14 établissements scolaires de la région ainsi que de délégations syndicales d'entreprises.
Vottem
Le camp de la honte est ouvert
Opérationnel depuis septembre, le centre fermé pour demandeurs d'asile à Vottem restait en sommeil. Le 10 mars, les premiers détenus sont arrivés. Nous avons rencontré Bernadette Schaeck, porte-parole d u Collectif de Résistance contre les Centres pour Étrangers (CRACPE).
- Le Militant: L'arrivée des premiers détenus est-elle une surprise?
- Bernadette Schaeck: Pas vraiment. Nous savions que le PS et le PSC n'avaient pas envie d'endosser la responsabilité de l'ouverture du centre pendant la campagne électorale. Pas pour des raisons de fond, puisqu'ils ont voté au par lement la politique répressive contre les candidats réfugiés, mais pour des raisons électoralistes. Mais c'est le ministre de l'Intérieur qui a décidé. Il n'a aucune raison de faire de cadeaux électo raux aux partis francophones.
- L.M.: Quelle est la situation à l'intérieur du camp?
- B.S.: Deux semaines après l'ouverture, il y avait déjà une dizaine de détenus. Selon la première lettre d'un détenu, les conditions de vie sont supportables mais pas celles d'enfermement. Contrairement aux pr omesses faites par le directeur Jacobs, tout est fait pour limiter le contact avec l'extérieur. Les visites sont limitées à la famille et est refusé aux amis qui se sont engagés à parrainer des détenus. Les trois premiers détenus ont déjà été déportés vers la Roumanie et l'Albanie. Un détenu a fait une tentative de suicide. Il a été transféré sous prétexte médi cal dans l'aile des cas "difficiles" de la prison de St-Gilles, c'est-à-dire dans la liste des détenus à expulser en priorité.
- L.M.: Par avion privé?
- B.S.: Ces expulsions par vols privés est encore plus révoltante. Tout y est désormais possible: pas de témoins car pas d'autres passagers dans l'avion, les procédures ne sont plus filmées. Une expulsion a r&e acute;uni 12 gendarmes pour 3 déportés. L'un d'eux avait reçu deux injections de calmant pour briser sa résistance.
Il est plus difficile de mobiliser contre ces expulsions qui peuvent avoir lieu n'importe où n'importe quand. Il faut dénoncer sans relâche les compagnies telles que Lauda Air et Chapman qui prêtent leur concours à de telles horreurs.
- L.M.: Comment le Collectif a-t-il réagi à l'ouverture du centre?
- B.S.: Le jour de l'arrivée du premier détenu, le 10 mars, le téléphone a beaucoup fonctionné. Nous avons pu réunir 300 personnes devant le centre. Trois jours plus tard, nous étions 600 face aux gendar mes qui avaient complètement bouclé le centre. Depuis, chaque mercredi et chaque samedi, nous organisons un rassemblement aux heures de préau afin de maintenir la pression et de garder le contact avec les détenus.
- L.M.: Quelles actions prévoit le Collectif?
- B.S.: Nous avons mis en place un dispositif d'aide concrète: une permanence téléphonique où les détenus peuvent nous joindre chaque jour, un système de parrainage,... Nous menons la bataille pour arracher le droit de visite aux détenus et un véritable droit d'accès pour les ONG et les parlementaires afin de pouvoir contrôler les conditions de détention. Nous mettons aussi en place un réseau d'aide matérielle et financière. Nous avons aussi multiplié les actions de sensibilisation dans les écoles.
Nous projetons une nouvelle manifestation nationale contre les centres fermés et les expulsions. C'est pour cela que je pense que la mise en place d'un véritable mouvement national structuré est urgente.
Propos recueillis pas Jean Peltier
(Encadré)
Pour organiser la solidarité: CRACPE, 82A rue Pierre Curie, 4630 Soumagne, tél 04/377.49.67
Actions devant le centre fermé de Vottem: chaque mercredi et samedi de 16 à 17h.